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Cette pensée se lisait clairement sur mon visage, mais le capitaine Nemo se contenta de m’inviter à le suivre, et je le suivis en homme résigné à tout.
Nous arrivâmes dans la salle à manger, où le déjeuner se trouvait servi.
«Monsieur Aro
Je fis ho
Le capitaine Nemo mangea, d’abord, sans prononcer une seule parole. Puis, il me dit:
«Monsieur le professeur, quand je vous ai proposé de venir chasser dans mes forêts de Crespo, vous m’avez cru en contradiction avec moi-même. Quand je vous ai appris qu’il s’agissait de forêts sous-marines, vous m’avez cru fou. Monsieur le professeur, il ne faut jamais juger les hommes à la légère.
– Mais, capitaine, croyez que…
– Veuillez m’écouter, et vous verrez si vous devez m’accuser de folie ou de contradiction.
– Je vous écoute.
– Monsieur le professeur, vous le savez aussi bien que moi, l’homme peut vivre sous l’eau à la condition d’emporter avec lui sa provision d’air respirable. Dans les travaux sous-marins, l’ouvrier, revêtu d’un vêtement imperméable et la tête empriso
– C’est l’appareil des scaphandres, dis-je.
– En effet, mais dans ces conditions, l’homme n’est pas libre. Il est rattache à la pompe qui lui envoie l’air par un tuyau de caoutchouc, véritable chaîne qui le rive à la terre, et si nous devions être ainsi retenus au Nautilus, nous ne pourrions aller loin.
– Et le moyen d’être libre? demandai-je.
– C’est d’employer l’appareil Rouquayrol-Denayrouze, imaginé par deux de vos compatriotes, mais que j’ai perfectio
– Parfaitement, capitaine Nemo, mais l’air que vous emportez doit s’user vite, et dès qu’il ne contient plus que quinze pour cent d’oxygène, il devient irrespirable.
Sans doute, mais je vous l’ai dit, monsieur Aro
– Je n’ai plus d’objection à faire, répondis-je. Je vous demanderai seulement, capitaine, comment vous pouvez éclairer votre route au fond de l’Océan?
– Avec l’appareil Ruhmkorff, monsieur Aro
– Capitaine Nemo, à toutes mes objections vous faites de si écrasantes réponses que je n’ose plus douter. Cependant, si je suis bien forcé d’admettre les appareils Rouquayrol et Ruhmkorff, je demande à faire des réserves pour le fusil dont vous voulez m’armer.
– Mais ce n’est point un fusil à poudre, répondit le capitaine.
– C’est donc un fusil à vent?
– Sans doute. Comment voulez-vous que je fabrique de la poudre à mon bord, n’ayant ni salpêtre, ni soufre ni charbon?
– D’ailleurs, dis-je, pour tirer sous l’eau, dans un milieu huit cent cinquante-cinq fois plus dense que l’air il faudrait vaincre une résistance considérable.
– Ce ne serait pas une raison. Il existe certains canons, perfectio
– Mais cet air doit rapidement s’user.
– Eh bien, n’ai-je pas mon réservoir Rouquayrol, qui peut, au besoin, m’en fournir. Il suffit pour cela d’un robinet ad hoc. D’ailleurs, monsieur Aro
– Cependant, il me semble que dans cette demi-obscurité, et au milieu de ce liquide très dense par rapport à l’atmosphère, les coups ne peuvent porter loin et sont difficilement mortels?
– Monsieur, avec ce fusil tous les coups sont mortels, au contraire, et dès qu’un animal est touché, si légèrement que ce soit, il tombe foudroyé.
– Pourquoi?
– Parce que ce ne sont pas des balles ordinaires que ce fusil lance, mais de petites capsules de verre – inventées par le chimiste autrichien Leniebrœk – et dont j’ai un approvisio