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Il se présente ici deux questions à examiner, très importantes l’une et l’autre. La première, quand et comment on doit à autrui la vérité, puisqu’on ne la doit pas toujours. La seconde, s’il est des cas où l’on puisse tromper i

La vérité générale et abstraite est le plus précieux de tous les biens. Sans elle l’homme est aveugle; elle est l’œil de la raison. C’est par elle que l’homme apprend à se conduire, à être ce qu’il doit être, à faire ce qu’il doit faire, à tendre à sa véritable fin. La vérité particulière et individuelle n’est pas toujours un bien, elle est quelquefois un mal, très souvent une chose indifférente. Les choses qu’il importe à un homme de savoir et dont la co

Quant aux vérités qui n’ont aucune sorte d’utilité ni pour l’instruction ni dans la pratique, comment seraient-elles un bien dû, puisqu’elles ne sont pas même un bien? et puisque la propriété n’est fondée que sur l’utilité, où il n’y a point d’utilité possible il ne peut y avoir de propriété. On peut réclamer un terrain quoique stérile parce qu’on peut au moins habiter sur le sol: mais qu’un fait oiseux, indifférent à tous égards et sans conséquence pour perso

Mais est-il de ces vérités si parfaitement stériles qu’elles soient de tout point inutiles à tout, c’est un autre article à discuter et auquel je reviendrai tout à l’heure. Quant à présent passons à la seconde question.

Ne pas dire ce qui est vrai et dire ce qui est faux sont deux choses très différentes, mais dont peut néanmoins résulter le même effet; car ce résultat est assurément bien le même toutes les fois que cet effet est nul. Partout où la vérité est indifférente l’erreur contraire est indifférente aussi; d’où il suit qu’en pareil cas celui qui trompe en disant le contraire de la vérité n’est pas plus injuste que celui qui trompe en ne la déclarant pas; car en fait de vérités inutiles, l’erreur n’a rien de pire que l’ignorance. Que je croie le sable qui est au fond de la mer blanc ou rouge, cela ne m’importe pas plus que d’ignorer de quelle couleur il est. Comment pourrait-on être injuste en ne nuisant à perso

Mais ces questions ainsi sommairement décidées ne sauraient me fournir encore aucune application sûre pour la pratique, sans beaucoup d’éclaircissements préalables nécessaires pour faire avec justesse cette application dans tous les cas qui peuvent se présenter. Car si l’obligation de dire la vérité n’est fondée que sur son utilité, comment me constituerai-je juge de cette utilité? Très souvent l’avantage de l’un fait le préjudice de l’autre, l’intérêt particulier est presque toujours en opposition avec l’intérêt public. Comment se conduire en pareil cas? Faut-il sacrifier l’utilité de l’absent à celle de la perso

Que d’embarrassantes discussions dont il serait aisé de se tirer en se disant, soyons toujours vrai au risque de tout ce qui en peut arriver. La justice elle-même est dans la vérité des choses; le mensonge est toujours iniquité, l’erreur est toujours imposture, quand on do

Mais c’est là trancher la question sans la résoudre. Il ne s’agissait pas de prononcer s’il serait bon de dire toujours la vérité, mais si l’on y était toujours également obligé, et sur la définition que j’examinais, supposant que non, de distinguer les cas où la vérité est rigoureusement due, de ceux où l’on peut la taire sans injustice et la déguiser sans mensonge: car j’ai trouvé que de tels cas existaient réellement. Ce dont il s’agit est donc de chercher une règle pour les co

Mais d’où tirer cette règle et la preuve de son infaillibilité?… Dans toutes les questions de morale difficiles comme celle-ci, je me suis toujours bien trouvé de les résoudre par le dictamen de ma conscience, plutôt que par les lumières de ma raison. Jamais l’instinct moral ne m’a trompé: il a gardé jusqu’ici sa pureté dans mon cœur assez pour que je puisse m’y confier, et s’il se tait quelquefois devant mes passions dans ma conduite, il reprend bien son empire sur elles dans mes souvenirs. C’est là que je me juge moi-même avec autant de sévérité peut-être que je serai jugé par le souverain juge après cette vie.

Juger des discours des hommes par les effets qu’ils produisent c’est souvent mal les apprécier. Outre que ces effets ne sont pas toujours sensibles et faciles à co