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En ce moment, la nuit tomba subitement, et les lames, à peine soulevées par la brise, s’allongèrent paisiblement sous les précintes du Nautilus.

Le lendemain, 26 janvier, nous coupions l’Équateur sur le quatre-vingt-deuxième méridien, et nous rentrions dans l’hémisphère boréal.

Pendant cette journée, une formidable troupe de squales nous fit cortège. Terribles animaux qui pullulent dans ces mers et les rendent fort dangereuses. C’étaient des squales philipps au dos brun et au ventre blanchâtre armés de onze rangées de dents, des squales œillés dont le cou est marqué d’une grande tache noire cerclée de blanc qui ressemble à un œil. des squales isabelle à museau arrondi et semé de points obscurs. Souvent, ces puissants animaux se précipitaient contre la vitre du salon avec une violence peu rassurante. Ned Land ne se possédait plus alors. Il voulait remonter à la surface des flots et harpo

Le 27 janvier, à l’ouvert du vaste golfe du Bengale, nous rencontrâmes à plusieurs reprises, spectacle sinistre! des cadavres qui flottaient à la surface des flots. C’étaient les morts des villes indie

Vers sept heures du soir, le Nautilus à demi immergé navigua au milieu d’une mer de lait. A perte de vue l’Océan semblait être lactifié. Était-ce l’effet des rayons lunaires? Non, car la lune, ayant deux jours à peine, était encore perdue au-dessous de l’horizon dans les rayons du soleil. Tout le ciel, quoique éclairé par le rayo

Conseil ne pouvait en croire ses yeux, et il m’interrogeait sur les causes de ce singulier phénomène. Heureusement, j’étais en mesure de lui répondre.

«C’est ce qu’on appelle une mer de lait, lui dis-je, vaste étendue de flots blancs qui se voit fréquemment sur les côtes d’Amboine et dans ces parages.

– Mais, demanda Conseil, monsieur peut-il m’apprendre quelle cause produit un pareil effet. car cette eau ne s’est pas changée en lait, je suppose!

– Non, mon garçon, et cette blancheur qui te surprend n’est due qu’à la présence de myriades de bestioles infusoires, sortes de petits vers lumineux, d’un aspect gélatineux et incolore, de l’épaisseur d’un cheveu, et dont la longueur ne dépasse pas un cinquième de millimètre. Quelques-unes de ces bestioles adhèrent entre elles pendant l’espace de plusieurs lieues.

– Plusieurs lieues! s’écria Conseil.

– Oui, mon garçon, et ne cherche pas à supputer le nombre de ces infusoires! Tu n’y parviendrais pas, car, si je ne me trompe, certains navigateurs ont flotté sur ces mers de lait pendant plus de quarante milles.»

Je ne sais si Conseil tint compte de ma recommandation, mais il parut se plonger dans des réflexions profondes, cherchant sans doute à évaluer combien quarante milles carrés contie

Vers minuit, la mer reprit subitement sa teinte ordinaire, mais derrière nous. jusqu’aux limites de l’horizon. Le ciel. réfléchissant la blancheur des flots. sembla longtemps imprégné des vagues lueurs d’une aurore boréale.

II UNE NOUVELLE PROPOSITION DU CAPITAINE NEMO

Le 28 février, lorsque le Nautilus revint à midi à la surface de la mer, par 9°4’de latitude nord, il se trouvait en vue d’une terre qui lui restait à huit milles dans l’ouest. J’observai tout d’abord une agglomération de montagnes, hautes de deux mille pieds environ, dont les formes se modelaient très capricieusement. Le point terminé, je rentrai dans le salon, et lorsque le relèvement eut été reporté sur la carte, je reco

J’allai chercher dans la bibliothèque quelque livre relatif à cette île, l’une des plus fertiles du globe. Je trouvai précisément un volume de Sirr H. C., esq., intitulé Ceylan and the Cingalese. Rentré au salon, je notai d’abord les relèvements de Ceyland, à laquelle l’antiquité avait prodigué tant de noms divers. Sa situation était entre 5°55’et 9°49’de latitude nord, et entre 79°42’et 82°4’de longitude à l’est du méridien de Greenwich; sa longueur, deux cent soixante-quinze milles; sa largeur maximum, cent cinquante milles; sa circonférence. neuf cents milles; sa superficie, vingt-quatre mille quatre cent quarante-huit milles, c’est-à-dire un peu inférieure à celle de l’Irlande.

Le capitaine Nemo et son second parurent en ce moment.

Le capitaine jeta un coup d’œil sur la carte. Puis, se retournant vers moi:

«L’île de Ceylan, dit-il, une terre célèbre par ses pêcheries de perles. Vous serait-il agréable, monsieur Aro

– Sans aucun doute, capitaine.

– Bien. Ce sera chose facile. Seulement, si nous voyons les pêcheries, nous ne verrons pas les pêcheurs. L’exploitation a

Le capitaine dit quelques mots à son second qui sortit aussitôt. Bientôt le Nautilus rentra dans son liquide élément, et le manomètre indiqua qu’il s’y tenait à une profondeur de trente pieds.

La carte sous les yeux, je cherchai alors ce golfe de Manaar. Je le trouvai par le neuvième parallèle, sur la côte nord-ouest de Ceylan. Il était formé par une ligne allongée de la petite île Manaar. Pour l’atteindre, il fallait remonter tout le rivage occidental de Ceylan.

«Monsieur le professeur, me dit alors le capitaine Nemo, on pêche des perles dans le golfe du Bengale, dans la mer des Indes, dans les mers de Chine et du Japon, dans les mers du sud de l’Amérique, au golfe de Panama, au golfe de Californie; mais c’est à Ceylan que cette pêche obtient les plus beaux résultats. Nous arrivons un peu tôt, sans doute. Les pêcheurs ne se rassemblent que pendant le mois de mars au golfe de Manaar, et là, pendant trente jours, leurs trois cents bateaux se livrent à cette lucrative exploitation des trésors de la mer. Chaque bateau est monté par dix rameurs et par dix pêcheurs. Ceux-ci, divisés en deux groupes, plongent alternativement et descendent à une profondeur de douze mètres au moyen d’une lourde pierre qu’ils saisissent entre leurs pieds et qu’une corde rattache au bateau.