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Wronsky touchait la terre d’un pied: la jument s’affaissa sur ce pied, et il eut à peine le temps de se dégager qu’elle tomba complètement, soufflant péniblement et faisant, de son cou délicat et couvert de sueur, d’inutiles efforts pour se relever; elle gisait à terre et se débattait comme un oiseau blessé: par le mouvement qu’il avait fait en selle, Wronsky lui avait brisé les reins; mais il ne comprit sa faute que plus tard. Il ne voyait qu’une chose en ce moment: c’est que Gladiator s’éloignait rapidement, et que lui il était là, seul, sur la terre détrempée, devant Frou-frou abattue, qui tendait vers lui sa tête et le regardait de ses beaux yeux. Toujours sans comprendre, il tira sur la bride. La pauvre bête s’agita comme un poisson pris au filet, et chercha à se redresser sur ses jambes de devant; mais, impuissante à relever celles de derrière, elle retomba tremblante sur le côté. Wronsky, pâle et défiguré par la colère, lui do

«Mon Dieu, qu’ai-je fait? hurla presque Wronsky en se prenant la tête à deux mains. Qu’ai-je fait?»

Et la pensée de la course perdue, de sa faute humiliante et impardo

On accourait vers lui, le chirurgien et son aide, ses camarades, tout le monde. À son grand chagrin, il se sentait sain et sauf.

Le cheval avait l’épine dorsale rompue; il fallut l’abattre. Incapable de proférer une seule parole, Wronsky ne put répondre à aucune des questions qu’on lui adressa; il quitta le champ de courses, sans relever sa casquette tombée, marchant au hasard sans savoir où il allait; il était désespéré! Pour la première fois de sa vie, il était victime d’un malheur auquel il ne pouvait porter remède, et dont il se reco

Yashvine courut après lui avec sa casquette, et le ramena à son logis; au bout d’une demi-heure, il se calma et reprit possession de lui-même; mais cette course fut pendant longtemps un des souvenirs les plus pénibles, les plus cruels, de son existence.

XXVI

Les relations d’Alexis Alexandrovitch et de sa femme ne semblaient pas changées extérieurement; tout au plus pouvait-on remarquer que Karénine était plus surchargé de besogne que jamais.

Dès le printemps, il partit selon son habitude pour l’étranger, afin de se remettre des fatigues de l’hiver en faisant une cure d’eaux.

Il revint en juillet et reprit ses fonctions avec une nouvelle énergie. Sa femme s’était installée à la campagne aux environs de Pétersbourg, comme d’ordinaire; lui restait en ville.

Depuis leur conversation, après la soirée de la princesse Tverskoï, il n’avait plus été question entre eux de soupçons ni de jalousie; mais le ton de persiflage habituel à Alexis Alexandrovitch lui fut très commode dans ses rapports actuels avec sa femme; sa froideur avait augmenté, quoiqu’il ne semblât conserver de cette conversation qu’une certaine contrariété; encore n’était-ce guère qu’une nuance, rien de plus.

«Tu n’as pas voulu t’expliquer avec moi, semblait-il dire, tant pis pour toi, c’est à toi maintenant de venir à moi, et à mon tour de ne pas vouloir m’expliquer.» Et il s’adressait à sa femme par la pensée, comme un homme furieux de n’avoir pu éteindre un incendie qui dirait au feu: «Brûle, va, tant pis pour toi!»

Lui, cet homme si fin et si sensé quand il s’agissait de son service, ne comprenait pas ce que cette conduite avait d’absurde, et s’il ne comprenait pas, c’est que la situation lui semblait trop terrible pour oser la mesurer. Il préféra enfouir son affection pour sa femme et son fils dans son âme, comme en un coffre scellé et verrouillé, et prit même envers l’enfant une attitude singulièrement froide, ne l’interpellant que du nom de «jeune homme», de ce ton ironique qu’il prenait avec A

Alexis Alexandrovitch prétendait n’avoir jamais eu d’affaires aussi importantes que cette a

Si quelqu’un s’était arrogé le droit de lui demander ce qu’il pensait de la conduite de sa femme, cet homme calme et pacifique se serait mis en colère, au lieu de répondre. Aussi sa physionomie prenait-elle un air digne et sévère toutes les fois qu’on lui demandait des nouvelles d’A

L’habitation d’été des Karénine était à Péterhof, et la comtesse Lydie Ivanovna, qui y demeurait habituellement, y entretenait de fréquentes relations de bon voisinage avec A

Il ne se permettait pas de réfléchir, et ne réfléchissait pas; mais malgré tout, sans s’expliquer avec lui-même, sans avoir aucune preuve à l’appui, il se sentait trompé, n’en doutait pas, et en souffrait profondément.

Combien de fois ne lui était-il pas arrivé, pendant ses huit a

Depuis son retour de l’étranger, Alexis Alexandrovitch était allé deux fois retrouver sa femme à la campagne; une fois pour dîner, l’autre pour y passer la soirée avec du monde, sans coucher, comme il le faisait les a

Le jour des courses avait été pour lui un jour très rempli; cependant, en faisant le programme de sa journée le matin, il s’était décidé à aller à Péterhof après avoir dîné de bo

Tout cela avait été décidé avec la force de volonté qu’il possédait, et sans qu’il permît à sa pensée d’aller au delà.

Sa matinée s’était trouvée très affairée; la veille, il avait reçu une brochure d’un voyageur célèbre par ses voyages en Chine, accompagnée d’un mot de la comtesse Lydie, le priant de recevoir ce voyageur qui lui semblait, pour plusieurs raisons, être un homme utile et intéressant.