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Le Français évanoui ouvrit enfin les yeux.
«Vous êtes sauvé, lui dit le docteur.
– Sauvé, répondit-il en anglais, avec un triste sourire, sauvé d’une mort cruelle! Mes frères, je vous remercie; mais mes jours sont comptés, mes heures même, et je n’ai plus beaucoup de temps à vivre!»
Et le missio
«Il se meurt, s’écria Dick.
– Non, non, répondit Fergusson en se penchant sur lui, mais il est bien faible; couchons-le sous la tente.»
Ils étendirent doucement sur leurs couvertures ce pauvre corps amaigri, couvert de cicatrices et de blessures encore saignantes, où le fer et le feu avaient laissé en vingt endroits leurs traces douloureuses. Le docteur fit, avec un mouchoir, un peu de charpie qu’il étendit sur les plaies après les avoir lavées; ces soins, il les do
Celui-ci pressa faiblement ses lèvres compatissantes et eut à peine la force de dire: «Merci! merci!»
Le docteur comprit qu’il fallait lui laisser un repos absolu; il ramena les rideaux de la tente, et revint prendre la direction du ballon.
Celui-ci, en tenant compte du poids de son nouvel hôte, avait été délesté de près de cent quatre-vingts livres; il se maintenait donc sans l’aide du chalumeau. Au premier rayon du jour, un courant le poussait doucement vers l’ouest-nord-ouest. Fergusson alla considérer pendant quelques instants le prêtre assoupi.
«Puissions-nous conserver ce compagnon que le ciel nous a envoyé! dit le chasseur. As-tu quelque espoir?
– Oui, Dick, avec des soins, dans cet air si pur.
– Comme cet homme a souffert! dit Joe avec émotion. Savez-vous qu’il faisait là des choses plus hardies que nous, en venant seul au milieu de ces peuplades!
– Cela n’est pas douteux», répondit le chasseur.
Pendant toute cette journée, le docteur ne voulut pas que le sommeil du malheureux fut interrompu; c’était un long assoupissement, entrecoupé de quelques murmures de souffrance qui ne laissaient pas d’inquiéter Fergusson.
Vers le soir, le Victoria demeurait statio
Le lendemain au matin, le Victoria avait à peine dérivé dans l’ouest. La journée s’a
«Comment vous trouvez-vous? lui demanda Fergusson.
– Mieux peut-être, répondit-il. Mais vous, mes amis, je ne vous ai encore vus que dans un rêve! À peine puis-je me rendre compte de ce qui s’est passé! Qui êtes-vous, afin que vos noms ne soient pas oubliés dans ma dernière prière?
– Nous sommes des voyageurs anglais, répondit Samuel; nous avons tenté de traverser l’Afrique en ballon, et, pendant notre passage, nous avons eu le bonheur de vous sauver.
– La science a ses héros, dit le missio
– Mais la religion a ses martyrs, répondit l’Écossais.
– Vous êtes missio
– Je suis un prêtre de la mission des Lazaristes. Le ciel vous a envoyés vers moi, le ciel en soit loué! Le sacrifice de ma vie était fait! Mais vous venez d’Europe. Parlez-moi de l’Europe, de la France! Je suis sans nouvelles depuis cinq ans.
– Cinq ans, seul, parmi ces sauvages! s’écria Ke
– Ce sont des âmes à racheter, dit le jeune prêtre, des frères ignorants et barbares, que la religion seule peut instruire et civiliser.»
Samuel Fergusson, répondant au désir du missio
Celui-ci l’écoutait avidement et des larmes coulèrent de ses yeux. Le pauvre jeune homme prenait tour à tour les mains de Ke
«Vous êtes de hardis voyageurs, dit-il, et vous réussirez dans votre audacieuse entreprise; vous reverrez vos parents, vos amis, votre patrie, vous!…»
La faiblesse du jeune prêtre devint si grande alors, qu’il fallut le coucher de nouveau. Une prostration de quelques heures le tint comme mort entre les mains de Fergusson. Celui-ci ne pouvait contenir son émotion; il sentait cette existence s’enfuir. Allaient-ils donc perdre si vite celui qu’ils avaient arraché au supplice? Il pansa de nouveau les plaies horribles du martyr et dut sacrifier la plus grande partie de sa provision d’eau pour rafraîchir ses membres brûlants. Il l’entoura des soins les plus tendres et les plus intelligents. Le malade renaissait peu à peu entre ses bras, et reprenait le sentiment, sinon la vie.
Le docteur surprit son histoire entre ses paroles entrecoupées.
«Parlez votre langue maternelle, lui avait-il dit; je la comprends, et cela vous fatiguera moins.»
Le missio