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«C’est fâcheux, pensa Wronsky en levant la capote de sa calèche; il y avait de la boue, maintenant ce sera un marais.»

Et, profitant de ce moment de solitude, il prit les lettres de sa mère et de son frère pour les lire.

C’était toujours la même histoire: tous deux, sa mère aussi bien que son frère, trouvaient nécessaire de se mêler de ses affaires de cœur; il en était irrité jusqu’à la colère, un sentiment qui ne lui était pas habituel.

«En quoi cela les concerne-t-il? Pourquoi se croient-ils obligés de s’occuper de moi? de s’accrocher à moi? C’est parce qu’ils sentent qu’il y a là quelque chose qu’ils ne peuvent comprendre. Si c’était une liaison vulgaire, on me laisserait tranquille; mais ils devinent qu’il n’en est rien, que cette femme n’est pas un jouet pour moi, qu’elle m’est plus chère que la vie. Cela leur paraît incroyable et agaçant. Quel que soit notre sort, c’est nous qui l’avons fait, et nous ne le regrettons pas, se dit-il en s’unissant à A

Au fond, ce qui l’irritait le plus contre les siens, c’est que sa conscience lui disait qu’ils avaient raison. Son amour pour A

Ces fréquentes nécessités de dissimuler et de feindre lui revinrent vivement à la pensée. Rien n’était plus contraire à sa nature, et il se rappela le sentiment de honte qu’il avait souvent surpris dans A

Depuis sa liaison avec elle, il ressentait parfois une étrange sensation de dégoût et de répulsion qu’il ne pouvait définir. Pour qui l’éprouvait-il?… Pour Alexis Alexandrovitch, pour lui-même, pour le monde entier?… Il n’en savait rien. Autant que possible il chassait cette impression.

«Oui, jadis elle était malheureuse, mais fière et tranquille; maintenant elle ne peut plus l’être, quelque peine qu’elle se do

Et pour la première fois l’idée de couper court à cette vie de dissimulation lui apparut nette et précise: le plus tôt serait le mieux.

«Il faut que nous quittions tout, elle et moi, et que, seuls avec notre amour, nous allions nous cacher quelque part,» se dit-il.

XXII

L’averse fut de courte durée, et lorsque Wronsky arriva au grand trot de son cheval de brancard, les chevaux de volée galopant à toutes brides dans la boue, le soleil avait déjà reparu et faisait scintiller les toits des villas et le feuillage mouillé des vieux tilleuls, dont l’ombre se projetait des jardins du voisinage dans la rue principale. L’eau coulait des toits, et les branches des arbres semblaient secouer gaiement leurs gouttes de pluie. Il ne pensait plus au tort que l’averse pouvait faire au champ de courses, mais se réjouissait en songeant que, grâce à la pluie, elle serait seule; car il savait qu’Alexis Alexandrovitch, revenu d’un voyage aux eaux depuis quelques jours, n’avait pas encore quitté Pétersbourg pour la campagne.

Wronsky fit arrêter ses chevaux à une petite distance de la maison, et, afin d’attirer l’attention aussi peu que possible, il entra dans la cour à pied, au lieu de so

«Monsieur est-il arrivé? demanda-t-il à un jardinier.

– Pas encore, mais madame y est. Veuillez so

– Non, je préfère entrer par le jardin.»

La sachant seule, il voulait la surprendre; il n’avait pas a

L’enfant était le principal obstacle à leurs entrevues. Jamais en sa présence Wronsky et A

Serge faisait effectivement de vains efforts pour comprendre comment il devait se comporter avec ce monsieur; il avait deviné, avec la finesse d’intuition propre à l’enfance, que son père, sa gouvernante et sa bo

«Qu’est-ce que cela signifie? qui est-il? faut-il que je l’aime? et si je n’y comprends rien, est-ce ma faute et suis-je un enfant méchant ou borné?» pensait le petit. De là sa timidité, son air interrogateur et méfiant, et cette mobilité d’humeur qui gênait tant Wronsky. D’ailleurs, en présence de l’enfant, il éprouvait toujours l’impression de répulsion, sans cause apparente, qui le poursuivait depuis un certain temps. Wronsky et A

Ce jour-là, Serge ne se trouvait pas à la maison; A