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Si ta pauvre sainte mère vivait encore, elle te dirait mon trouble et mes angoisses en me voyant cette richesse soudaine qui n’était pas mie

Ta mère te dirait que j’ai remué ciel et terre pour retrouver le duc de Sairmeuse. Mais il avait quitté le comte d’Artois, on ne savait ce qu’il était devenu… J’ai été dix ans avant de me décider à habiter le château, oui, dix ans, pendant lesquels chaque matin j’ai fait brosser les meubles et les tapis comme si le maître eût dû revenir le soir.

Enfin j’osai… J’avais entendu M. d’Escorval affirmer que le duc avait été tué à la guerre… je m’installai ici. Et de jour en jour, à mesure que par mes soins le domaine de Sairmeuse devenait plus beau et plus vaste, je m’en sentais plus légitimement le possesseur…

Mais ce plaidoyer désespéré en faveur d’une cause mauvaise, ne pouvait toucher la loyale Marie-A

– Il faut restituer!… répéta-t-elle.

M. Lacheneur se tordait les bras.

– Implacable!… s’écria-t-il, elle est implacable. Malheureuse, qui ne comprend pas que c’est pour elle que je prétends, que je veux rester ce que je suis. Hésiterais-je, s’il ne s’agissait que de moi… Je suis vieux et je co

– On ne discute ni ne transige avec le devoir, mon père… Je crois cependant que vous vous effrayez à tort. Je suppose au duc l’âme trop haute pour nous laisser jamais manquer du nécessaire après l’immense service que vous lui aurez rendu.

L’ancien serviteur des Sairmeuse eut un éclat de rire nouveau.

– Tu crois cela!… dit-il. C’est que tu ne co

– Oh!… mon père!…

– Non, cela ne saurait être… Et je vois, moi, ce que tu ne peux pas voir, l’ignominie de la chute… Tu nous crois aimés à Sairmeuse?… tu te trompes. Nous avons été trop heureux pour ne pas être jalousés et haïs. Que je tombe demain, et tu verras se jeter sur nous, pour nous déchirer, ceux qui aujourd’hui nous lèchent les mains…

Ses yeux brillèrent; il pensa qu’il venait de trouver un argument victorieux.

– Et toi-même, poursuivit-il, toi si entourée, tu co

Il avait frappé juste, car les beaux yeux de Marie-A

– Si vous disiez vrai, mon père, murmura-t-elle d’une voix altérée, je mourrais peut-être de douleur, mais il me faudrait bien reco

– Et tu t’obstines à me conseiller de rendre Sairmeuse?…

– L’ho

M. Lacheneur disloqua à demi, d’un coup de poing terrible, le meuble près duquel il se trouvait.

– Et si je m’entêtais, moi aussi, s’écria-t-il, si je gardais tout… que ferais-tu?

– Je me dirais, mon père, qu’une misère ho

Cette terrible réponse atteignit M. Lacheneur comme un coup de massue. Il se laissa tomber sur un fauteuil en sanglotant… Il co

Mais il était vaincu, sa fille l’emportait, il venait de se résoudre à l’héroïque sacrifice.

– Je restituerai Sairmeuse, balbutia-t-il… advie

Il s’interrompit, un visiteur lui arrivait.

C’était un tout jeune homme d’une vingtaine d’a

Son regard, quand il entra dans le salon, ayant rencontré celui de Marie-A

– Monsieur, dit ce jeune homme, mon père m’envoie vous dire que le duc de Sairmeuse et son fils vie

M. Lacheneur s’était levé, dissimulant mal son trouble affreux.

– Vous remercierez le baron d’Escorval de son attention, mon cher Maurice, répondit-il, j’aurai l’ho

Le jeune d’Escorval avait vu, du premier coup d’œil, que sa présence était importune, aussi ne resta-t-il que quelques instants.

Mais quand il se retira, Marie-A

– Je crois co

III

Peu de gens à Sairmeuse co

C’est à peine si quelques anciens du pays se rappelaient l’avoir entrevu, autrefois, avant 89, lorsqu’il venait, à de longs intervalles, rendre visite à sa tante, la vieille demoiselle Armande.

Sa charge le retenait à la cour.

S’il n’avait pas do

Il y avait au contraire trouvé, en échange de la fortune délabrée que lui enlevait la Révolution, une fortune royale.

Réfugié à Londres après le licenciement de l’impuissante armée de Condé, il avait eu le bonheur de plaire à la fille unique d’un des plus riches pairs d’Angleterre, lord Holland, et il l’avait épousée.

Elle lui apportait en dot 250, 000 livres sterling, plus de six millions de francs.

Cependant ce ménage ne fut pas heureux. Le compagnon des plaisirs trop faciles de M. le comte d’Artois, le gentilhomme qui avait prétendu reprendre sous Louis XVI les mœurs de la Régence, ne pouvait pas être un bon mari.