Страница 9 из 108
– Je n’en sais vraiment rien.
– Comment cela se fait-il? ne fais-tu pas partie de l’administration?
– Non, j’y ai renoncé; je ne vais plus aux assemblées, répondit Levine.
– C’est bien dommage,» murmura Serge en fronçant le sourcil.
Pour se disculper, Levine raconta ce qui se passait aux réunions du district.
«C’est toujours ainsi! interrompit Serge Ivanitch, voilà comme nous sommes, nous autres Russes! Peut-être est-ce un bon trait de notre nature que cette faculté de constater nos erreurs, mais nous l’exagérons, nous nous plaisons dans l’ironie, qui jamais ne fait défaut à notre langue. Si l’on do
– Qu’y faire? répondit Levine d’un air coupable. C’était mon dernier essai. J’y ai mis toute mon âme; je n’y puis plus rien; je suis incapable de…
– Incapable! interrompit Serge Ivanitch: tu n’envisages pas la chose comme il le faudrait.
– C’est possible, répondit Levine accablé.
– Sais-tu que notre frère Nicolas est de nouveau ici?»
Nicolas était le frère aîné de Constantin et le demi-frère de Serge; c’était un homme perdu, qui avait mangé la plus grande partie de sa fortune, et s’était brouillé avec ses frères pour vivre dans un monde aussi fâcheux qu’étrange.
«Que dis-tu là? s’écria Levine effrayé. Comment le sais-tu?
– Prokofi l’a vu dans la rue.
– Ici, à Moscou? Où est-il? et Levine se leva, comme s’il eût voulu aussitôt courir le trouver.
– Je regrette de t’avoir dit cela, dit Serge en hochant la tête à la vue de l’émotion de son frère. J’ai envoyé quelqu’un pour savoir où il demeurait et lui ai fait tenir sa lettre de change sur Troubine que j’ai payée. Voici ce qu’il m’a répondu…»
Et Serge tendit à son frère un billet qu’il prit sous un presse-papiers.
Levine lut ce billet d’une écriture étrange et qu’il co
«Je demande humblement qu’on me laisse la paix. C’est tout ce que je réclame de mes chers frères. Nicolas Levine.»
Constantin resta debout devant Serge, le papier à la main, sans lever la tête.
«Il veut bien visiblement m’offenser, continua Serge, mais cela lui est impossible. Je souhaitais de tout cœur de pouvoir l’aider, tout en sachant que je n’en viendrais pas à bout.
– Oui, oui, confirma Levine, je comprends et j’apprécie ta conduite envers lui, mais j’irai le voir.
– Si cela te fait plaisir, vas-y, dit Serge, mais je ne te le conseille pas. Ce n’est pas que je le craigne par rapport à nos relations à toi et à moi, il ne saurait nous brouiller, mais c’est pour toi que je te conseille de n’y pas aller: tu n’y pourras rien. Au reste, fais comme tu l’entends.
– Peut-être n’y a-t-il vraiment rien à faire, mais dans ce moment… je ne saurais être tranquille…
– Je ne te comprends pas, dit Serge, mais ce que je comprends, ajouta-t-il, c’est qu’il y a là pour nous une leçon d’humilité. Depuis que notre frère Nicolas est devenu ce qu’il est, je considère ce qu’on appelle une «bassesse» avec plus d’indulgence. Tu sais ce qu’il a fait?
– Hélas; c’est affreux, affreux!» répondit Levine.
Après avoir demandé l’adresse de Nicolas au domestique de Serge Ivanitch, Levine se mit en route pour aller le trouver, mais il changea d’idée et ajourna sa visite au soir. Avant tout, pour en avoir le cœur net, il voulait décider la question qui l’avait amené à Moscou. Il alla donc trouver Oblonsky et, après avoir appris où étaient les Cherbatzky, se rendit là où il pensait rencontrer Kitty.
IX
Vers quatre heures, Levine quitta son isvostchik à la porte du Jardin zoologique et, le cœur battant, suivit le sentier qui menait aux montagnes de glace, près de l’endroit où l’on patinait; il savait qu’il la trouverait là, car il avait aperçu la voiture des Cherbatzky à l’entrée.
Il faisait un beau temps de gelée; à la porte du Jardin on voyait, rangés à la file, des traîneaux, des voitures de maître, des isvostchiks, des gendarmes. Le public se pressait dans les petits chemins frayés autour des izbas décorées de sculptures en bois; les vieux bouleaux du Jardin, aux branches chargées de givre et de neige, semblaient revêtus de chasubles neuves et sole
Tout en suivant le sentier, Levine se parlait à lui-même: «Du calme! il ne faut pas se troubler; que veux-tu? qu’as-tu? tais-toi, imbécile.» C’est ainsi qu’il interpellait son cœur.
Mais plus il cherchait à se calmer, plus l’émotion le gagnait et lui coupait la respiration. Une perso
Debout auprès d’une dame, du côté opposé à celui où Levine se trouvait, elle ne se distinguait de son entourage ni par sa pose ni par sa toilette; pour lui, elle ressortait dans la foule comme une rose parmi des orties, éclairant de son sourire ce qui l’enviro
On se réunissait sur la glace, un jour de la semaine, entre perso
Nicolas Cherbatzky, un cousin de Kitty, vêtu d’une jaquette et de pantalons étroits, était assis sur un banc, les patins aux pieds, lorsqu’il aperçut Levine.