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HÉLÈNE. – Un moucheron m’éveille…

HECTOR. – Tous deux vous le jureront, si vous voulez, sur votre déesse Aphrodite.

ULYSSE. – Je leur en fais grâce. Je la co

PÂRIS. – Que pensait-on, des Troyens, dans l’Archipel?

ULYSSE. – On les croit moins doués que nous pour le négoce, mais beaux et irrésistibles. Poursuivez vos confidences, Pâris. C’est une intéressante contribution à la physiologie. Quelle raison a bien pu vous pousser à respecter Hélène quand vous l’aviez à merci?…

PÂRIS. – Je… Je l’aimais.

HÉLÈNE. – Si vous ne savez pas ce que c’est que l’amour, Ulysse, n’abordez pas ces sujets-là.

ULYSSE. – Avouez, Hélène, que vous ne l’auriez pas suivi, si vous aviez su que les Troyens sont impuissants…

UNE VOIX. – C’est une honte!

UNE VOIX. – Qu’on le musèle.

UNE VOIX. – Amène ta femme, et tu verras.

UNE VOIX. – Et ta grand’mère!

ULYSSE. – Je me suis mal exprimé. Que Pâris, le beau Pâris fût impuissant…

UNE VOIX. – Est-ce que tu vas parler, Pâris. Vas-tu nous rendre la risée du monde?

PÂRIS. – Hector, vois comme ma situation est désagréable!

HECTOR. – Tu n’en as plus que pour une minute… Adieu, Hélène. Et que ta vertu devie

HÉLÈNE. – Je n’avais pas d’inquiétude. Les siècles vous do

ULYSSE. – Pâris l’impuissant, beau surnom!… Vous pouvez l’embrasser, Hélène, pour une fois.

PÂRIS. – Hector!

LE PREMIER GABIER. – Est-ce que vous allez supporter cette farce, commandant?

HECTOR. – Tais-toi! C’est moi qui commande ici!

LE GABIER. – Vous commandez mal! Nous, les gabiers de Pâris, nous en avons assez. Je vais le dire, moi, ce qu’il a fait à votre reine!…

DES VOIX. – Bravo! Parle!

LE GABIER. – Il se sacrifie sur l’ordre de son frère. Moi, j’étais officier de bord. J’ai tout vu.

HECTOR. – Tu t’es trompé.

LE GABIER. – Vous pensez qu’on trompe l’œil d’un marin troyen? À trente pas je reco

HECTOR. – Silence.

DES VOIX. – Parle! Qu’il parle!

LE GABIER. – Et il n’y avait pas deux minutes qu’ils étaient à bord, n’est-ce pas Olipidès?

OLIPIDÈS. – Le temps d’éponger la reine et de refaire sa raie. Vous pensez si je voyais la raie de la reine, du front à la nuque, de là-haut.

LE GABIER. – Et il nous a tous envoyés dans la cale, excepté nous deux qu’il n’a pas vus…

OLIPIDÈS. – Et sans pilote, le navire filait droit nord. Sans vents, la voile était franc grosse…

LE GABIER. – Et de ma cachette, quand j’aurais dû voir la tranche d’un seul corps, toute la journée j’ai vu la tranche de deux, un pain de seigle sur un pain de blé… Des pains qui cuisaient, qui levaient. De la vraie cuisson.

OLIPIDÈS. – Et moi d’en haut j’ai vu plus souvent un seul corps que deux, tantôt blanc, comme le gabier le dit, tantôt doré. À quatre bras et quatre jambes…

LE GABIER. – Voilà pour l’impuissance! Et pour l’amour moral, Olipidès, pour la partie affection, dis ce que tu entendais de ton to

OLIPIDÈS. – Elle l’a appelé sa perruche, sa chatte.

LE GABIER. – Lui son puma, son jaguar. Ils intervertissaient les sexes. C’est de la tendresse. C’est bien co

OLIPIDÈS. – Tu es mon hêtre, disait-elle aussi. Je t’étreins juste comme un hêtre, disait-elle… Sur la mer, on pense aux arbres.

LE GABIER. – Et toi mon bouleau, lui disait-il, mon bouleau frémissant! Je me rappelle bien le mot bouleau. C’est un arbre russe.

OLIPIDÈS. – Et j’ai dû rester jusqu’à la nuit dans la hune. On a faim et soif là-haut. Et le reste.

LE GABIER. – Et quand il se désenlaçaient, ils se léchaient du bout de la langue, parce qu’ils se trouvaient salés.

OLIPIDÈS. – Et quand ils se sont mis debout, pour aller enfin se coucher, ils chancelaient…

LE GABIER. – Et voilà ce qu’elle aurait eu, ta Pénélope, avec cet impuissant.

DES VOIX. – Bravo! Bravo!

UNE VOIX DE FEMME. – Gloire à Pâris.

UN HOMME JOVIAL. – Rendons à Pâris ce qui revient à Pâris!

HECTOR. – Ils mentent, n’est-ce pas, Hélène?

ULYSSE. – Hélène écoute, charmée.

HÉLÈNE. – J’oubliais qu’il s’agissait de moi. Ces hommes ont de la conviction.

ULYSSE. – Ose dire qu’ils mentent, Pâris?

PÂRIS. – Dans les détails, quelque peu.

LE GABIER. – Ni dans le gros, ni dans les détails. N’est-ce pas, Olipidès! Vous contestez vos expressions d’amour, commandant? Vous contestez le mot puma?

PÂRIS. – Pas spécialement le mot puma!…

LE GABIER. – Le mot bouleau, alors? Je vois. C’est le mot bouleau frémissant qui vous offusque. Tant pis, vous l’avez dit. Je jure que vous l’avez dit, et d’ailleurs il n’y a pas à rougir du mot bouleau. J’en ai vu des bouleaux frémissants, l’hiver, le long de la Caspie

LA FOULE. – Bravo! Bravo!