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A six heures, le jour se fit subitement, avec cette rapidité particulière aux régions tropicales, qui ne co

Je vis distinctement la terre, avec quelques arbres épars çà et là.

Le canot s’avança vers l’île de Manaar, qui s’arrondissait dans le sud. Le capitaine Nemo s’était levé de son banc et observait la mer.

Sur un signe de lui, l’ancre fut mouillée, et la chaîne courut à peine, car le fond n’était pas à plus d’un mètre, et il formait en cet endroit l’un des plus hauts points du banc de pintadines. Le canot évita aussitôt sous la poussée du jusant qui portait au large.

«Nous voici arrivés, monsieur Aro

Je ne répondis rien, et tout en regardant ces flots suspects, aidé des matelots de l’embarcation, je commençai à revêtir mon lourd vêtement de mer. Le capitaine Nemo et mes deux compagnons s’habillaient aussi. Aucun des hommes du Nautilus ne devait nous accompagner dans cette nouvelle excursion.

Bientôt nous fûmes empriso

«Ces appareils nous seraient inutiles, me répondit le capitaine. Nous n’irons pas à de grandes profondeurs, et les rayons solaires suffiront à éclairer notre marche. D’ailleurs, il n’est pas prudent d’emporter sous ces eaux une lanterne électrique. Son éclat pourrait attirer inopinément quelque dangereux habitant de ces parages.»

Pendant que le capitaine Nemo prononçait ces paroles, je me retournai vers Conseil et Ned Land. Mais ces deux amis avaient déjà emboîté leur tête dans la calotte métallique, et ils ne pouvaient ni entendre ni répondre.

Une dernière question me restait à adresser au capitaine Nemo:

«Et nos armes, lui demandai-je, nos fusils?

– Des fusils! à quoi bon? Vos montagnards n’attaquent-ils pas l’ours un poignard à la main, et l’acier n’est-il pas plus sûr que le plomb? Voici une lame solide. Passez-la à votre ceinture et partons.»

Je regardai mes compagnons. Ils étaient armés comme nous, et, de plus, Ned Land brandissait un énorme harpon qu’il avait déposé dans le canot avant de quitter le Nautilus.

Puis, suivant l’exemple du capitaine, je me laissai coiffer de la pesante sphère de cuivre, et nos réservoirs a air furent immédiatement mis en activité.

Un instant après, les matelots de l’embarcation nous débarquaient les uns après les autres, et, par un mètre et demi d’eau, nous prenions pied sur un sable uni. Le capitaine Nemo nous fit un signe de la main. Nous le suivîmes, et par une pente douce nous disparûmes sous les flots.

Là, les idées qui obsédaient mon cerveau m’abando

Le soleil envoyait déjà sous les eaux une clarté suffisante. Les moindres objets restaient perceptibles. Après dix minutes de marche, nous étions par cinq mètres d’eau, et le terrain devenait à peu près plat.

Sur nos pas, comme des compagnies de bécassines dans un marais, se levaient des volées de poissons curieux du genre des monoptères, dont les sujets n’ont d’autre nageoire que celle de la queue. Je reco

Cependant l’élévation progressive du soleil éclairait de plus en plus la masse des eaux. Le sol changeait peu à peu. Au sable fin succédait une véritable chaussée de rochers arrondis, revêtus d’un tapis de mollusques et de zoophytes. Parmi les échantillons de ces deux embranchements, je remarquai des placènes à valves minces et inégales, sortes d’ostracées particulières à la mer Rouge et à l’océan Indien, des lucines orangées à coquille orbiculaire, des tarières subulées, quelques-unes de ces pourpres persiques qui fournissaient au Nautilus une teinture admirable, des rochers cornus, longs de quinze centimètres, qui se dressaient sous les flots comme des mains prêtes à vous saisir, des turbinelles cornigères, toutes hérissées d’épines, des lingules hyantes, des anatines, coquillages comestibles qui alimentent les marchés de l’Hindoustan, des pélagies panopyres, légèrement lumineuses, et enfin d’admirables oculines flabelliformes, magnifiques éventails qui forment l’une des plus riches arborisations de ces mers.

Au milieu de ces plantes vivantes et sous les berceaux d’hydrophytes couraient de gauches légions d’articulés, particulièrement des ranines dentées, dont la carapace représente un triangle un peu arrondi, des birgues spéciales à ces parages, des parthenopes horribles, dont l’aspect répugnait aux regards. Un animal non moins hideux que je rencontrai plusieurs fois, ce fut ce crabe énorme observé par M. Darwin, auquel la nature a do

Vers sept heures, nous arpentions enfin le banc de pintadines, sur lequel les huîtres perlières se reproduisent par millions. Ces mollusques précieux adhéraient aux rocs et y étaient fortement attachés par ce byssus de couleur brune qui ne leur permet pas de se déplacer. En quoi ces huîtres sont inférieures aux moules elles-mêmes auxquelles la nature n’a pas refusé toute faculté de locomotion.

La pintadine meleagrina, la mère perle, dont les valves sont à peu près égales, se présente sous la forme d’une coquille arrondie, aux épaisses parois, très rugueuses à l’extérieur. Quelques-unes de ces coquilles étaient feuilletées et sillo