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Raymond
Tous ceux qui savent conduire leur esprit dans les recherches d'érudition générale ont reco
Max Muller a dit (je crois pouvoir citer exactement ses paroles): «Les contes sont le patois moderne de la mythologie, et, s'ils doivent devenir le sujet d'une étude scientifique, le premier travail à entreprendre est de faire remonter chaque conte moderne à une légende plus ancie
Laure
Eh bien, ce travail, l'avez-vous fait, cousin?
Raymond
Si je l'avais fait, ce travail formidable, il ne me resterait pas un cheveu sur la tête, et je n'aurais plus le plaisir de vous voir qu'à travers quatre paires de besicles, sous le reflet protecteur d'une visière verte. Ce travail n'a pas été fait; mais des matériaux suffisants ont été réunis pour permettre aux savants de se convaincre que les contes de fées ne sont pas des imaginations en l'air, et qu'au contraire, «dans bien des cas, ils tie
Les tribus des hommes blancs se sont séparées; les unes sont allées sous un ciel transparent, le long des blancs promontoires que baigne une mer bleue qui chante; les autres se sont plongées dans les brumes mélancoliques qui, sur les rivages des mers du Nord, mêlent la terre au ciel et ne laissent deviner que des formes incertaines et monstrueuses. D'autres ont campé dans les steppes monotones où paissaient leurs maigres chevaux; d'autres ont couché sur la neige durcie, ayant sur la tête un firmament de fer et de diamants. Il en est qui sont allées cueillir la fleur d'or sur une terre de granit. Et les fils de l'Inde ont bu à tous les fleuves de l'Europe. Mais, partout, dans la cabane, ou sous la tente, ou devant le feu de broussailles allumé dans la plaine, l'enfant d'autrefois, devenue aïeule à son tour, répétait aux petits les contes qu'elle avait entendus dans son enfance. C'étaient les mêmes perso
… comme ces eaux si pures et si belles, qui coulent sans effort des sources naturelles.
Sur le canevas des ancêtres, sur le vieux fonds indou, la Mère l'Oie brodait des images familières, le château et les grosses tours, la chaumière, le champ nourricier, la forêt mystérieuse et les belles Dames, les fées tant co
Eh bien, cousine, vous ai-je gâté les contes de fées?
Laure
Parlez, parlez, je vous écoute.
Raymond
Pour moi, s'il fallait choisir, je do
Mais permettez-moi de rassembler et de resserrer quelques observations importantes qu'il ne faut pas laisser s'éparpiller dans les hasards de la conversation. Les premières langues étaient tout en images et animaient tout ce qu'elles nommaient. Elles dotaient de sentiments humains les astres, les nuages, «vaches célestes», la lumière, les vents, l'aurore. De la parole imagée, vivante, animée, le mythe jaillit et le conte sortit du mythe. Le conte se transforma sans cesse; car le changement est la première nécessité de l'existence. Il fut pris au mot et à la lettre et ne rencontra pas, par bonheur, des gens d'esprit pour le réduire en allégorie et le tuer du coup. Les bo
«L'aurore devint Peau-d’Âne.» Mais il faut qu'elle ajoute que, dès que Peau-d’Âne fut imaginée, elle prit une physionomie particulière et vécut pour son propre compte.
Laure
Je commence à voir clair dans ce que vous dites. Mais, puisque vous nommez Peau-d’Âne, je vous avouerai qu'il y a dans son histoire quelque chose qui me choque au dernier point. Est-ce un Indien qui a do
Raymond
Pénétrons le sens du mythe, et l'inceste qui vous fait horreur vous paraîtra bien i