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«Bien sûr, vous allez chez Nicolas Ivanitch Swiagesky, dit le vieux paysan en s’approchant de Levine, lorsque celui-ci sortit de la chambre pour examiner la cour et les dépendances. Il s’arrête aussi chez nous en passant.»
Pendant qu’il parlait, la porte cochère cria une seconde fois sur ses gonds, et des ouvriers entrèrent dans la cour, revenant des champs avec les herses et les charrues.
Le vieillard quitta Levine, s’approcha des chevaux, vigoureux et bien nourris, et aida à dételer.
«Qu’a-t-on labouré?
– Les champs de pommes de terre. Hé! Fédor, laisse là ton cheval près de l’abreuvoir, tu en attelleras un autre.»
La belle jeune femme en galoches rentra en ce moment dans la maison avec deux seaux pleins d’eau, et d’autres femmes, jeunes, belles, laides ou vieilles, avec ou sans enfants, apparurent.
Le samovar se mit à chanter; les ouvriers, ayant dételé leurs chevaux, allèrent dîner, et Levine, faisant retirer ses provisions de la calèche, invita le vieillard à prendre le thé. Le paysan, visiblement flatté, accepta, tout en se défendant.
Levine, en buvant le thé, le fit jaser.
Dix ans auparavant ce paysan avait pris en ferme d’une dame 120 dessiatines, et l’a
Le vieux se lamentait, assurait que tout allait mal, mais c’était par convenance, car il cachait difficilement l’orgueil que lui inspiraient son bien-être, ses beaux enfants, son bétail et, par-dessus tout, la prospérité de son exploitation. Dans le courant de la conversation il prouva qu’il ne repoussait pas les i
«Cela occupe les femmes, dit-il.
– Eh bien, nous autres propriétaires n’en venons pas à bout.
– Comment peut-on mener les choses à bien avec des ouvriers? c’est la ruine. Voilà Swiagesky par exemple, dont nous co
– Mais comment fais-tu, toi, avec tes ouvriers?
– Oh! nous sommes entre paysans; nous travaillons nous-mêmes, et si l’ouvrier est mauvais, il est vite chassé: on s’arrange toujours avec les siens.
– Père, on demande du goudron», vint dire à la porte la jeune femme aux galoches.
Le vieux se leva, remercia Levine, et, après s’être longuement signé devant les saintes images, il sortit.
Lorsque Levine entra dans la chambre commune pour appeler son cocher, il vit toute la famille à table; les femmes servaient debout. Un grand beau garçon, la bouche pleine, racontait une histoire qui faisait rire tout le monde, mais principalement la jeune femme, occupée à remplir de soupe une grande écuelle où chacun puisait.
Levine emporta de cet intérieur de paysans aisés une impression douce et durable, qu’il garda pendant le reste de son voyage.
XXVI
Swiagesky était maréchal de son district; plus âgé que Levine de cinq ans, il était marié depuis longtemps; sa belle-sœur, une jeune fille très sympathique, vivait chez lui, et Levine savait, comme les jeunes gens à marier savent ces choses-là, qu’on désirait la lui voir épouser. Quoiqu’il songeât au mariage, et qu’il fût persuadé que cette aimable perso
Swiagesky était un type intéressant de propriétaire ado
Malgré ces contradictions, Levine essayait de le comprendre, le considérant comme une énigme vivante, et grâce à leurs relations amicales il cherchait à dépasser ce qu’il appelait le «seuil» de cet esprit.
La chasse à laquelle son hôte l’emmena fut médiocre; les marais étaient à sec, et les bécasses rares; Levine marcha toute la journée pour rapporter trois pièces; en revanche, il revint avec un excellent appétit, une humeur parfaite, et une certaine excitation intellectuelle, qui résultait toujours pour lui d’un exercice physique violent.
Le soir, auprès de la table à thé, Levine se trouva assis près de la maîtresse de la maison, une blonde de taille moye
«Vous croyez que mon mari ne s’intéresse pas à ce qui est russe? disait-elle. Bien au contraire; il est plus heureux ici que partout ailleurs; il a tant à faire à la campagne! vous n’avez pas vu notre école?
– Si fait; c’est cette maiso
– Oui, c’est l’œuvre de Nastia, dit-elle en désignant sa sœur.
– Vous y do