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«Bo

– Nous, sans doute, répondis-je, mais le guide?

– Oh! il ne m’inquiète guère. Ces gens-là, cela marche sans s’en apercevoir; celui-ci se remue si peu qu’il ne doit pas se fatiguer. D’ailleurs, au besoin, je lui céderai ma monture. Les crampes me prendraient bientôt, si je ne me do

Cependant nous avancions d’un pas rapide; le pays était déjà à peu près désert. Ça et là une ferme isolée, quelque boër [6] solitaire, fait de bois, de terre, de morceaux de lave, apparaissait comme un mendiant au bord d’un chemin creux. Ces huttes délabrées avaient l’air d’implorer la charité des passants, et, pour un peu, on leur eût fait l’aumône. Dans ce pays, les routes, les sentiers même manquaient absolument, et la végétation, si lente qu’elle fût, avait vite fait d’effacer le pas des rares voyageurs.

Pourtant cette partie de la province, située à deux pas de sa capitale, comptait parmi les portions habitées et cultivées de l’Islande. Qu’étaient alors les contrées plus désertes que ce désert? Un demi-mille franchi, nous n’avions encore rencontré ni un fermier sur la porte de sa chaumière, ni un berger sauvage paissant un troupeau moins sauvage que lui; seulement quelques vaches et des moutons abando

Nous étions destinés à les co

Deux heures après avoir quitté Reykjawik, nous arrivions au bourg de Gufunes, appelé «Aoalkirkja» ou Église principale. Il n’offrait rien de remarquable. Quelques maisons seulement. À peine de quoi faire un hameau de l’Allemagne.

Hans s’y arrêta une demi-heure; il partagea notre frugal déjeuner, répondit par oui et par non aux questions de mon oncle sur la nature de la route, et lorsqu’on lui demanda en quel endroit il comptait passer la nuit:

«Gardär» dit-il seulement.

Je consultai la carte pour savoir ce qu’était Gardär. Je vis une bourgade de ce nom sur les bords du Hvaljörd, à quatre milles de Reykjawik. Je la montrai à mon oncle.

«Quatre milles seulement! dit-il. Quatre milles sur vingt-deux! Voilà une jolie promenade.»

Il voulut faire une observation au guide, qui, sans lui répondre, reprit la tête des chevaux et se remit en marche.

Trois heures plus tard, toujours en foulant le gazon décoloré des pâturages, il fallut contourner le Kollafjörd, détour plus facile et moins long qu’une traversée de ce golfe; bientôt nous entrions dans un «pingstaœr», lieu de juridiction communale, nommé Ejulberg, et dont le clocher eût so

Là les chevaux furent rafraîchis; puis, prenant par un rivage resserré entre une chaîne de collines et la mer, ils nous portèrent d’une traite à l’«aoalkirkja» de Brantär, et un mille plus loin à Saurböer «A

Il était alors quatre heures du soir; nous avions franchi quatre milles. [7]

Le fjörd était large en cet endroit d’un demi-mille au moins; les vagues déferlaient avec bruit sur les rocs aigus; ce golfe s’évasait entre des murailles de rochers, sorte d’escarpe à pic haute de trois mille pieds et remarquable par ses couches brunes que séparaient des lits de tuf d’une nuance rougeâtre. Quelle que fût l’intelligence de nos chevaux, je n’augurais pas bien de la traversée d’un véritable bras de mer opérée sur le dos d’un quadrupède.

«S’ils sont intelligents, dis-je, ils n’essayeront point de passer. En tout cas, je me charge d’être intelligent pour eux.»

Mais mon oncle ne voulait pas attendre; il piqua des deux vers le rivage. Sa monture vint flairer la dernière ondulation des vagues et s’arrêta. Mon oncle, qui avait son instinct à lui, la pressa d’avancer. Nouveau refus de l’animal, qui secoua la tête. Alors jurons et coups de fouet, mais ruades de la bête, qui commença à désarço

«Ah! maudit animal! s’écria le cavalier, subitement transformé en piéton et honteux comme un officier de cavalerie qui passerait fantassin.

– Färja, fit le guide en lui touchant l’épaule.

– Quoi! un bac?

– Der, répondit Hans en montrant un bateau.

– Oui, m’écriai-je, il y a un bac.

– Il fallait donc le dire! Eh bien, en route!

– Tidvatten, reprit le guide.

– Que dit-il?

– Il dit marée, répondit mon oncle en me traduisant le mot danois.

– Sans doute, il faut attendre la marée?

– Förbida? demanda mon oncle.

– Ja», répondit Hans.

Mon oncle frappa du pied, tandis que les chevaux se dirigeaient vers le bac.

Je compris parfaitement la nécessité d’attendre un certain instant de la marée pour entreprendre la traversée du fjörd, celui où la mer, arrivée à sa plus grande hauteur, est étale. Alors le flux et le reflux n’ont aucune action sensible, et le bac ne risque pas d’être entraîné, soit au fond du golfe, soit en plein Océan.

L’instant favorable n’arriva qu’à six heures du soir; mon oncle, moi, le guide, deux passeurs et les quatre chevaux, nous avions pris place dans une sorte de barque plate assez fragile. Habitué que j’étais aux bacs à vapeur de l’Elbe, je trouvai les rames des bateliers un triste engin mécanique. Il fallut plus d’une heure pour traverser le fjörd; mais enfin le passage se fit sans accident.

[6] Maison du paysan islandais.

[7] Huit lieues.