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Mais quand, après de longues et vaines recherches, je les vis tous rester sans exception dans le plus inique et absurde système qu’un esprit infernal pût inventer; quand je vis qu’à mon égard la raison était ba

Dans tous les maux qui nous arrivent, nous regardons plus à l’intention qu’à l’effet. Une tuile qui tombe d’un toit peut nous blesser davantage mais ne nous navre pas tant qu’une pierre lancée à dessein par une main malveillante. Le coup porte à faux quelquefois mais l’intention ne manque jamais son atteinte. La douleur matérielle est ce qu’on sent le moins dans les atteintes de la fortune, et quand les infortunés ne savent à qui s’en prendre de leurs malheurs ils s’en pre

C’est beaucoup d’en être venu là mais ce n’est pas tout si l’on s’arrête. C’est bien avoir coupé le mal mais c’est avoir laissé la racine. Car cette racine n’est pas dans les êtres qui nous sont étrangers, elle est en nous-mêmes et c’est là qu’il faut travailler pour l’arracher tout à fait. Voilà ce que je sentis parfaitement dès que je commençai à revenir à moi. Ma raison ne me montrant qu’absurdité dans toutes les explications que je cherchais à do

Cette découverte n’était pas si facile à faire qu’on pourrait croire, car un i

Je n’eus jamais beaucoup de pente à l’amour-propre; mais cette passion factice s’était exaltée en moi dans le monde, et surtout quand je fus auteur; j’en avais peut-être encore moins qu’un autre mais j’en avais prodigieusement. Les terribles leçons que j’ai reçues l’ont bientôt renfermé dans ses premières bornes; il commença par se révolter contre l’injustice mais il a fini par la dédaigner. En se repliant sur mon âme et en coupant les relations extérieures qui le rendent exigeant, en renonçant aux comparaisons et aux préférences, il s’est contenté que je fusse bon pour moi; alors redevenant amour de moi-même il est rentré dans l’ordre de la nature et m’a délivré du joug de l’opinion.

Dès lors j’ai retrouvé la paix de l’âme et presque la félicité. Dans quelque situation qu’on se trouve ce n’est que par lui qu’on est constamment malheureux. Quand il se tait et que la raison parle elle nous console enfin de tous les maux qu’il n’a pas dépendu de nous d’éviter. Elle les anéantit même autant qu’ils n’agissent pas immédiatement sur nous, car on est sûr alors d’éviter leurs plus poignantes atteintes en cessant de s’en occuper. Ils ne sont rien pour celui qui n’y pense pas. Les offenses, les vengeances, les passe-droits, les outrages, les injustices, ne sont rien pour celui qui ne voit dans les maux qu’il endure que le mal même et non pas l’intention, pour celui dont la place ne dépend pas dans sa propre estime de celle qu’il plaît aux autres de lui accorder. De quelque façon que les hommes veuillent me voir, ils ne sauraient changer mon être, et malgré leur puissance et malgré toutes leurs sourdes intrigues, je continuerai, quoi qu’ils fassent, d’être en dépit d’eux ce que je suis. Il est vrai que leurs dispositions à mon égard influent sur ma situation réelle, la barrière qu’ils ont mise entre eux et moi m’ôte toute ressource de subsistance et d’assistance dans ma vieillesse et mes besoins. Elle me rend l’argent même inutile, puisqu’il ne peut me procurer les services qui me sont nécessaires, il n’y a plus ni commerce ni secours réciproques, ni correspondance entre eux et moi. Seul au milieu d’eux, je n’ai que moi seul pour ressource, et cette ressource est bien faible à mon âge et dans l’état où je suis. Ces maux sont grands, mais ils ont perdu pour moi toute leur force depuis que j’ai su les supporter sans m’en irriter. Les points où le vrai besoin se fait sentir sont toujours rares. La prévoyance et l’imagination les multiplient, et c’est par cette continuité de sentiments qu’on s’inquiète et qu’on se rend malheureux. Pour moi j’ai beau savoir que je souffrirai demain, il me suffit de ne pas souffrir aujourd’hui pour être tranquille. Je ne m’affecte point du mal que je prévois mais seulement de celui que je sens, et cela le réduit à très peu de chose. Seul, malade et délaissé dans mon lit, j’y peux mourir d’indigence, de froid et de faim, sans que perso