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Franchir la frontière présentait donc les plus grandes difficultés, et encore, de l’autre côté, on pouvait être recherché, arrêté et empriso
Avec cette promptitude de coup d’œil, trop souvent départie à des scélérats, Chupin jugea ses avantages et comprit tout le parti qu’il pouvait tirer du renseignement.
Mais il n’y avait pas une seconde à perdre.
Il jeta une pièce blanche dans le tablier de la cabaretière, et sans attendre sa mo
Le vieux maraudeur, d’ordinaire, écrivait péniblement; ce jour-là, il ne lui fallut qu’un tour de main pour tracer ces quatre lignes:
«Je co
«CHUPIN.»
Ce billet fut remis à un homme de garde avec prière de le porter au duc de Sairmeuse, qui présidait la commission militaire.
Cinq minutes après, le soldat reparut, rapportant le billet…
En marge, le duc de Sairmeuse avait écrit de mettre à la disposition de Chupin, un sous-officier et huit hommes, choisis parmi les chasseurs de Montaignac dont on était sûr, et qu’on ne soupço
Le vieux maraudeur avait demandé un cheval de troupe, on lui en accorda un… Il l’enfourcha d’une jambe nerveuse, et prenant la tête du petit peloton, il partit au galop, en cavalier qui sait avoir sa fortune sous les fers de sa bête…
De ce billet, venait l’air triomphant du duc de Sairmeuse, quand il entra brusquement dans le salon où Marie-A
C’est parce qu’il avait pris à la lettre les promesses en vérité fort hasardées de son espion, qu’il s’était écrié dès la porte:
– Par ma foi!… il faut convenir que ce Chupin est un limier incomparable!… Grâce à lui…
Alors, il avait aperçu Mlle Lacheneur et s’était arrêté court…
Ni Martial ni Marie-A
Questio
Mais il est de ces malheureux qui semblent poursuivis par une destinée fatale qu’ils ne sauraient fuir…
Renversé sous son cheval, après une mêlée furieuse, M. Lacheneur avait perdu co
Lorsqu’il revint à lui, ranimé par la fraîcheur de l’aube, le carrefour était désert et silencieux. Non loin de lui, il aperçut deux cadavres qu’on n’était pas encore venu relever.
Ce fut un moment affreux, et du plus profond de son âme, il maudit la mort qui avait trahi ses suprêmes désirs.
S’il eût eu une arme sous la main, sans nul doute il eût mis fin, par le suicide, aux plus cruelles tortures morales qu’il soit do
Force lui était donc d’accepter le châtiment de la vie qui lui était laissée…
Peut-être aussi, la voix de l’ho
Enfin ne se devait-il pas à sa fille, si misérablement sacrifiée!… Avant tout, il devait se retirer de dessous le cadavre de son cheval, et sans aide, ce n’était pas chose facile; outre que son pied était resté engagé dans l’étrier, tous ses membres étaient à ce point engourdis qu’à grand’peine il parvenait à se mouvoir.
Il se dégagea cependant, et, s’étant dressé, il s’examina et se palpa…
Lui qui eût dû être tué dix fois, il n’avait d’autre blessure qu’un coup de baïo
Telle quelle, cette blessure le faisait beaucoup souffrir, et il se baissait pour la bander avec son mouchoir, lorsqu’il entendit sur la route un bruit de pas…
Il n’y avait pas à hésiter; il se jeta dans les bois qui sont sur la gauche de la Croix-d ’Arcy…
C’étaient des soldats qui regagnaient Montaignac, après avoir poursuivi le gros des conjurés pendant plus de trois lieues, la baïo
Ils pouvaient être deux cents, et ramenaient des priso
Blotti derrière un gros chêne, à moins de quinze pas de la route, Lacheneur reco
Comment ne fut-il pas découvert lui-même?… Ce fut une grande chance.
Il échappa à ce danger, mais il comprit combien il lui serait difficile du gagner la frontière, sans tomber au milieu d’un de ces détachements qui sillo
Cependant, il ne désespéra pas.
Deux lieues à peine le séparaient des montagnes, et il croyait fermement qu’il serait à l’abri de toutes les poursuites aussitôt qu’il aurait atteint les premières gorges.
Il se mit donc courageusement en route…
Hélas, il avait compté sans les fatigues exorbitantes des jours précédents qui maintenant l’écrasaient, sans sa blessure dont il ne pouvait arrêter le sang…
Il avait arraché un échalas à une vigne, et s’en servant en guise de béquille, il se traînait plutôt qu’il ne marchait, restant sous bois tant qu’il pouvait, et rampant le long des haies et au fond des fossés quand il avait à traverser un espace découvert.
À tant de souffrances physiques, aux plus cruelles angoisses morales, un supplice venait se joindre, plus douloureux de moment en moment: la faim.
Il y avait trente heures qu’il n’avait rien pris et il se sentait défaillir de besoin.
Bientôt, la torture devint si intolérable, qu’il se sentit prêt à tout braver pour y mettre un terme.
À une portée de fusil, il apercevait les toits d’un petit hameau; il résolut de s’y rendre, projetant de pénétrer dans la première maison par le jardin…
Il approchait, il arrivait à un petit mur de clôture en pierres sèches, quand il entendit un roulement de tambour…
Instinctivement il s’aplatit derrière le petit mur.