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C'était une vieille maison, bâtie de côté sur une rue étroite et monstrueuse qui mène au Jardin des plantes, et où je pense qu'alors tous les fabricants de bouchons et tous les to
On traversait, conduit par Nanon, la vieille servante, un petit jardin de curé; on montait le perron et l'on entrait dans le logis le plus extraordinaire. Des momies rangées tout le long de l'antichambre vous faisaient accueil; une d'elles était renfermée dans sa gaine dorée, d'autres n'avaient plus que des linges noircis autour de leurs corps desséchés; une enfin, dégagée de ses bandelettes, regardait avec des yeux d'émail et montrait ses dents blanches.
L'escalier n'était pas moins effrayant: des chaînes, des carcans, des clefs de prison plus grosses que le bras pendaient aux murs.
Le père Le Beau était de force à mettre, comme Bouvard, un vieux gibet dans sa collection. Il possédait du moins l'échelle de Latude et une douzaine de belles poires d'angoisse. Les quatre pièces de son logis ne différaient point les unes des autres; des livres y montaient jusqu'au plafond et couvraient les planches pêle-mêle avec des cartes, des médailles, des armures, des drapeaux, des toiles enfumées et des morceaux mutilés de vieille sculpture en bois ou en pierre. Il y avait là, sur une table boiteuse et sur un coffre vermoulu, des montagnes de faïences peintes.
Tout ce qui peut se pendre pendait du plafond dans des attitudes lamentables. En ce musée chaotique, les objets se confondaient sous une même poussière, et ne semblaient tenir que par les i
Le père Le Beau, qui entendait à sa façon la conservation des œuvres d'art, défendait à Nanon de balayer les planchers. Le plus curieux, c'est que tout dans ce fouillis avait une figure ou triste ou moqueuse et vous regardait méchamment. J'y voyais un peuple enchanté de malins esprits.
Le père Le Beau se tenait d'ordinaire dans sa chambre à coucher, qui était aussi encombrée que les autres, mais non point aussi poudreuse; car la vieille servante avait, par exception, licence d'y promener le plumeau et le balai. Une longue table couverte de petits morceaux de carton en occupait la moitié.
Mon vieil ami, en robe de chambre à ramages et coiffé d'un bo
Peu à peu, l'audace me vint et je me promis d'avoir aussi un jour des épreuves à corriger. Ce vœu n'a point été exaucé. Je le regrette médiocrement, ayant reco
Par le spectacle peu commun de son ameublement, il accoutuma mon esprit d'enfant aux formes ancie
J'avais douze ans, quand mourut doucement ce vieillard aimable et singulier. Son catalogue, comme vous pensez bien, restait en placards; il ne fut point publié. Manon vendit aux brocanteurs les momies et le reste, et ces souvenirs sont vieux maintenant de plus d'un quart de siècle.
La semaine dernière, je vis exposée à l'hôtel Drouot une de ces petites Bastilles que le patriote Palloy taillait, en 1789, dans des pierres de la forteresse détruite et qu'il offrait, moye
III LA GRAND-MAMAN NOZIÈRE
Ce matin-là, mon père avait le visage bouleversé. Ma mère, affairée, parlait tout bas. Dans la salle à manger, une couturière cousait des vêtements noirs.
Le déjeuner fut triste et plein de chuchotements. Je sentais bien qu'il y avait quelque chose.
Enfin, ma mère, tout de noir habillée et voilée, me dit:
«Viens, mon chéri.» Je lui demandai où nous allions; elle me répondit:
«Pierre, écoute-moi bien. Ta grand-maman Nozière… tu sais, la mère de ton père… est morte cette nuit. Nous allons lui dire adieu et l'embrasser une dernière fois.» Et je vis que ma mère avait pleuré. Pour moi, je ressentis une impression bien forte; car elle ne s'est pas encore effacée depuis tant d'a
Tout le long du chemin, je pensais à ma grand-mère; mais je ne pus me faire une idée de ce qui lui était arrivé.
Mourir! je ne devinais pas ce que cela pouvait être. Je sentais seulement que l'heure en était grave.
Par une illusion qui peut s'expliquer, je crus voir, en approchant de la maison mortuaire, que les alentours et tout le voisinage étaient sous l'influence de la mort de ma grand-mère, que le silence matinal des rues, les appels des voisins et des voisines, l'allure rapide des passants, le bruit des marteaux du maréchal avaient pour cause la mort de ma grand-mère. À cette idée, qui m'occupait tout entier, j'associais la beauté des arbres, la douceur de l'air et l'éclat du ciel, remarqués pour la première fois.
Je me sentais marcher dans une voie de mystère, et, quand, au détour d'une rue, je vis le petit jardin et le pavillon bien co
J'eus peur et je regardai ma mère. Ses yeux étaient fixés, avec une expression de crainte religieuse, sur un point vers lequel à mon tour je dirigeai mon regard.
Alors j'aperçus à travers les vitres et les rideaux blancs de la chambre de ma grand-mère une lueur, une faible et pâle lueur, qui tremblait. Et cette lueur était si funèbre dans la grande clarté du jour, que je baissai la tête pour ne plus la voir.