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«Ah! dit Ke
Et le guerrier, frappé d’une balle au front, tomba en arrière.
À sa chute, une profonde stupeur s’empara de ses guerriers; cette mort surnaturelle les épouvanta en ranimant l’ardeur de leurs adversaires, et en une seconde le champ de bataille fut abando
«Allons chercher plus haut un courant qui nous emporte, dit le docteur. Je suis écœuré de ce spectacle.»
Mais il ne partit pas si vite qu’il ne pût voir la tribu victorieuse, se précipitant sur les morts et les blessés, se disputer cette chair encore chaude, et s’en repaître avidement.
«Pouah! fit Joe, cela est repoussant!»
Le Victoria s’élevait en se dilatant; les hurlements de cette horde en délire le poursuivirent pendant quelques instants; mais enfin, ramené vers le sud, il s’éloigna de cette scène de carnage et de ca
Le terrain offrait alors des accidents variés, avec de nombreux cours d’eau qui s’écoulaient vers l’est; ils se jetaient sans doute dans ces affluents du lac Nû ou du fleuve des Gazelles, sur lequel M. Guillaume Lejean a do
La nuit venue, le Victoria jeta l’ancre par 27° de longitude, et 4° 20’de latitude septentrionale, après une traversée de cent cinquante milles.
XXI
Rumeurs étranges. – Une attaque nocturne. – Ke
La nuit se faisait très obscure. Le docteur n’avait pu reco
Suivant son habitude, il prit le quart de neuf heures, et à minuit Dick vint le remplacer.
«Veille bien, Dick, veille avec grand soin.
– Est-ce qu’il y a quelque chose de nouveau?
– Non! cependant j’ai cru surprendre de vagues rumeurs au-dessous de nous; je ne sais trop où le vent nous a portés; un excès de prudence ne peut pas nuire.
– Tu auras entendu les cris de quelques bêtes sauvages.
– Non! cela m’a semblé tout autre chose; enfin, à la moindre alerte, ne manque pas de nous réveiller.
– Sois tranquille.»
Après avoir écouté attentivement une dernière fois, le docteur, n’entendant rien, se jeta sur sa couverture et s’endormit bientôt.
Le ciel était couvert d’épais nuages, mais pas un souffle n’agitait l’air. Le Victoria, retenu sur une seule ancre, n’éprouvait aucune oscillation.
Ke
Un moment même il crut distinctement en saisir une à deux cents pas de distance; mais ce ne fut qu’un éclair, après lequel il ne vit plus rien.
C’était sans doute l’une de ces sensations lumineuses que l’œil perçoit dans les profondes obscurités.
Ke
Était-ce le cri d’un animal, d’un oiseau de nuit? Sortait-il de lèvres humaines?
Ke
Il crut bientôt entrevoir au-dessous de lui des formes vagues qui se glissaient vers l’arbre; à un rayon de lune qui filtra comme un éclair entre deux nuages, il reco
L’aventure des cynocéphales lui revint à l’esprit; il mit la main sur l’épaule du docteur.
Celui-ci se réveilla aussitôt.
«Silence, fit Ke
– Il y a quelque chose?
– Oui, réveillons Joe.»
Dès que Joe se fut levé, le chasseur raconta ce qu’il avait vu.
«Encore ces maudits singes? dit Joe.
– C’est possible; mais il faut prendre ses précautions.
– Joe et moi, dit Ke
– Et pendant ce temps, répartit le docteur, je prendrai mes mesures de manière à pouvoir nous enlever rapidement.
– C’est convenu.
– Descendons, dit Joe.
– Ne vous servez de vos armes qu’à la dernière extrémité, dit le docteur; il est inutile de révéler notre présence dans ces parages.»
Dick et Joe répondirent par un signe. Ils se laissèrent glisser sans bruit vers l’arbre, et prirent position sur une fourche de fortes branches que l’ancre avait mordue.
Depuis quelques minutes, ils écoutaient muets et immobiles dans le feuillage. À un certain froissement d’écorce qui se produisit, Joe saisit la main de l’Écossais.
«N’entendez-vous pas?
– Oui, cela approche.
– Si c’était un serpent? Ce sifflement que vous avez surpris…
– Non! il avait quelque chose d’humain.
– J’aime encore mieux des sauvages, se dit Joe. Ces reptiles me répugnent.
– Le bruit augmente, reprit Ke
– Oui! on monte, on grimpe.
– Veille de ce côté, je me charge de l’autre.
– Bien.»
Ils se trouvaient tous les deux isolés au sommet d’une maîtresse branche, poussée droit au milieu de cette forêt, qu’on appelle un baobab; l’obscurité accrue par l’épaisseur du feuillage était profonde; cependant Joe, se penchant à l’oreille de Ke
«Des Nègres.»
Quelques mots échangés à voix basse parvinrent même jusqu’aux deux voyageurs.
Joe épaula son fusil.
«Attends», dit Ke
Des sauvages avaient en effet escaladé le baobab; ils surgissaient de toutes parts, se coulant sur les branches comme des reptiles, gravissant lentement, mais sûrement; ils se trahissaient alors par les émanations de leurs corps frottés d’une graisse infecte.