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En cet instant, quelques eaux-fortes suspendues à la paroi et que je n’avais pas remarquées pendant ma première visite, frappèrent mes regards. C’étaient des portraits, des portraits de ces grands hommes historiques dont l’existence n’a été qu’un perpétuel dévouement à une grande idée humaine, Kosciusko, le héros tombé au cri de Finis Poloniœ, Botzaris, le Léonidas de la Grèce moderne, O’Co

Quel lien existait-il entre ces âmes héroïques et l’âme du capitaine Nemo? Pouvais-je enfin, de cette réunion de portraits, dégager le mystère de son existence? Était-il le champion des peuples opprimés, le libérateur des races esclaves? Avait-il figuré dans les dernières commotions politiques ou sociales de ce siècle. Avait-il été l’un des héros de la terrible guerre américaine, guerre lamentable et à jamais glorieuse?…

Tout à coup l’horloge so

Là, mes regards s’arrêtèrent sur la boussole. Notre direction était toujours au nord. Le loch indiquait une vitesse modérée, le manomètre, une profondeur de soixante pieds environ. Les circonstances favorisaient donc les projets du Canadien.

Je regagnai ma chambre. Je me vêtis chaudement, bottes de mer, bo

A neuf heures moins quelques minutes, je collai mon oreille près de la porte du capitaine. Nul bruit. Je quittai ma chambre, et je revins au salon qui était plongé dans une demi-obscurité, mais désert.

J’ouvris la porte communiquant avec la bibliothèque. Même clarté insuffisante, même solitude. J’allai me poster près de la porte qui do

En ce moment, les frémissements de l’hélice diminuèrent sensiblement, puis ils cessèrent tout à fait. Pourquoi ce changement dans les allures du Nautilus? Cette halte favorisait-elle ou gênait-elle les desseins de Ned Land, je n’aurais pu le dire.

Le silence n’était plus troublé que par les battements de mon cœur.

Soudain, un léger choc se fit sentir. Je compris que le Nautilus venait de s’arrêter sur le fond de l’océan. Mon inquiétude redoubla. Le signal du Canadien ne m’arrivait pas. J’avais envie de rejoindre Ned Land pour l’engager à remettre sa tentative. Je sentais que notre navigation ne se faisait plus dans les conditions ordinaires…

En ce moment, la porte du grand salon s’ouvrit, et le capitaine Nemo parut. Il m’aperçut, et, sans autre préambule:

«Ah! Monsieur le professeur, dit-il d’un ton aimable, je vous cherchais. Savez-vous votre histoire d’Espagne?»

On saurait à fond l’histoire de son propre pays que, dans les conditions où je me trouvais, l’esprit troublé, la tête perdue, on ne pourrait en citer un mot.

«Eh bien? reprit le capitaine Nemo, vous avez entendu ma question? Savez-vous l’histoire d’Espagne?

– Très mal, répondis-je.

– Voilà bien les savants, dit le capitaine ils ne savent pas. Alors, asseyez-vous, ajouta-t-il, et je vais vous raconter un curieux épisode de cette histoire.»

Le capitaine s’étendit sur un divan, et, machinalement, je pris place auprès de lui, dans la pénombre.

«Monsieur le professeur, me dit-il, écoutez-moi bien. Cette histoire vous intéressera par un certain côté, car elle répondra à une question que sans doute vous n’avez pu résoudre.

– Je vous écoute, capitaine, dis-je, ne sachant où mon interlocuteur voulait en venir, et me demandant si cet incident se rapportait à nos projets de fuite.

– Monsieur le professeur, reprit le capitaine Nemo, si vous le voulez bien, nous remonterons à 1702. Vous n’ignorez pas qu’à cette époque, votre roi Louis XIV, croyant qu’il suffisait d’un geste de potentat pour faire rentrer les Pyrénées sous terre, avait imposé le duc d’Anjou, son petit-fils, aux Espagnols. Ce prince, qui régna plus ou moins mal sous le nom de Philippe V, eut affaire, au-dehors, à forte partie.

«En effet, l’a

«L’Espagne dut résister à cette coalition. Mais elle était à peu près dépourvue de soldats et de marins. Cependant, l’argent ne lui manquait pas, à la condition toutefois que ses galions, chargés de l’or et de l’argent de l’Amérique, entrassent dans ses ports. Or, vers la fin de 1702, elle attendait un riche convoi que la France faisait escorter par une flotte de vingt-trois vaisseaux commandés par l’amiral de Château-Renaud, car les marines coalisées couraient alors l’Atlantique.

«Ce convoi devait se rendre à Cadix, mais l’amiral, ayant appris que la flotte anglaise croisait dans ces parages, résolut de rallier un port de France.

«Les commandants espagnols du convoi protestèrent contre cette décision. Ils voulurent être conduits dans un port espagnol, et, à défaut de Cadix, dans la baie de Vigo, située sur la côte nord-ouest de l’Espagne, et qui n’était pas bloquée.

«L’amiral de Château-Renaud eut la faiblesse d’obéir à cette injonction, et les galions entrèrent dans la baie de Vigo.

«Malheureusement cette baie forme une rade ouverte qui ne peut être aucunement défendue. Il fallait donc se hâter de décharger les galions avant l’arrivée des flottes coalisées, et le temps n’eût pas manqué à ce débarquement, si une misérable question de rivalité n’eût surgi tout à coup.

«Vous suivez bien l’enchaînement des faits? me demanda le capitaine Nemo.

– Parfaitement, dis-je, ne sachant encore à quel propos m’était faite cette leçon d’histoire.

– Je continue. Voici ce qui se passa. Les commerçants de Cadix avaient un privilège d’après lequel ils devaient recevoir toutes les marchandises qui venaient des Indes occidentales. Or, débarquer les lingots des galions au port de Vigo, c’était aller contre leur droit. Ils se plaignirent donc à Madrid, et ils obtinrent du faible Philippe V que le convoi, sans procéder à son déchargement, resterait en séquestre dans la rade de Vigo jusqu’au moment où les flottes e