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La question était intempestive et fut entendue des perso

«Ce que vous dicteront vos convictions,» Levine, rouge et embarrassé, déposa son vote, au hasard.

Les nouveaux eurent gain de cause; le vieux maréchal posa sa candidature, prononça un discours ému, et, acclamé de son parti, se retira les larmes aux yeux. Levine, debout près de la porte de la salle, le vit passer, accablé, mais se hâtant de sortir; la veille il était allé le trouver pour son affaire de tutelle, et se rappelait l’air digne et respectable du vieillard, sa grande maison d’aspect seigneurial, avec ses vieux meubles, ses vieux serviteurs, sa vieille et excellente femme coiffée d’un bo

«J’espère que vous nous restez, dit Levine, cherchant à lui dire quelque chose d’agréable.

– J’en doute, répondit le maréchal en jetant autour de lui un regard troublé. Je suis vieux et fatigué, que de plus jeunes pre

Et il disparut par une petite porte.

XXIX

La salle, longue et étroite, où se trouvait le buffet, se remplissait de monde, et l’agitation allait croissant, car le moment décisif approchait; les chefs de partis, qui savaient à quoi s’en tenir sur le nombre des votants, étaient les plus animés; les autres cherchaient à se distraire, et se préparaient à la lutte en mangeant, fumant et arpentant la salle.

Levine ne fumait pas et n’avait pas faim; afin d’éviter ses amis, parmi lesquels il venait d’apercevoir Wronsky en uniforme d’écuyer de l’empereur, il se réfugia près d’une fenêtre, et, tout en examinant les groupes qui se formaient, il prêta l’oreille à ce qu’on disait autour de lui. Au milieu de cette foule il distingua, vêtu d’un antique uniforme de général de l’état-major, le vieux propriétaire à moustaches grises qu’il avait vu jadis chez Swiagesky; leurs yeux se rencontrèrent et ils se saluèrent cordialement.

«Charmé de vous revoir, dit le vieillard; certes oui je me rappelle le plaisir de vous avoir vu chez Nicolas Ivanitch.

– Comment vont vos affaires de campagne?

– Mais toujours avec perte, répondit le vieillard doucement et d’un air convaincu, comme si ce résultat était le seul qu’il admît. Et vous, comment se fait-il que vous preniez part à notre coup d’État? La Russie entière paraît s’y être do

– Je vous avoue, répondit Levine, que je ne comprends pas grand’chose à l’importance de ces élections de la noblesse.»

Le vieillard le regarda éto

«Mais qu’y a-t-il à comprendre? et quelle importance peuvent-elles avoir? C’est une institution en décadence, qui se prolonge par la force d’inertie. Voyez tous ces uniformes: vous avez devant vous des juges de paix, des employés, non des gentilshommes.

– Pourquoi, en ce cas, venez-vous aux assemblées?

– Par habitude, pour entretenir des relations, par une sorte d’obligation morale; j’y joins aussi une question d’intérêt perso

– C’est une génération nouvelle de gentilshommes.

– Pour être nouveaux, ils le sont, mais peut-on compter parmi les gentilshommes ceux qui attaquent les droits de la noblesse?

– Puisque, selon vous, c’est une institution tombée en désuétude?…

– Il y a des institutions vieillies qui doivent être respectées et traitées doucement. Nous ne valons peut-être pas grand’chose, mais nous n’en avons pas moins duré mille ans. Supposez que vous traciez un nouveau jardin: irez-vous couper l’arbre séculaire qui s’est attardé sur votre terrain? Non, vous tracerez vos allées et vos corbeilles de fleurs de façon à garder intact le vieux chêne; celui-là ne repousserait pas en un an. Eh bien et vos affaires à vous!

– Elles ne sont pas brillantes, et me do

– Sans compter vos peines, qui vaudraient cependant bien aussi une rémunération. – Je vous en dirai autant, trop heureux si j’ai mes 5 pour 100.

– Pourquoi persévérons-nous alors?

– Oui, pourquoi? par habitude, je suppose. Moi, par exemple, qui sais d’avance que mon fils unique sera un savant et non un agriculteur, je m’obstine en dépit de tout! J’ai même planté un verger cette a

– On dirait que nous nous sentons un devoir à remplir envers la terre, car pour ma part il y a longtemps que je ne me fais plus illusion sur les profits de mon travail.

– J’ai, dit le vieillard, un marchand pour voisin; l’autre jour il est venu me faire visite; nous avons parcouru la ferme, puis le jardin, et après avoir tout admiré: «Votre domaine est en ordre, m’a-t-il dit, mais ce que je ne comprends pas, c’est que vous ne rasiez pas les tilleuls de votre jardin; ils ne font qu’épuiser votre terre, et le bois s’en vendrait bien. À votre place je m’en déferais.»

– Il le ferait certainement, – dit Levine en souriant, car ce genre de raiso

– Vous êtes marié, m’a-t-on dit?

– Oui, répondit Levine avec une orgueilleuse satisfaction. N’est-il pas éto

Le vieillard sourit sous ses moustaches blanches.

«D’aucuns, comme notre ami Swiagesky et le comte Wronsky, prétendent faire de l’industrie agricole; mais jusqu’ici cela n’a servi qu’à manger son capital.

– Pourquoi n’arrivons-nous pas à faire comme le marchand? demanda Levine frappé de cette idée.

– À cause de notre manie d’entretenir le feu sacré, comme vous dites: c’est un instinct de caste. Les paysans ont le leur: un bon paysan s’obstinera à louer le plus de terre possible, et, qu’elle soit bo

– Nous sommes tous pareils! dit Levine. Je suis bien enchanté de vous avoir rencontré, ajouta-t-il en voyant approcher Swiagesky.

– Nous nous retrouvons pour la première fois depuis le jour où nous avons fait co