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HECTOR. – L’univers peut se tromper. C’est à cela qu’on reco

ULYSSE. – Espérons-le. Mais quand le destin, depuis des a

HECTOR. – Et c’est Troie et c’est la Grèce qu’il a choisies cette fois?

ULYSSE. – Ce matin j’en doutais encore. J’ai posé le pied sur votre estacade, et j’en suis sûr.

HECTOR. – Vous vous êtes senti sur un sol e

ULYSSE. – Pourquoi toujours revenir à ce mot e

HECTOR. – Et nous sommes prêts pour la guerre grecque?

ULYSSE. – À un point incroyable. Comme la nature munit les insectes dont elle prévoit la lutte, de faiblesses et d’armes qui se correspondent, à distance, sans que nous nous co

HECTOR. – Et c’est ce que pensent aussi les autres Grecs?

ULYSSE. – Ce qu’ils pensent n’est pas plus rassurant. Les autres Grecs pensent que Troie est riche, ses entrepôts magnifiques, sa banlieue fertile. Ils pensent qu’ils sont à l’étroit sur du roc. L’or de vos temples, celui de vos blés et de votre colza, ont fait à chacun de nos navires, de nos promontoires, un signe qu’il n’oublie pas. Il n’est pas très prudent d’avoir des dieux et des légumes trop dorés.

HECTOR. – Voilà enfin une parole franche… La Grèce en nous s’est choisi une proie. Pourquoi alors une déclaration de guerre? Il était plus simple de profiter de mon absence pour bondir sur Troie. Vous l’auriez eue sans coup férir.

ULYSSE. – Il est une espèce de consentement à la guerre que do

HECTOR. – Vous l’avez maintenant!

ULYSSE. – Je crois que nous l’avons.

HECTOR. – Qui vous l’a do

ULYSSE. – Ce n’est pas par des crimes qu’un peuple se met en situation fausse avec son destin, mais par des fautes. Son armée est forte, sa caisse abondante, ses poètes en plein fonctio

HECTOR. – Vous voyez la proportion entre le rapt d’une femme et la guerre où l’un de nos peuples périra?

ULYSSE. – Nous parlons d’Hélène. Vous vous êtes trompés sur Hélène. Pâris et vous. Depuis quinze ans je la co

HECTOR. – Nous vous rendons Hélène.

ULYSSE. – L’insulte au destin ne comporte pas la restitution.

HECTOR. – Pourquoi discuter alors! Sous vos paroles, je vois enfin la vérité. Avouez-le. Vous voulez nos richesses! Vous avez fait enlever Hélène pour avoir à la guerre un prétexte honorable! J’en rougis pour la Grèce. Elle en sera éternellement responsable et honteuse.

ULYSSE. – Responsable et honteuse? Croyez-vous? Les deux mots ne s’accordent guère. Si nous nous savions vraiment responsables de la guerre, il suffirait à notre génération actuelle de nier et de mentir pour assurer la bo

HECTOR. – Eh bien, le sort en est jeté, Ulysse! Va pour la guerre! À mesure que j’ai plus de haine pour elle, il me vient d’ailleurs un désir plus incoercible de tuer… Partez, puisque vous me refusez votre aide…

ULYSSE. – Comprenez-moi, Hector!… Mon aide vous est acquise. Ne m’en veuillez pas d’interpréter le sort. J’ai voulu seulement lire dans ces grandes lignes que sont, sur l’univers, les voies des caravanes, les chemins des navires, le tracé des grues volantes et des races. Do