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Et cependant, à l’impétueuse et inattendue déclaration de Maurice, il y eut dans le salon un mouvement de stupeur.
Ce mouvement, le jeune homme l’aperçut malgré son trouble, et inquiet de sa hardiesse, il interrogea son père du regard.
Le baron était fort grave, triste même, mais son attitude n’exprimait aucun mécontentement.
Cela rendit courage au pauvre amoureux.
– Vous m’excuserez, monsieur, dit-il à Lacheneur, si j’ai osé vous présenter ainsi une telle requête… C’est en ce moment où le sort vous accable que vos amis doivent se montrer… heureux si leurs empressements peuvent vous faire oublier les indignes traitements dont vous avez été l’objet…
Tout en parlant, il gardait assez de sang-froid pour observer Marie-A
Rougissante et confuse, elle détournait à demi la tête, peut-être pour dissimuler les larmes qui inondaient son visage, larmes de reco
L’amour de l’homme qu’elle aimait sortait victorieux d’une épreuve qu’il serait imprudent à beaucoup d’héritières de tenter.
Maintenant, oui, elle pouvait se dire sûre du cœur de Maurice.
Lui, cependant, poursuivait:
– Je n’ai pas consulté mon père, monsieur, mais je co
Il se tut, attendant son arrêt…
– Je vous approuve, mon fils, dit M. d’Escorval d’un son de voix profond, vous venez de vous conduire en ho
Il se retourna vers M. Lacheneur, et ajouta:
– Mon cher ami, je vous demande pour mon fils la main de Marie-A
Maurice n’avait pas espéré un succès si facile…
Dans son délire, il était presque tenté de bénir cet haïssable duc de Sairmeuse, auquel il allait devoir un bonheur si prochain…
Il s’avança vivement vers son père, et lui prenant les mains, il les porta à ses lèvres, en balbutiant:
– Merci!… vous êtes bon!… je vous aime!… Oh! que je suis heureux!
Hélas! le pauvre garçon se hâtait trop de se réjouir. Un éclair d’orgueil avait brillé dans les yeux de M. Lacheneur, mais il reprit vite son attitude morne.
– Croyez, monsieur le baron, que je suis profondément touché de votre grandeur d’âme… oh! oui, bien profondément. Vous venez d’effacer jusqu’au souvenir de mon humiliation… Mais pour cela précisément, je serais le dernier des hommes si je ne refusais pas l’insigne ho
– Quoi!… fit le baron stupéfait, vous refusez…
– Il le faut.
Foudroyé tout d’abord, Maurice s’était redressé, puisant dans son amour une énergie qu’il ne se co
– Vous voulez donc briser ma vie, monsieur, s’écria-t-il, briser notre vie, car si j’aime Marie-A
Il disait vrai, il était aisé de le voir. La malheureuse jeune fille, si rouge l’instant d’avant, était devenue plus blanche que le marbre, elle semblait atterrée et adressait à son père des regards éperdus.
– Il le faut, répéta M. Lacheneur, et plus tard, Maurice, vous bénirez l’affreux courage que j’ai en ce moment.
Effrayée du désespoir de son fils, Mme d’Escorval intervint.
– Ce refus, commença-t-elle, a des raisons…
– Aucune que je puisse dire, madame la baro
– Ah!… vous tuez mon enfant!… s’écria la baro
M. Lacheneur hocha tristement la tête.
– M. Maurice, dit-il, est jeune, il se consolera, il oubliera…
– Jamais! interrompit le pauvre amoureux, jamais!…
– Et votre fille? interrogea la baro
Ah! c’était bien là vraiment la place faible, celle où il fallait frapper; l’instinct de la mère ne s’était pas trompé. M. Lacheneur eut une minute d’hésitation visible, mais se raidissant contre l’attendrissement qui le gagnait.
– Marie-A
Il s’interrompit. On entendait dans le lointain, comme une fusillade, des feux de file que dominait la voix puissante du canon.
Tous les fronts pâlirent. Les circonstances do
Le cœur serré d’une pareille angoisse, M. d’Escorval et Lacheneur se précipitèrent sur la terrasse.
Mais déjà tout était rentré dans le silence. Si large que fût l’horizon, l’œil n’y découvrait rien. Le ciel était bleu, pas un nuage de fumée ne se balançait au-dessus des arbres.
– C’est l’e
Il s’arrêta… Les explosions reprenaient avec plus de violence, et durant cinq minutes elles se succédèrent sans interruption.
M. d’Escorval écoutait les sourcils froncés.
– Ce n’est pas là, murmurait-il, le feu d’un engagement…
Demeurer plus longtemps dans cet état d’anxiété était impossible.
– Si tu veux bien me le permettre, père, hasarda Maurice, je vais aller aux informations?
– Va!… répondit simplement le baron, mais s’il y a quelque chose, ce dont je doute, ne t’expose pas, reviens.
– Oh!… sois prudent!… insista Mme d’Escorval, qui voyait déjà son fils exposé aux plus affreux dangers.
– Soyez prudent, insista Marie-A
Les recommandations étaient inutiles. Au moment où Maurice s’élançait vers la porte, son père le retint.
– Attends, lui dit-il, voici venir là-bas quelqu’un qui nous do
En effet, au coude du chemin de Sairmeuse, un homme venait d’apparaître.
Il marchait à grands pas, au milieu de la route poudreuse, la tête nue sous le soleil, et par moments il brandissait son bâton, furieusement, comme s’il eût menacé un e