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– Silence sur tout ceci, mes amis, dit Glenarvan, et laissez-moi choisir le moment où j’apprendrai cette triste nouvelle aux enfants du capitaine Grant!»
Chapitre XX Un cri dans la nuit
L’équipage sut bientôt que la mystérieuse situation du capitaine Grant n’avait pas été éclaircie par les révélations d’Ayrton. Le découragement fut profond à bord, car on avait compté sur le quartier-maître, et le quartier-maître ne savait rien qui pût mettre le Duncan sur les traces du Brita
La route du yacht fut donc maintenue. Restait à choisir l’île dans laquelle Ayrton devait être abando
Paganel et John Mangles consultèrent les cartes du bord. Précisément, sur ce trente-septième parallèle, figurait un îlot isolé co
Si jamais l’isolement absolu devait se rencontrer sur la terre, c’était dans cette île jetée en dehors des routes humaines. On fit co
Deux jours plus tard, à deux heures, la vigie signala une terre à l’horizon. C’était Maria-Thérésa, basse, allongée, à peine émergée des flots, qui apparaissait comme un énorme cétacé.
Trente milles la séparaient encore du yacht, dont l’étrave tranchait les lames avec une rapidité de seize nœuds à l’heure.
Peu à peu, le profil de l’îlot s’accusa sur l’horizon. Le soleil, s’abaissant vers l’ouest, découpait en pleine lumière sa capricieuse silhouette. Quelques sommets peu élevés se détachaient çà et là, piqués par les rayons de l’astre du jour.
À cinq heures, John Mangles crut distinguer une fumée légère qui montait vers le ciel.
«Est-ce un volcan? demanda-t-il à Paganel, qui, la longue-vue aux yeux, observait cette terre nouvelle.
– Je ne sais que penser, répondit le géographe. Maria-Thérésa est un point peu co
– Mais alors, dit Glenarvan, si une éruption l’a produite, ne peut-on craindre qu’une éruption ne l’emporte?
– C’est peu probable, répondit Paganel. On co
– Bien, dit Glenarvan. Penses-tu, John, que nous puissions atterrir avant la nuit?
– Non, votre ho
À huit heures du soir, Maria-Thérésa, quoique à cinq milles au vent, n’apparaissait plus que comme une ombre allongée, à peine visible. Le Duncan s’en rapprochait toujours.
À neuf heures, une lueur assez vive, un feu brilla dans l’obscurité. Il était immobile et continu.
«Voilà qui confirmerait le volcan, dit Paganel, en observant avec attention.
– Cependant, répondit John Mangles, à cette distance, nous devrions entendre les fracas qui accompagnent toujours une éruption, et le vent d’est n’apporte aucun bruit à notre oreille.
– En effet, dit Paganel, ce volcan brille, mais ne parle pas. On dirait, de plus, qu’il a des intermittences comme un phare à éclat.
– Vous avez raison, reprit John Mangles, et pourtant nous ne sommes pas sur une côte éclairée. Ah! s’écria-t-il, un autre feu! Sur la plage cette fois! Voyez! Il s’agite! Il change de place!»
John ne se trompait pas. Un nouveau feu avait apparu, qui semblait s’éteindre parfois et se ranimait tout à coup.
«L’île est donc habitée? dit Glenarvan.
– Par des sauvages, évidemment, répondit Paganel.
– Mais alors, nous ne pouvons y abando
– Non, répondit le major, ce serait faire un trop mauvais cadeau, même à des sauvages.
– Nous chercherons quelque autre île déserte, dit Glenarvan, qui ne put s’empêcher de sourire de «la délicatesse» de Mac Nabbs. J’ai promis la vie sauve à Ayrton, et je veux tenir ma promesse.
– En tout cas, défions-nous, ajouta Paganel. Les zélandais ont la barbare coutume de tromper les navires avec des feux mouvants, comme autrefois les habitants de Cornouailles. Or, les indigènes de Maria-Thérésa peuvent co
– Laisse arriver d’un quart, cria John au matelot du gouvernail. Demain, au soleil levant, nous saurons à quoi nous en tenir.»
À onze heures, les passagers et John Mangles regagnèrent leurs cabines. À l’avant, la bordée de quart se promenait sur le pont du yacht. À l’arrière, l’homme de barre était seul à son poste.
En ce moment, Mary Grant et Robert montèrent sur la dunette.
Les deux enfants du capitaine, accoudés sur la lisse, regardaient tristement la mer phosphorescente et le sillage lumineux du Duncan. Mary songeait à l’avenir de Robert; Robert songeait à l’avenir de sa sœur. Tous deux pensaient à leur père.
Existait-il encore, ce père adoré? Fallait-il donc renoncer? Mais non, sans lui, que serait la vie? Sans lui que deviendraient-ils? Que seraient-ils devenus déjà sans lord Glenarvan, sans lady Helena?
Le jeune garçon, mûri par l’infortune, devinait les pensées qui agitaient sa sœur. Il prit la main de Mary dans la sie
«Mary, lui dit-il, il ne faut jamais désespérer. Rappelle-toi les leçons que nous do
– Cher Robert! répondait la jeune fille.
– Il faut que je t’appre
– Pourquoi me fâcherais-je, mon enfant?