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«Comment ne l’aurais-je pas pensé? Si j’étais homme, je n’aurais pu aimer perso
– Au contraire, c’est un homme excellent, et quant à moi je ne suis pas malheureuse… Eh bien, ne chanterons-nous plus aujourd’hui? ajouta-t-elle en se dirigeant vers la maison.
– Que vous êtes bo
– Pourquoi ressembleriez-vous à une autre qu’à vous-même? Restez donc ce que vous êtes, dit Varinka en souriant de son sourire doux et fatigué.
– Non, je ne suis pas bo
– Il n’a rien méprisé: je suis sûre qu’il m’a aimée. Mais c’était un fils soumis…
– Et s’il n’avait pas agi ainsi pour obéir à sa mère? Si de son plein gré…? dit Kitty, sentant qu’elle dévoilait son secret, et que son visage, tout brûlant de rougeur, la trahissait.
– Dans ce cas, il aurait mal agi, et je ne le regretterais plus, répondit Varinka, comprenant qu’il n’était plus question d’elle, mais de Kitty.
– Et l’insulte? dit Kitty: peut-on l’oublier? C’est impossible, dit-elle en se rappelant son regard au dernier bal lorsque la musique s’était arrêtée.
– Quelle insulte? vous n’avez rien fait de mal?
– Pis que cela, je me suis humiliée…»
Varinka secoua la tête et posa sa main sur celle de Kitty.
«En quoi vous êtes-vous humiliée? Vous n’avez pu dire à un homme qui vous témoignait de l’indifférence que vous l’aimiez?
– Certainement non, je n’ai jamais dit un mot, mais il le savait! Il y a des regards, des manières d’être… Non, non, je vivrais cent ans que je ne l’oublierais pas!
– Mais alors je ne comprends plus. Il s’agit seulement de savoir si vous l’aimez encore ou non, dit Varinka, qui appelait les choses par leur nom.
– Je le hais; je ne puis me pardo
– Eh bien?
– Mais la honte, l’affront!
– Ah, mon Dieu! si tout le monde était sensible comme vous! Il n’y a pas de jeune fille qui n’ait éprouvé quelque chose d’analogue. Tout cela est si peu important!
– Qu’y-a-t-il donc d’important? demanda Kitty, la regardant avec une curiosité éto
– Bien des choses, répondit Varinka en souriant.
– Mais encore?
– Il y a beaucoup de choses plus importantes, répondit Varinka, ne sachant trop que dire; en ce moment, la princesse cria par la fenêtre:
– Kitty, il fait frais: mets un châle, ou rentre.
– Il est temps de partir, dit Varinka en se levant. Je dois entrer chez Mlle Berthe, elle m’en a priée.»
Kitty la tenait par la main et l’interrogeait du regard avec une curiosité passio
«Quoi? qu’est-ce qui est plus important? Qu’est-ce qui do
Mais Varinka ne comprenait même pas ce que demandaient les regards de Kitty; elle se rappelait seulement qu’il fallait encore entrer chez Mlle Berthe, et se trouver à la maison pour le thé de maman, à minuit.
Elle rentra dans la chambre, rassembla sa musique, et ayant pris congé de chacun, voulut partir.
«Permettez, je vous reconduirai, dit le colonel.
– Certainement, comment rentrer seule la nuit? dit la princesse; je vous do
Kitty s’aperçut que Varinka dissimulait avec peine un sourire, à l’idée qu’on voulait l’accompagner.
«Non, je rentre toujours seule, et jamais il ne m’arrive rien;» dit-elle en prenant son chapeau; et embrassant encore une fois Kitty, sans lui dire «ce qui était important», elle s’éloigna d’un pas ferme, sa musique sous le bras, et disparut dans la demi-obscurité d’une nuit d’été, emportant avec elle le secret de sa dignité et de son enviable tranquillité.
XXXIII
Kitty fit la co
Elle apprit qu’en dehors de la vie instinctive qui avait été la sie
Kitty apprit tout cela autrement qu’en paroles. Mme Stahl lui parlait comme à une aimable enfant qu’on admire, ainsi qu’un souvenir de jeunesse, et ne fit allusion qu’une seule fois aux consolations qu’apportent la foi et l’amour aux douleurs humaines, ajoutant que le Christ compatissant n’en co
Cependant, quelle que fût l’élévation de nature de Mme Stahl, quelque touchante que fût son histoire, Kitty remarquait involontairement certains traits de caractère qui l’affligeaient. Un jour, par exemple, qu’il fut question de sa famille, Mme Stahl sourit dédaigneusement: c’était contraire à la charité chrétie