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Elle marchait de long en large, repassant dans sa mémoire le sujet de leur dernier dissentiment, s’éto

«Je ne comptais certes pas sur votre sympathie, mais je me croyais en droit d’attendre mieux de votre délicatesse.»

Le comte avait rougi et, pour achever de froisser A

«J’avoue que je ne comprends rien à votre engouement pour cette petite fille; il me déplaît, je n’y vois qu’une affectation.»

L’observation était dure et injuste, et elle s’attaquait aux laborieux efforts d’A

«Il est bien malheureux que les sentiments grossiers et matériels vous soient seuls accessibles», avait-elle reparti en quittant la chambre.

Cette discussion ne fut pas reprise; mais tous deux sentirent qu’ils n’oubliaient pas; une journée entière passée dans la solitude avait cependant fait réfléchir A

«C’est mon absurde jalousie qui me rend irritable; mon pardon obtenu, nous partirons pour la campagne, et là je me calmerai, pensa-t-elle. Je sais bien qu’en m’accusant d’affecter de la tendresse pour une étrangère, il me fait le reproche de ne pas aimer ma fille. Hé, que sait-il de l’amour qu’un enfant peut inspirer? Se doute-t-il de ce que je lui ai sacrifié en renonçant à Serge? S’il cherche à me blesser, c’est qu’il ne m’aime plus, qu’il en aime une autre…» Mais, s’arrêtant sur cette pente fatale, elle fit effort pour sortir du cercle d’idées qui l’affolait, et do

XXIV

«Votre dîner a-t-il réussi? demanda A

– Comme ils réussissent d’ordinaire, répondit celui-ci, remarquant aussitôt cette disposition d’esprit favorable. Que vois-je, on emballe! ajouta-t-il en apercevant les malles. Voilà qui est gentil!

– Oui, mieux vaut nous en aller; la promenade que j’ai faite aujourd’hui m’a do

– Je ne demande qu’à partir; fais servir le thé pendant que je change d’habit. Je reviens à l’instant.»

L’approbation relative au départ avait été do

«Je crois que c’est une inspiration, dit-elle; au moins couperai-je court à cette éternelle attente; je veux devenir indifférente à la question du divorce. N’est-ce pas ton avis?

– Certainement, répondit-il, remarquant avec inquiétude l’émotion d’A

– Raconte-moi à ton tour ce qui s’est passé à votre dîner, dit-elle après un moment de silence.

– Le dîner était fort bon, répondit le comte, et il lui nomma ceux qui y avaient assisté; à la suite nous avons eu des régates, mais comme on trouve toujours à Moscou le moyen de se rendre ridicule, on nous a exhibé la maîtresse de natation de la reine de Suède.

– Comment cela? Elle a nagé devant vous? demanda A

– Oui, et dans un affreux costume rouge, c’était hideux. Quel jour partons-nous?

– Peut-on imaginer une plus sotte invention? Y a-t-il quelque chose de spécial dans sa façon de nager?

– Pas du tout, c’était simplement absurde. Alors tu as fixé le départ?»

A

«Le plus tôt sera le mieux; je crains de n’être pas prête demain; mais après-demain.

– Après-demain est dimanche. Je serai obligé d’aller chez maman. – Wronsky se troubla involontairement en voyant les yeux d’A

– Ne peux-tu y aller demain?

– C’est impossible, à cause d’une procuration que je dois faire signer à ma mère, et de l’argent qu’elle doit me remettre.

– Alors nous ne partirons pas du tout.

– Pourquoi cela?

– Dimanche ou jamais.

– Mais cela n’a pas le sens commun! s’écria Wronsky éto

– Pour toi, parce que tu ne penses qu’à toi, et que tu ne veux pas comprendre ce que je souffre ici. Jane, le seul être qui m’intéressât, tu as trouvé moyen de m’accuser d’hypocrisie à son égard! Selon toi je pose, j’affecte des sentiments qui n’ont rien de naturel. Je voudrais bien savoir ce qui pourrait être naturel dans la vie que je mène!»

Elle eut peur de sa violence, et ne se sentait pourtant pas la force de résister à la tentation de lui prouver ses torts.

«Tu ne m’as pas compris, reprit Wronsky: j’ai voulu dire que cette tendresse subite ne me plaisait pas.

– Ce n’est pas vrai, et pour quelqu’un qui se vante de sa droiture…

– Je n’ai ni l’habitude de me vanter ni celle de mentir, dit-il réprimant la colère qui grondait en lui; et je regrette fort que tu ne respectes pas…

– Le respect a été inventé pour dissimuler l’absence de l’amour; or, si tu ne m’aimes plus, tu ferais plus loyalement de l’avouer.

– Mais c’est intolérable! cria presque le comte, s’approchant brusquement d’A

– Que voulez-vous dire par là? demanda-t-elle, épouvantée du regard haineux qu’il tourna vers elle.

– C’est moi qui vous demanderai ce que vous prétendez de moi!

– Que puis-je prétendre, si ce n’est de n’être pas abando