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Il faut peu de temps pour gonfler un ballon avec de l’air chaud; une chaleur de cent quatre-vingts degrés [58] suffit à diminuer de moitié la pesanteur de l’air qu’il renferme en le raréfiant; aussi le Victoria commença à reprendre sensiblement sa forme arrondie; l’herbe ne manquait pas; le feu s’activait par les soins du docteur, et l’aérostat grossissait à vue d’œil.
Il était alors une heure moins le quart.
En ce moment, à deux milles dans le nord, apparut la bande des Talibas; on entendait leurs cris et le galop des chevaux lancés à toute vitesse.
«Dans vingt minutes ils seront ici, fit Ke
– De l’herbe! de l’herbe, Joe! Dans dix minutes nous serons en plein air!
– Voilà, monsieur.»
Le Victoria était aux deux tiers gonflé.
«Mes amis! accrochons-nous au filet, comme nous l’avons fait déjà.
– C’est fait», répondit le chasseur.
Au bout de dix minutes, quelques secousses du ballon indiquèrent sa tendance à s’enlever. Les Talibas approchaient; ils étaient à peine à cinq cents pas.
«Tenez-vous bien, s’écria Fergusson.
– N’ayez pas peur, mon maître! n’ayez pas peur!»
Et du pied le docteur poussa dans le foyer une nouvelle quantité d’herbe.
Le ballon, entièrement dilaté par l’accroissement de température, s’envola en frôlant les branches du baobab.
«En route!» cria Joe.
Une décharge de mousquets lui répondit; une balle même lui laboura l’épaule; mais Ke
Des cris de rage impossibles à rendre accueillirent l’enlèvement de l’aérostat, qui monta à plus de huit cents pieds. Un vent rapide le saisit, et il décrivit d’inquiétantes oscillations, pendant que l’intrépide docteur et ses compagnons contemplaient le gouffre des cataractes ouvert sous leurs yeux.
Dix minutes après, sans avoir échangé une parole, les intrépides voyageurs descendaient peu à peu vers l’autre rive du fleuve.
Là, surpris, émerveillé, effrayé, se tenait un groupe d’une dizaine d’hommes qui portaient l’uniforme français. Qu’on juge de leur éto
Le ballon, se dégonflant peu à peu, retombait avec les hardis aéronautes retenus à son filet; mais il était douteux qu’il put atteindre la terre, aussi les Français se précipitèrent dans le fleuve, et reçurent les trois Anglais entre leurs bras, au moment où le Victoria s’abattait à quelques toises de la rive gauche du Sénégal.
«Le docteur Fergusson! s’écria le lieutenant.
– Lui-même, répondit tranquillement le docteur, et ses deux amis.»
Les Français emportèrent les voyageurs au-delà du fleuve, tandis que le ballon à demi dégonflé, entraîné par un courant rapide, s’en alla comme une bulle immense s’engloutir avec les eaux du Sénégal dans les cataractes de Gouina.
«Pauvre Victoria!» fit Joe.
Le docteur ne put retenir une larme; il ouvrit ses bras, et ses deux amis s’y précipitèrent sous l’empire d’une grande émotion.
XLIV
Conclusion. – Le procès-verbal. – Les établissements français. – Le poste de Médine. – Le «Basilic». – Saint-Louis. – La frégate anglaise. – Retour à Londres.
L’expédition qui se trouvait sur le bord du fleuve avait été envoyée par le gouverneur du Sénégal; elle se composait de deux officiers, MM. Dufraisse, lieutenant d’infanterie de marine, et Rodamel, enseigne de vaisseau; d’un sergent et de sept soldats. Depuis deux jours, ils s’occupaient de reco
On se figure aisément les félicitations et les embrassements dont furent accablés les trois voyageurs. Les Français, ayant pu contrôler par eux mêmes l’accomplissement de cet audacieux projet, devenaient les témoins naturels de Samuel Fergusson.
Aussi le docteur leur demanda-t-il tout d’abord de constater officiellement son arrivée aux cataractes de Gouina.
«Vous ne refuserez pas de signer au procès-verbal? demanda-t-il au lieutenant Dufraisse.
– À vos ordres», répondit ce dernier.
Les Anglais furent conduits à un poste provisoire établi sur le bord du fleuve; ils y trouvèrent les soins les plus attentifs et des provisions en abondance. Et c’est là que fut rédigé en ces termes le procès-verbal qui figure aujourd’hui dans les archives de la Société géographique de Londres:
«Nous, soussignés, déclarons que ledit jour nous avons vu arriver suspendus au filet d’un ballon le docteur Fergusson et ses deux compagnons Richard Ke
«SAMUEL FERGUSSON, RICHARD KENNEDY, JOSEPH WILSON, DUFRAISSE, lieutenant d’infanterie de marine; RODAMEL, enseigne de vaisseau; DUFAYS, sergent; FLIPPEAU, MAYOR, PÉLISSIER, LOROIS, RASCAGNET, GUILLON, LEBEL, soldats.»
Ici finit l’éto
Ils étaient arrivés au Sénégal le samedi 24 mai, et, le 27 du même mois, ils atteignaient le poste de Médine, situé un peu plus au nord sur le fleuve.
Là les Français les reçurent à bras ouverts, et déployèrent envers eux toutes les ressources de leur hospitalité; le docteur et ses compagnons purent s’embarquer presque immédiatement sur le petit bateau à vapeur Le Basilic, qui descendait le Sénégal jusqu’à son embouchure.
Quatorze jours après, le 10 juin, ils arrivèrent à Saint-Louis, où le gouverneur les reçut magnifiquement; ils étaient complètement remis de leurs émotions et de leurs fatigues. D’ailleurs Joe disait à qui voulait l’entendre:
«C’est un piètre voyage que le nôtre, après tout, et si quelqu’un est avide d’émotions, je ne lui conseille pas de l’entreprendre; cela devient fastidieux à la fin, et, sans les aventures du lac Tchad et du Sénégal, je crois véritablement que nous serions morts d’e
[58] 100° centigrades.
[59] Dick est le diminutif de Richard, et Joe celui de Joseph.