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Le 17, on repartit à l’heure habituelle et dans l’ordre accoutumé. Un ordre que Robert ne gardait pas sans peine, car son ardeur l’entraînait à devancer la madrina, au grand désespoir de sa mule.
Il ne fallait rien de moins qu’un rappel sévère de Glenarvan pour maintenir le jeune garçon à son poste de marche.
Le pays devint alors plus accidenté; quelques ressauts de terrains indiquaient de prochaines montagnes; les rios se multipliaient, en obéissant bruyamment aux caprices des pentes. Paganel consultait souvent ses cartes; quand l’un de ces ruisseaux n’y figurait pas, ce qui arrivait fréquemment, son sang de géographe bouillo
«Un ruisseau qui n’a pas de nom, disait-il, c’est comme s’il n’avait pas d’état civil! Il n’existe pas aux yeux de la loi géographique.»
Aussi ne se gênait-il pas pour baptiser ces rios i
«Quelle langue! répétait-il, quelle langue pleine et sonore! C’est une langue de métal, et je suis sûr qu’elle est composée de soixante-dix-huit parties de cuivre et de vingt-deux d’étain, comme le bronze des cloches!
– Mais au moins, faites-vous des progrès? lui répondit Glenarvan.
– Certes! Mon cher lord! Ah! S’il n’y avait pas l’accent! Mais il y a l’accent!»
Et en attendant mieux, Paganel, chemin faisant, travaillait à rompre son gosier aux difficultés de la prononciation, sans oublier ses observations géographiques. Là, par exemple, il était éto
Ce jour-là même, vers dix heures, une route se présenta, qui coupait la ligne suivie jusqu’alors.
Glenarvan en demanda naturellement le nom, et naturellement aussi, ce fut Jacques Paganel qui répondit:
«C’est la route de Yumbel à Los Angeles.»
Glenarvan regarda le catapaz.
«Parfaitement», répondit celui-ci.
Puis, s’adressant au géographe:
«Vous avez donc traversé ce pays? dit-il.
– Parbleu! répondit sérieusement Paganel.
– Sur un mulet?
– Non, dans un fauteuil.»
Le catapaz ne comprit pas, car il haussa les épaules et revint en tête de la troupe. À cinq heures du soir, il s’arrêtait dans une gorge peu profonde, à quelques milles au-dessus de la petite ville de Loja; et cette nuit-là, les voyageurs campèrent au pied des sierras, premiers échelons de la grande cordillère.
Chapitre XII À douze mille pieds dans les airs
La traversée du Chili n’avait présenté jusqu’ici aucun incident grave. Mais alors ces obstacles et ces dangers que comporte un passage dans les montagnes s’offraient à la fois. La lutte avec les difficultés naturelles allait véritablement commencer.
Une question importante dut être résolue avant le départ. Par quel passage pouvait-on franchir la chaîne des Andes, sans s’écarter de la route déterminée? Le catapaz fut interrogé à ce sujet:
«Je ne co
– Le passage d’Arica, sans doute, dit Paganel, qui a été découvert par Valdivia Mendoza?
– Précisément.
– Et celui de Villarica, situé au sud du Nevado de ce nom?
– Juste.
– Eh bien, mon ami, ces deux passages n’ont qu’un tort, c’est de nous entraîner au nord ou au sud plus qu’il ne convient.
– Avez-vous un autre paso à nous proposer? demanda le major.
– Parfaitement, répondit Paganel, le paso d’Antuco, situé sur le penchant volcanique, par trente-sept degrés trente minutes, c’est-à-dire à un demi-degré près de notre route. Il se trouve à mille toises de hauteur seulement et a été reco
– Bon, fit Glenarvan, mais ce paso d’Antuco, le co
– Oui, mylord, je l’ai traversé, et si je ne le proposais pas, c’est que c’est tout au plus une voie de bétail qui sert aux indiens pasteurs des versants orientaux.
– Eh bien, mon ami, répondit Glenarvan, là où passent les troupeaux de juments, de moutons et de bœufs, des pehuenches, nous saurons passer aussi.
Et puisqu’il nous maintient dans la ligne droite, va pour le paso d’Antuco.»
Le signal du départ fut aussitôt do
Puis, un marais se rencontra qui courait sud et nord, et dont on se tira, grâce à l’instinct des mules. À une heure, le fort Ballenare apparut sur un roc à pic qu’il couro
«Décidément, dit Paganel, les montagnes ne suffisent pas à séparer les hommes, il faut encore les fortifier!»
À partir de ce point, la route devint difficile, périlleuse même; l’angle des pentes s’ouvrit davantage, les corniches se rétrécirent de plus en plus, les précipices se creusèrent effroyablement.
Les mules avançaient prudemment, le nez à terre, flairant le chemin. On marchait en file. Parfois, à un coude brusque, la madrina disparaissait, et la petite caravane se guidait alors au bruit lointain de sa so
La végétation herbacée luttait encore cependant contre les envahissements de la pierre, mais on sentait déjà le règne minéral aux prises avec le règne végétal. Les approches du volcan d’Antuco se reco