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Et elle se rappela les moindres détails du langage et de la physionomie de son mari, prête à lui reprocher intérieurement tout ce qu’elle pouvait trouver en lui de mal, avec d’autant moins d’indulgence qu’elle se sentait plus coupable.
«Mais, A
– Alors il faudra s’enfuir?
– Pourquoi pas? Je ne vois pas la possibilité de continuer à vivre ainsi; il n’est pas question de moi, mais de vous qui souffrez.
– S’enfuir! et devenir ostensiblement votre maîtresse! dit-elle méchamment.
– A
– Oui, votre maîtresse et perdre tout…» Elle voulut encore dire mon fils, mais ne put prononcer ce mot.
Wronsky était incapable de comprendre que cette forte et loyale nature acceptât la situation fausse où elle se trouvait, sans chercher à en sortir; il ne se doutait pas que l’obstacle était ce mot «fils» qu’elle ne pouvait se résoudre à articuler.
Quand A
«Je t’en supplie, je t’en supplie, dit-elle tout à coup sur un ton tout différent de tendresse et de sincérité, ne me parle plus jamais de cela.
– Mais, A
– Jamais, jamais. Laisse-moi rester juge de la situation. J’en comprends la bassesse et l’horreur, mais il n’est pas aussi facile que tu le crois d’y rien changer. Aie confiance en moi, et ne me dis plus jamais rien de cela. Tu me le promets?
– Je promets tout; comment veux-tu cependant que je sois tranquille après ce que tu viens de me confier? Puis-je rester calme quand tu l’es si peu?
– Moi! répéta-t-elle. Il est vrai que je me tourmente, mais cela passera si tu ne me parles plus de rien.
– Je ne comprends pas…
– Je sais, interrompit-elle, combien ta nature loyale souffre de mentir; tu me fais pitié, et bien souvent je me dis que tu as sacrifié ta vie pour moi.
– C’est précisément ce que je me disais de toi! je me demandais tout à l’heure comment tu avais pu t’immoler pour moi! Je ne me pardo
– Moi, malheureuse! dit-elle en se rapprochant de lui et le regardant avec un sourire plein d’amour. Moi! mais je suis semblable à un être mourant de faim auquel on aurait do
La voix du petit Serge qui rentrait se fit entendre. A
«Quand? murmura-t-il en la regardant avec transport.
– Aujourd’hui à une heure,» répondit-elle à voix basse en soupirant, et elle courut au-devant de son fils. Serge avait été surpris par la pluie au parc, et s’était réfugié dans un pavillon avec sa bo
«Eh bien, au revoir, dit-elle à Wronsky, il faut maintenant que je m’apprête pour les courses; Betsy m’a promis de venir me chercher.» – Wronsky regarda sa montre, et partit précipitamment.
XXIV
Wronsky était si ému et si préoccupé qu’ayant regardé l’aiguille et le cadran il n’avait pas vu l’heure.
Tout pénétré de la pensée d’A
Il devait y avoir plusieurs courses ce jour-là. D’abord les chevaux de trait, puis une course d’officiers de deux verstes, une seconde de quatre; celle où il devait courir était la dernière. À la rigueur, il pouvait arriver à temps en sacrifiant Bransky, sinon il risquait de ne se trouver sur le terrain que lorsque la cour serait arrivée, et ce n’était pas convenable. Malheureusement Bransky avait sa parole; il continua donc la route en recommandant au cocher de ne pas ménager ses chevaux. Cinq minutes chez Bransky, et il repartit au galop; ce mouvement rapide lui fit du bien. Peu à peu il oubliait ses soucis pour ne sentir que l’émotion de la course et le plaisir de ne pas la manquer; il dépassait toutes les voitures venant de Pétersbourg ou des environs.
Perso
Pendant qu’il changeait de vêtements, son domestique eut le temps de lui raconter que la seconde course était commencée, et que plusieurs perso
Wronsky s’habilla sans se presser, – car il savait garder son calme, – et se fit conduire en voiture aux écuries. On voyait de là un océan d’équipages de toutes sortes, des piétons, des soldats, et toutes les tribunes chargées de spectateurs. – La seconde course devait en effet avoir lieu, car il entendit un coup de cloche. Il avait rencontré près de l’écurie l’alezan de Mahotine, Gladiator, qu’on menait couvert d’une housse orange et bleue avec d’énormes oreillères.
«Où est Cord? demanda-t-il au palefrenier.
– À l’écurie, – on selle.»
Frou-frou était toute sellée dans sa stalle ouverte, et on allait la faire sortir.
«Je ne suis pas en retard?
– All right, all right, dit l’Anglais, ne vous inquiétez de rien.»
Wronsky jeta un dernier regard sur les belles formes de sa jument, et la quitta à regret; – elle tremblait de tous ses membres. Le moment était propice pour s’approcher des tribunes sans être remarqué; la course de deux verstes s’achevait, et tous les yeux étaient fixés sur un chevalier-garde et un hussard derrière lui, fouettant désespérément leurs chevaux en approchant du but. On affluait vers ce point de tous côtés, et un groupe de soldats et d’officiers de la garde saluaient avec des cris de joie le triomphe de leur officier et de leur camarade.