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Je demandai de nouveau à mon portier s'il avait une lettre pour moi.
Rien! Elle aura voulu voir si je ferais quelque nouvelle démarche et si je rétracterais ma lettre aujourd'hui, me dis-je en me couchant; mais, voyant que je ne lui écris pas, elle m'écrira demain.
Ce soir-là surtout je me repentis de ce que j'avais fait. J'étais seul chez moi, ne pouvant dormir, dévoré d'inquiétude et de jalousie quand, en laissant suivre aux choses leur véritable cours, j'aurais dû être auprès de Marguerite et m'entendre dire les mots charmants que je n'avais entendus que deux fois, et qui me brûlaient les oreilles dans ma solitude.
Ce qu'il y avait d'affreux dans ma situation, c'est que le raiso
J'aurais dû alors faire à Marguerite un cadeau qui ne lui laissât aucun doute sur ma générosité, et qui m'eût permis, la traitant comme une fille entretenue, de me croire quitte avec elle; mais j'eusse cru offenser par la moindre apparence de trafic, sinon l'amour qu'elle avait pour moi, du moins l'amour que j'avais pour elle, et puisque cet amour était si pur qu'il n'admettait pas le partage, il ne pouvait payer par un présent, si beau qu'il fût, le bonheur qu'on lui avait do
Voilà ce que je me répétais la nuit, et ce qu'à chaque instant j'étais prêt à aller dire à Marguerite.
Quand le jour parut, je ne dormais pas encore, j'avais la fièvre; il m'était impossible de penser à autre chose qu'à Marguerite.
Comme vous le comprenez, il fallait prendre un parti décisif, et en finir avec la femme ou avec mes scrupules, si toutefois elle consentait encore à me recevoir.
Mais, vous le savez, on retarde toujours un parti décisif: aussi, ne pouvant rester chez moi, n'osant me présenter chez Marguerite, j'essayai un moyen de me rapprocher d'elle, moyen que mon amour-propre pourrait mettre sur le compte du hasard, dans le cas où il réussirait.
Il était neuf heures; je courus chez Prudence, qui me demanda à quoi elle devait cette visite matinale.
Je n'osai pas lui dire franchement ce qui m'amenait. Je lui répondis que j'étais sorti de bo
– Vous êtes bien heureux, me dit-elle, de pouvoir quitter Paris par ce beau temps-là.
Je regardai Prudence, me demandant si elle se moquait de moi.
Mais son visage était sérieux.
– Irez-vous dire adieu à Marguerite? reprit-elle toujours sérieusement.
– Non.
– Vous faites bien.
– Vous trouvez?
– Naturellement. Puisque vous avez rompu avec elle, à quoi bon la revoir?
– Vous savez donc notre rupture?
– Elle m'a montré votre lettre.
– Et que vous a-t-elle dit?
– Elle m'a dit: «Ma chère Prudence, votre protégé n'est pas poli: on pense ces lettres-là, mais on ne les écrit pas!»
– Et de quel ton vous a-t-elle dit cela?
– En riant et elle a ajouté: «Il a soupé deux fois chez moi, et il ne me fait même pas de visite de digestion.»
Voilà l'effet que ma lettre et mes jalousies avaient produit. Je fus cruellement humilié dans la vanité de mon amour.
– Et qu'a-t-elle fait hier au soir?
– Elle est allée à l'opéra.
– Je le sais. Et ensuite?
– Elle a soupé chez elle.
– Seule?
– Avec le comte de G…, je crois.
Ainsi ma rupture n'avait rien changé dans les habitudes de Marguerite.
C'est pour ces circonstances-là que certaines gens vous disent: «Il fallait ne plus penser à cette femme qui ne vous aimait pas.»
– Allons, je suis bien aise de voir que Marguerite ne se désole pas pour moi, repris-je avec un sourire forcé.
– Et elle a grandement raison. Vous avez fait ce que vous deviez faire, vous avez été plus raiso
– Pourquoi ne m'a-t-elle pas répondu, puisqu'elle m'aime?
– Parce qu'elle a compris qu'elle avait tort de vous aimer. Puis les femmes permettent quelquefois qu'on trompe leur amour, jamais qu'on blesse leur amour-propre, et l'on blesse toujours l'amour-propre d'une femme quand, deux jours après qu'on est son amant, on la quitte, quelles que soient les raisons que l'on do
– Que faut-il que je fasse alors?
– Rien. Elle vous oubliera, vous l'oublierez, et vous n'aurez rien à vous reprocher l'un à l'autre.
– Mais si je lui écrivais pour lui demander pardon?
– Gardez-vous-en bien, elle vous pardo
Je fus sur le point de sauter au cou de Prudence.