Страница 45 из 124
– Ami Ned, répondis-je, je ne désespère pas comme vous de ce vaillant Nautilus, et dans quatre jours nous saurons à quoi nous en tenir sur les marées du Pacifique. D’ailleurs, le conseil de fuir pourrait être opportun si nous étions en vue des côtes de l’Angleterre ou de la Provence, mais dans les parages de la Papouasie, c’est autre chose, et il sera toujours temps d’en venir à cette extrémité, si le Nautilus ne parvient pas à se relever, ce que je regarderais comme un événement grave.
– Mais ne saurait-on tâter, au moins, de ce terrain? reprit Ned Land. Voilà une île. Sur cette île, il y a des arbres. Sous ces arbres. des animaux terrestres, des porteurs de côtelettes et de roastbeefs, auxquels je do
– Ici, l’ami Ned a raison, dit Conseil, et je me range à son avis. Monsieur ne pourrait-il obtenir de son ami le capitaine Nemo de nous transporter à terre, ne fût-ce que pour ne pas perdre l’habitude de fouler du pied les parties solides de notre planète?
– Je peux le lui demander, répondis-je, mais il refusera.
– Que monsieur se risque, dit Conseil, et nous saurons à quoi nous en tenir sur l’amabilité du capitaine.»
A ma grande surprise, le capitaine Nemo m’accorda la permission que je lui demandais, et il le fit avec beaucoup de grâce et d’empressement, sans même avoir exigé de moi la promesse de revenir à bord. Mais une fuite à travers les terres de la Nouvelle-Guinée eût été très périlleuse, et je n’aurais pas conseillé à Ned Land de la tenter. Mieux valait être priso
Le canot fut mis à notre disposition pour le lendemain matin. Je ne cherchai pas à savoir si le capitaine Nemo nous accompagnerait. Je pensai même qu’aucun homme de l’équipage ne nous serait do
Le lendemain, 5 janvier, le canot, déponté, fut arraché de son alvéole et lancé à la mer du haut de la plate-forme. Deux hommes suffirent à cette opération. Les avirons étaient dans l’embarcation, et nous n’avions plus qu’à y prendre place.
A huit heures, armés de fusils et de haches, nous débordions du Nautilus. La mer était assez calme. Une petite brise soufflait de terre. Conseil et moi, placés aux avirons, nous nagions vigoureusement, et Ned gouvernait dans les étroites passes que les brisants laissaient entre eux. Le canot se maniait bien et filait rapidement.
Ned Land ne pouvait contenir sa joie. C’était un priso
«De la viande! répétait-il, nous allons donc manger de la viande, et quelle viande! Du véritable gibier! Pas de pain, par exemple! Je ne dis pas que le poisson ne soit une bo
– Gourmand! répondait Conseil, il m’en fait venir l’eau à la bouche.
– Il reste à savoir, dis-je, si ces forêts sont giboyeuses, et si le gibier n’y est pas de telle taille qu’il puisse lui-même chasser le chasseur.
– Bon! monsieur Aro
– L’ami Ned est inquiétant, répondit Conseil.
– Quel qu’il soit, reprit Ned Land, tout animal à quatre pattes sans plumes, ou à deux pattes avec plumes, sera salué de mon premier coup de fusil.
– Bon! répondis-je, voilà les imprudences de maître Land qui vont recommencer!
– N’ayez pas peur, monsieur Aro
A huit heures et demie, le canot du Nautilus venait s’échouer doucement sur une grève de sable, après avoir heureusement franchi l’a
XXI QUELQUES JOURS À TERRE
Je fus assez vivement impressio
En quelques minutes. nous fûmes à une portée de fusil de la côte. Le sol était presque entièrement madréporique, mais certains lits de torrents desséchés. semés de débris granitiques, démontraient que cette île était due à une formation primordiale. Tout l’horizon se cachait derrière un rideau de forêts admirables. Des arbres énormes, dont la taille atteignait parfois deux cents pieds, se reliaient l’un à l’autre par des guirlandes de lianes, vrais hamacs naturels que berçait une brise légère. C’étaient des mimosas, des ficus, des casuarinas, des teks, des hibiscus, des pendanus, des palmiers, mélangés à profusion, et sous l’abri de leur voûte verdoyante, au pied de leur stype gigantesque, croissaient des orchidées des légumineuses et des fougères.
Mais, sans remarquer tous ces beaux échantillons de la flore papouasie
«Excellent! disait Ned Land.
– Exquis! répondait Conseil.
– Et je ne pense pas, dit le Canadien. que votre Nemo s’oppose à ce que nous introduisions une cargaison de cocos à son bord?
– Je ne le crois pas, répondis-je, mais il n’y voudra pas goûter!
– Tant pis pour lui! dit Conseil.
– Et tant mieux pour nous! riposta Ned Land. Il en restera davantage.
– Un mot seulement, maître Land, dis-je au harpo
– Monsieur a raison, répondit Conseil, et je propose de réserver trois places dans notre embarcation, l’une pour les fruits, l’autre pour les légumes, et la troisième pour la venaison, dont je n’ai pas encore entrevu le plus mince échantillon.
– Conseil, il ne faut désespérer de rien, répondit le Canadien.
– Continuons donc notre excursion, repris-je, mais ayons l’œil aux aguets. Quoique l’île paraisse inhabitée, elle pourrait renfermer, cependant, quelques individus qui seraient moins difficiles que nous sur la nature du gibier!