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Soudain Mlle Lefort, entrant dans la mêlée d'un air de somnambule, punissait quelque i

La faim mit au tombeau Malfilâtre ignoré.

C'était là ma tâche. Par moments je me pressais la tête dans les mains pour contenir mes idées; mais une seule était distincte: l'idée de la tristesse de Mlle Lefort. Je m'occupais sans cesse de ma désolée maîtresse. Fontanet augmentait ma curiosité par d'étranges récits. Il contait qu'on ne pouvait passer le matin devant la chambre de Mlle Lefort sans entendre des cris lamentables, mêlés à des bruits de chaînes.

«Je me rappelle, ajouta-t-il, qu'il y a longtemps, un mois peut-être, elle lut à toute la classe, en sanglotant, une histoire qu'on croit être en vers.» Il y avait dans le récit de Fontanet une expression d'horreur qui me pénétra. J'eus lieu de penser, dès le lendemain, que ce récit n'était pas imaginaire, du moins quant à la lecture à haute voix; car, pour ce qui est des chaînes qui faisaient pâlir Fontanet, je n'en ai jamais rien su, et je suppose aujourd'hui que le bruit de ces chaînes était en réalité un bruit de pelles et de pincettes.

Le lendemain, voici ce qui eut lieu:

Mlle Lefort frappa sur sa table avec une règle pour obtenir le silence, toussa et dit d'une voix sourde:

«Pauvre Jea

«Des vierges du hameau Jea

Fontanet me do

Jea

Heureuse Jea

Il y avait dans ce récit un grand nombre de termes que j'entendais pour la première fois et dont je ne savais pas la signification; mais l'ensemble m'en sembla si triste et si beau que je ressentis, à l'entendre, un frisson inco

Les larmes jaillirent de mon cœur trop plein, et Fontanet ne put, ni par ses grimaces ni par ses moqueries, arrêter mes sanglots. Pourtant, je ne doutais pas alors de la supériorité de Fontanet. Il a fallu qu'il devînt sous-secrétaire d'État pour m'en faire douter.

Mes larmes furent agréables à Mlle Lefort; elle m'appela auprès d'elle et me dit:

«Pierre Nozière, vous avez pleuré; voici la croix d'ho

– Oh! mademoiselle, lui dis-je, je suis bien content. Je sais maintenant la cause de votre chagrin, vous aimez la pauvre Jea

«Jea

Je le demandai à ma mère, quand je fus de retour à la maison.

«Une fiction, me répondit ma mère, c'est un mensonge.

– Ah! maman, lui dis-je, c'est un malheur que Jea

– Quelle Jea

Des vierges du hameau Jea

Et je contai l'histoire de Jea

Ma mère ne me répondit rien; mais je l'entendis qui disait à l'oreille de mon père:

«Quelles pauvretés on apprend à cet enfant!

– Ce sont, en effet, de grandes pauvretés, dit mon père.

Que voulez-vous aussi qu'une vieille fille entende à la pédagogie? J'ai un système d'éducation que je vous exposerai un jour. D'après ce système, il faut apprendre à un enfant de l'âge de notre Pierre les mœurs des animaux auxquels il ressemble par les appétits et par l'intelligence. Pierre est capable de comprendre la fidélité d'un chien, le dévouement d'un éléphant, les malices d'un singe: c'est cela qu'il faut lui conter, et non cette Jea

– Vous avez raison, répondit ma mère; l'enfant et la bête s'entendent fort bien, ils sont tous deux près de la nature. Mais, croyez-moi, mon ami, il y a une chose que les enfants compre

L'héroïsme est clair comme le jour, même pour un petit garçon; et, si l'on raconte à Pierre la mort du chevalier d'Assas, il la comprendra, avec l'aide de Dieu, comme vous et moi.

– Hélas! soupira mon père, je crois, au contraire, que l'héroïsme s'entend de diverses façons, selon les temps, les lieux et les perso

Chère amie, votre générosité naturelle vous a fait comprendre ces vérités mieux que je ne les comprenais moi-même avec le secours de l'expérience et de la réflexion. Je les ferai entrer dans mon système.» Ainsi disputaient le docteur et ma mère.