Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 75 из 108

Le prince s’approcha. Kitty remarqua aussitôt dans son regard cette pointe d’ironie qui la troublait. Il adressa la parole à Mme Stahl dans ce français excellent que si peu de perso

«Je ne sais si vous vous souvenez encore de moi, mais c’est mon devoir de me rappeler à votre souvenir pour vous remercier de votre bonté pour ma fille, dit-il en ôtant son chapeau sans le remettre.

– Le prince Alexandre Cherbatzky? dit Mme Stahl en levant sur lui ses yeux célestes, dans lesquels Kitty remarqua une ombre de mécontentement. Enchantée de vous voir. J’aime tant votre fille!

– Votre santé n’est toujours pas bo

– Oh! j’y suis faite maintenant, répondit Mme Stahl, et elle présenta le comte suédois.

– Vous êtes bien peu changée depuis les dix ou onze ans que je n’ai eu l’ho

– Oui, Dieu qui do

– Pour faire le bien sans doute, dit le prince dont les yeux riaient.

– Il ne nous appartient pas de juger, répondit Mme Stahl, qui surprit cette nuance d’ironie dans la physionomie du prince. – Envoyez-moi donc ce livre, cher comte. – Je vous en remercie infiniment d’avance, dit-elle en se tournant vers le jeune Suédois.

– Ah! s’écria le prince qui venait d’apercevoir le colonel de Moscou; et, saluant Mme Stahl, il alla le rejoindre avec sa fille.

– Voilà notre aristocratie, prince, dit le colonel avec une intention railleuse, car lui aussi était piqué de l’attitude de Mme Stahl.

– Toujours la même, répondit le prince.

– L’avez-vous co

– Oui, je l’ai co

– On prétend qu’il y a dix ans qu’elle ne marche plus.

– Elle ne marche pas parce qu’elle a une jambe plus courte que l’autre; elle est très mal faite.

– C’est impossible, papa! s’écria Kitty.

– Les mauvaises langues l’assurent, ma chérie; et ton amie Varinka doit en voir de toutes les couleurs. Oh! ces dames malades!

– Oh non! papa, je t’assure, Varinka l’adore! affirma vivement Kitty. Et elle fait tant de bien! Demande à qui tu voudras: tout le monde la co

– C’est possible, répondit son père en lui serrant doucement le bras, mais il vaudrait mieux que perso

Kitty se tut, non qu’elle fût sans réponse, mais parce que ses pensées secrètes ne pouvaient pas même être révélées à son père. Chose étrange cependant: quelque décidée qu’elle fût à ne pas se soumettre aux jugements de son père, à ne pas le laisser pénétrer dans le sanctuaire de ses réflexions, elle sentait bien que l’image de sainteté idéale qu’elle portait dans l’âme depuis un mois venait de s’effacer sans retour, comme ces formes que l’imagination aperçoit dans des vêtements jetés au hasard, et qui disparaissent d’elles-mêmes quand on se rend compte de la façon dont ils ont été jetés. Elle ne conserva plus que l’image d’une femme boiteuse qui restait couchée pour cacher sa difformité, et qui tourmentait la pauvre Varinka pour un plaid mal arrangé; il lui devint impossible de retrouver dans sa pensée l’ancie

XXXV

L’entrain et la bo

La princesse, un bo

Kitty ne pouvait se défendre d’une certaine agitation intérieure; sans le vouloir, son père avait posé devant elle un problème qu’elle ne pouvait résoudre, en jugeant, comme il l’avait fait, ses amis et cette vie nouvelle qui lui offrait tant d’attraits. À ce problème se joignait pour elle celui du changement de relations avec les Pétrof, qui lui avait paru ce jour-là plus évident encore et plus désagréable. Son agitation augmentait en les voyant tous si gais, et elle éprouvait le même sentiment que, lorsque petite fille, on la punissait, et qu’elle entendait de sa chambre les rires de ses sœurs sans pouvoir y prendre part.

«Dans quel but as-tu bien pu acheter ce tas de choses? demanda la princesse en souriant à son mari et lui offrant une tasse de café.

– Que veux-tu? on va se promener, on s’approche d’une boutique, on est aussitôt accosté: «Erlaucht, Excellenz, Durchlaucht!» Oh! quand on en venait à Durchlaucht, je ne résistais plus, et mes dix thalers y passaient.

– C’était uniquement par e

– Mais certainement, ma chère, car l’e

– Comment peut-on s’e

– Je sais tout ce qu’il y a d’intéressant maintenant: je co