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– Les sauvages, répondit Paganel.
– Les sauvages! répliqua Glenarvan. Ne peut-on les éviter, en suivant la côte? D’ailleurs, une attaque de quelques misérables ne peut préoccuper dix européens bien armés et décidés à se défendre.
– Il ne s’agit pas de misérables, répondit Paganel en secouant la tête. Les néo-zélandais forment des tribus terribles, qui luttent contre la domination anglaise, contre les envahisseurs, qui les vainquent souvent, qui les mangent toujours!
– Des ca
Puis on l’entendit qui murmurait ces deux noms:
«Ma sœur! Madame Helena!
– Ne crains rien, mon enfant, lui répondit Glenarvan, pour rassurer le jeune enfant. Notre ami Paganel exagère!
– Je n’exagère rien, reprit Paganel. Robert a montré qu’il était un homme, et je le traite en homme, en ne lui cachant pas la vérité. Les néo-zélandais sont les plus cruels, pour ne pas dire les plus gourmands des anthropophages. Ils dévorent tout ce qui leur tombe sous la dent. La guerre n’est pour eux qu’une chasse à ce gibier savoureux qui s’appelle l’homme, et il faut l’avouer, c’est la seule guerre logique. Les européens tuent leurs e
– Paganel, répondit le major, il y a matière à discussion, mais ce n’est pas le moment. Qu’il soit logique ou non d’être mangé, nous ne voulons pas qu’on nous mange. Mais comment le christianisme n’a-t-il pas encore détruit ces habitudes d’anthropophagie?
– Croyez-vous donc que tous les néo-zélandais soient chrétiens? Répliqua Paganel. C’est le petit nombre, et les missio
Maints voyageurs vécurent parmi eux, qui ont assisté à des repas de ca
– Bah! fit le major, ces récits ne sont-ils pas dus pour la plupart à l’imagination des voyageurs?
On aime volontiers à revenir des pays dangereux et de l’estomac des anthropophages!
– Je fais la part de l’exagération, répondit Paganel. Mais des hommes dignes de foi ont parlé, les missio
– Cependant, dit John Mangles, j’imagine que la superstition joue un rôle dans les scènes du ca
– Bon, ami John, répondit Paganel. Vous soulevez là cette grave question de l’origine de l’anthropophagie. Est-ce la religion, est-ce la faim qui a poussé les hommes à s’entre-dévorer? Cette discussion serait au moins oiseuse en ce moment. Pourquoi le ca
Paganel disait vrai. L’anthropophagie est passée à l’état chronique dans la Nouvelle-Zélande, comme aux îles Fidji ou au détroit de Torrès. La superstition intervient évidemment dans ces odieuses coutumes, mais il y a des ca
D’ailleurs, aux yeux des maoris, rien de plus naturel que de se manger les uns les autres. Les missio
De plus, les zélandais prétendent qu’en dévorant un e
Cependant, Paganel soutint, non sans raison, que la sensualité, le besoin surtout, excitaient les zélandais à l’anthropophagie, et non seulement les sauvages de l’Océanie, mais les sauvages de l’Europe.
«Oui, ajouta-t-il, le ca
– Vraiment? dit Mac Nabbs.
– Oui, major, reprit Paganel. Quand vous lirez certains passages de saint Jérôme sur les atticoli de l’écosse, vous verrez ce qu’il faut penser de vos aïeux! Et sans remonter au delà des temps historiques, sous le règne d’Élisabeth, à l’époque même où Shakespeare rêvait à son Shylock, Sawney Bean, bandit écossais, ne fut-il pas exécuté pour crime de ca
– La faim? dit John Mangles.
– La faim, répondit Paganel, mais surtout cette nécessité pour le carnivore de refaire sa chair et son sang par l’azote contenu dans les matières animales. C’est bien de fournir au travail des poumons au moyen des plantes tubéreuses et féculentes. Mais qui veut être fort et actif doit absorber ces aliments plastiques qui réparent les muscles. Tant que les maoris ne seront pas membres de la société des légumistes, ils mangeront de la viande, et, pour viande, de la chair humaine.