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– Permettez!… Vous n’êtes plus en France, monsieur d’Escorval, vous êtes en Piémont…

– Raison de plus…

– Non, parce qu’en ce pays on se marie encore, on peut se marier du moins, sans toutes les formalités qui vous préoccupent.

Maurice était devenu attentif.

– Est-ce possible!… exclama-t-il.

– Oui!… qu’un prêtre se trouve, qui consente à votre union, à vous inscrire sur le registre de sa paroisse et à vous do

Suspecter la vérité de ces affirmations était difficile, et cependant Maurice doutait encore.

– Ainsi, monsieur, fit-il, tout hésitant, je trouverais un prêtre qui consentirait…

Le médecin se taisait, on eût dit qu’il se reprochait de s’être tant avancé, et de s’occuper ainsi d’une affaire qui n’était pas sie

Puis, tout à coup, d’un ton brusque, il reprit:

– Ecoutez-moi bien, monsieur d’Escorval. Je vais me retirer; mais avant j’aurai soin de recommander à la malade beaucoup d’exercice… Je le lui ordo

– Oh! oui, monsieur, oui!… Et comment vous remercier?…

– En ne me remerciant pas!… Allons, voici l’hôtelier, redevenez M. Dubois.

Maurice était ivre de joie. Il comprenait fort bien toute l’irrégularité d’un tel mariage, mais il était persuadé qu’il rassurerait la conscience troublée de Marie-A

Il ne lui parla de rien; cependant redoutant un événement imprévu qui peut-être anéantirait ses projets.

– La bercer d’espérances qui ne se réaliseraient pas serait cruel, pensait-il.

Mais le vieux médecin ne s’était pas avancé à la légère, et tout devait se passer comme il l’avait promis.

Un prêtre de Vigano bénit le mariage de Maurice d’Escorval et de Marie-A

Le soir même, les mules étaient renvoyées à Saliente, et les fugitifs qui avaient à redouter les bavardages de l’hôtelier se remettaient en route.

L’abbé Midon, au moment de quitter Maurice, lui avait expressément recommandé de gagner Turin le plus tôt possible.

– C’est une grande ville, lui avait-il dit, vous y serez perdu comme dans la foule. J’y ai de plus un ami, dont voici le nom et l’adresse; vous irez le voir, et j’espère, par lui, vous faire passer des nouvelles de votre père.

C’est donc vers Turin que Maurice, Marie-A

Mais ils n’avançaient que lentement, obligés qu’ils étaient d’éviter les routes fréquentées et de renoncer aux moyens ordinaires de transport.

Selon le hasard des localités, ils louaient une mauvaise charrette, des chevaux le plus souvent, et du lever du soleil à la nuit, ils marchaient.

Ces fatigues qui, en apparence, eussent dû achever Marie-A

– Le sort se lasserait-il donc? lui disait Maurice. Qui sait quelles récompenses nous garde l’avenir!…

Non, le sort ne se lassait pas, ce n’était qu’un répit de la destinée…

Par une belle matinée d’avril, les proscrits s’étaient arrêtés, pour déjeuner, dans une auberge à l’entrée d’un gros bourg…

Maurice, le repas fini, venait de quitter la table pour payer l’hôtesse, quand un cri déchirant le ramena…

Marie-A

– La!… Maurice… Regarde!

C’était un journal français, vieux de quinze jours, oublié sans doute par quelque voyageur, et qui depuis traînait sur les tables…

Maurice le prit et lut:

«Hier, a été exécuté Lacheneur, le chef des révoltés de Montaignac. Ce misérable perturbateur a conservé jusque sur l’échafaud l’audace coupable dont il avait do

Tout le reste de l’article, écrit sous l’empire des idées de M. de Sairmeuse et du marquis de Courtomieu, était sur ce ton.

– Mon père a été exécuté! reprit Marie-A

Elle se leva, et d’un ton bref et impérieux:

– Je n’irai pas plus loin, déclara-t-elle; il faut revenir sur nos pas, à l’instant, sans perdre une minute! je veux rentrer en France…

Rentrer en France… s’exposer à des périls mortels!… À quoi bon!… Le malheur affreux n’était-il pas irréparable?…

C’est ce que fit remarquer le caporal Bavois; bien timidement, par exemple!… Il tremblait, ce vieux soldat, qu’on ne le soupço

Mais Maurice ne l’écouta pas.

Il frisso

– Oui, partons, s’écria-t-il, rentrons!…

Et comme il ne devait plus être question de prudence, jusqu’au moment où ils fouleraient le sol français, ils se procurèrent une voiture pour les conduire, par la grande route, jusqu’au point le plus rapproché de la frontière.

Mais une grave question, terrible, contenant tout leur avenir, préoccupait Maurice et Marie-A

Marie-A

Elle le voulait, disant que qui a commis la faute doit se résigner au châtiment et à l’humiliation…

Maurice frémissait à l’idée seule des mépris qui attendent une pauvre jeune fille séduite, la suppliait, la conjurait, les larmes aux yeux, de dissimuler, de se cacher…

– Notre certificat de mariage, disait-il, n’imposerait pas silence aux méchants… Que de misères alors!… Il faut cacher ce qui est, il le faut!… Nous ne rentrons en France que pour quelques jours, sans doute.