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XXII

Il était cinq heures passées. Pour ne pas manquer au rendez-vous, et surtout pour ne pas s’y rendre avec ses chevaux que tout le monde co

L’ordre rétabli dans ses affaires, l’amitié de Serpouhowskoï et les paroles flatteuses par lesquelles celui-ci lui avait affirmé qu’il était un homme nécessaire, enfin l’attente d’une entrevue avec A

«Qu’il fait bon vivre», se dit-il en se rejetant au fond de la voiture, les jambes croisées. Jamais il n’avait éprouvé si vivement cette plénitude de vie, qui lui rendait même agréable la légère douleur qu’il ressentait de sa chute.

Cette froide et claire journée d’août, dont A

Ce qu’il apercevait aux dernières clartés du jour, dans cette atmosphère pure, lui paraissait frais, joyeux et sain comme lui-même. Les toits des maisons que doraient les rayons du soleil couchant, les contours des palissades bordant la route, les maisons se dessinant en vifs reliefs, les rares passants, la verdure des arbres et du gazon, qu’aucun souffle de vent n’agitait, les champs avec leurs sillons de pommes de terre, où se projetaient des ombres obliques: tout semblait composer un joli paysage fraîchement verni.

«Plus vite, plus vite,» dit-il au cocher en lui glissant par la glace de la voiture un billet de trois roubles. L’isvostchik raffermit de la main la lanterne de la voiture, fouetta ses chevaux, et l’équipage roula rapidement sur la chaussée unie.

«Il ne me faut rien, rien que ce bonheur!» pensa-t-il en fixant les yeux sur le bouton de la so

Quand ils furent près l’un de l’autre, elle lui prit vivement la main:

«Tu ne m’en veux pas de t’avoir fait venir? J’ai absolument besoin de te voir, – dit-elle, et le pli sévère de sa lèvre sous son voile changea subitement la disposition joyeuse de Wronsky.

– Moi, t’en vouloir? mais comment et pourquoi es-tu ici?

– Peu importe, dit-elle en passant le bras sous celui de Wronsky; viens, il faut que je te parle.»

Il comprit qu’un nouvel incident était survenu, et que leur entretien n’aurait rien de doux; aussi fut-il gagné par l’agitation d’A

«Qu’y a-t-il?» demanda-t-il en lui serrant le bras et cherchant à lire sur son visage.

Elle fit quelques pas en silence pour reprendre haleine, et s’arrêta tout à coup.

«Je ne t’ai pas dit hier, commença-t-elle en respirant avec effort et parlant rapidement, qu’en rentrant des courses avec Alexis Alexandrovitch, je lui ai tout avoué…, je lui ai dit que je ne pouvais plus être sa femme,… enfin tout.»

Il l’écoutait, penché vers elle, comme s’il eût voulu adoucir l’amertume de cette confidence; mais aussitôt qu’elle eut parlé, il se redressa et son visage prit une expression fière et sévère.

«Oui, oui, cela valait mille fois mieux. Je comprends ce que tu as dû souffrir!» Mais elle n’écoutait pas et cherchait à deviner les pensées de son amant; pouvait-elle imaginer que l’expression de ses traits se rapportât à la première idée que lui avait suggérée le récit qu’il venait d’entendre; au duel, qu’il croyait dorénavant inévitable! jamais A

Depuis la lettre de son mari, elle sentait au fond de l’âme que tout resterait comme par le passé, qu’elle n’aurait pas la force de sacrifier sa position dans le monde, ni son fils, à son amant. La matinée passée chez la princesse Tverskoï l’avait confirmée dans cette conviction; néanmoins elle attachait une grande importance à son entrevue avec Wronsky, elle espérait que leur situation respective en serait changée. Si dès le premier moment il avait dit sans hésitation: «Quitte tout et viens avec moi», elle aurait même abando

«Je n’ai pas souffert, cela s’est fait de soi-même, dit-elle avec une certaine irritation, et voilà…» Elle retira de son gant la lettre de son mari.

«Je comprends, je comprends, interrompit Wronsky en prenant la lettre sans la lire, et en cherchant à calmer A

– Pourquoi me dis-tu cela? puis-je en douter? dit-elle. Si j’en doutais…

– Qui vient là? dit tout à coup Wronsky en désignant deux dames qui venaient à leur rencontre. Peut-être nous co

«Cela m’est si indifférent! – dit celle-ci; ses lèvres tremblaient, et il sembla à Wronsky qu’elle le regardait sous son voile avec une expression de haine étrange. – Je le répète: dans toute cette affaire, je ne doute pas de toi; mais lis ce qu’il m’écrit.» Et elle s’arrêta de nouveau.

Wronsky, tout en lisant la lettre, s’abando

Après avoir lu la lettre, il leva sur son amie un regard qui manquait de décision; elle comprit qu’il avait réfléchi, et que, quelque chose qu’il dît, ce ne serait pas le fond de sa pensée. Il ne répondait pas à ce qu’elle avait attendu de lui; son dernier espoir s’évanouissait.

«Tu vois quel homme cela fait? dit-elle d’une voix tremblante.

– Pardo