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En outre, il se rappelait l’œil terrible de Chanlouineau.

– Comme il me toisait, ce magnifique rustre! grommela-t-il. Sur un signe de Marie-A

Mais plus l’aventure lui paraissait difficile et même périlleuse, plus elle irritait sa passion.

– Tout peut se réparer, songeait-il. Les occasions de nous revoir ne nous manqueront pas. Ne faudra-t-il pas que nous ayons quelques entrevues avec M. Lacheneur pour régulariser la restitution de Sairmeuse?… Je l’apprivoiserai. Pour la fille, mon rôle est tout tracé. Même, je profiterai de la détestable impression que j’ai produite. Je me montrerai aussi timide que j’ai été hardi, et ce sera bien le diable si elle n’est pas touchée et flattée de ce triomphe de sa beauté. Reste le d’Escorval.

C’était là que le bât blessait Martial, ainsi qu’il se le répétait en ce langage trivial qu’on emploie vis-à-vis de soi.

Il avait bien vu M. Lacheneur chasser brutalement Maurice, mais sa colère lui avait paru bien grande pour être absolument réelle.

Il soupço

– En attendant, disait-il, me voici les mains liées, et empêché de demander compte à ce petit d’Escorval de son insolence. Digérer un affront en silence… c’est dur. Puis, il est brave, c’est incontestable; peut-être s’avisera-t-il de venir me provoquer de nouveau. Que faire en ce cas?… Il est d’assez bo

Tout en roulant dans son esprit ces projets dont il ne pouvait ni prévoir, ni calculer les épouvantables conséquences, Martial arrivait à l’avenue de Sairmeuse, quand il lui sembla entendre des pas précipités derrière lui.

Il se retourna, et voyant deux hommes qui accouraient en faisant des signes, il s’arrêta.

C’était Chupin et un de ses fils.

Le vieux maraudeur, le dimanche soir, s’était faufilé parmi les gens chargés d’aller préparer à Sairmeuse les appartements, il avait déjà trouvé le secret de se rendre utile, il visait à devenir indispensable.

– Ah! monsieur le marquis, s’écria-t-il dès qu’il fut à portée de la voix, nous vous cherchons partout, mon fils et moi; c’est M. le duc…

– Bien, dit sèchement Maurice, je rentre.

Mais Chupin n’était plus susceptible, et si fâcheux que fût l’accueil, il ne s’en risqua pas moins à cheminer derrière Martial, assez près pour être entendu.

Il avait son projet, car il ne tarda pas à entamer le long récit de toutes les calomnies répandues dans le pays sur le compte de M. Lacheneur.

Pourquoi choisissait-il ce sujet plutôt qu’un autre? Avait-il deviné quelque chose de la passion du jeune marquis de Sairmeuse?…

À l’entendre, Lacheneur – il ne disait plus: Monsieur – n’était définitivement qu’un scélérat, la restitution de Sairmeuse n’était qu’une rouerie, enfin il possédait des mille et des cent mille francs, puisqu’il mariait sa fille Marie-A

Si le vieux maraudeur n’avait que des soupçons, Martial les changea en certitude par sa vivacité à demander:

– Comment, Mlle Lacheneur va se marier?

– Oui, monsieur le marquis.

– Et avec qui?…

– Avec Chanlouineau, monsieur le marquis, ce gars, vous savez bien, que les paysans voulaient massacrer sur la place, parce qu’il avait manqué de respect à M. le duc. Il est finaud, le mâtin, et si Marie-A

– Est-ce positif ce que vous dites là?…

– À ma co

Et se retournant vers son fils:

– Pas vrai… garçon? demanda-t-il.

– Ma grande foi, oui! répondit le gars, qui jamais n’avait ouï rien de pareil.

Martial se tut, honteux peut-être de s’être laissé prendre aux amorces de ce vieux, mais satisfait d’être averti de cette circonstance si importante.

Si Chupin ne mentait pas, et quelles raisons pouvait-il avoir de mentir, il devenait évident que la conduite de M. Lacheneur cachait quelque gros mystère. Comment, sans quelque tout-puissant motif, eût-il refusé sa fille à Maurice d’Escorval qu’elle aimait, pour la do

Ce motif, Martial se jurait de le pénétrer, quand il arriva à Sairmeuse. Un singulier spectacle l’y attendait. Dans le grand espace sablé qui s’étendait entre le parterre et le perron du château, se trouvaient amoncelés toutes sortes d’effets d’habillement, du linge, de la vaisselle, des meubles… On eût dit un déménagement. Une demi-douzaine d’hommes allaient et venaient, et debout au milieu de ce remue-ménage, le duc de Sairmeuse do

Martial ne comprit pas tout d’abord. Il s’avança donc vers son père, et après l’avoir respectueusement salué:

– Qu’est-ce que cela?… demanda-t-il.

M. de Sairmeuse éclata de rire.

– Comment, vous ne devinez pas?… fit-il. C’est cependant bien simple. Qu’un maître légitime, à son retour, couche dans les draps d’un usurpateur, c’est charmant pour une première nuit, pour une seconde, non. Ici tout rappelait trop monsieur Lacheneur. Il me semblait que j’étais chez lui, et ça m’assassinait. J’ai donc fait rassembler et descendre sa défroque, celle de sa fille, tout ce qui n’est pas de l’ancien mobilier du château… On va charger le tout sur une charrette et le lui porter…

Le jeune marquis de Sairmeuse bénit le ciel d’être arrivé si à point. Le projet de son père exécuté, il eût pu dire adieu à ses espérances.

– Vous ne ferez pas cela, monsieur le duc, dit-il.

– Hein!… pourquoi? Qui m’en empêcherait, je vous prie?

– Perso

Le duc parut abasourdi.

– Des égards!… s’écria-t-il, ce maraud a droit à des égards!… Voilà qui est du dernier plaisant. Comment, je lui do