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Au-dessous de lui, une terre généralement effritée; à peine quelques ravins cultivés; le terrain, parsemé de cônes d’une altitude moye
On apercevait facilement les figures ébahies d’une race assez belle, au teint jaune brun. Des femmes d’une corpulence invraisemblable se traînaient dans les plantations, et le docteur éto
À midi, le Victoria se trouvait par 1° 45’de latitude australe; à une heure, le vent le poussait sur le lac.
Ce lac a été nommé Nyanza [40] Victoria par le capitaine Speke. En cet endroit, il pouvait mesurer quatre-vingt-dix milles de largeur; à son extrémité méridionale, le capitaine trouva un groupe d’îles, qu’il nomma archipel du Bengale. Il poussa sa reco
Le Victoria abordait le lac plus au nord, au grand regret du docteur, qui aurait voulu en déterminer les contours inférieurs. Les bords, hérissés de buissons épineux et de broussailles enchevêtrées, disparaissaient littéralement sous des myriades de moustiques d’un brun clair; ce pays devait être inhabitable et inhabité; on voyait des troupes d’hippopotames se vautrer dans des forêts de roseaux, ou s’enfuir sous les eaux blanchâtres du lac.
Celui-ci, vu de haut, offrait vers l’ouest un horizon si large qu’on eut dit une mer; la distance est assez grande entre les deux rives pour que des communications ne puissent s’établir; d’ailleurs les tempêtes y sont fortes et fréquentes, car les vents font rage dans ce bassin élevé et découvert.
Le docteur eut de la peine à se diriger; il craignait d’être entraîné vers l’est; mais heureusement un courant le porta directement au nord, et, à six heures du soir, le Victoria s’établit dans une petite île déserte, par 0° 30’de latitude, et 32° 2’de longitude à vingt milles de la côte.
Les voyageurs purent s’accrocher à un arbre, et, le vent s’étant calmé vers le soir, ils demeurèrent tranquillement sur leur ancre. On ne pouvait songer à prendre terre; ici, comme sur les bords du Nyanza, des légions de moustiques couvraient le sol d’un nuage épais. Joe, même, revint de l’arbre couvert de piqûres; mais il ne se fâcha pas, tant il trouvait cela naturel de la part des moustiques.
Néanmoins, le docteur, moins optimiste, fila le plus de corde qu’il put, afin d’échapper à ces impitoyables insectes qui s’élevaient avec un murmure inquiétant.
Le docteur reco
«Nous voici donc dans une île! dit Joe, qui se grattait à se rompre les poignets.
– Nous en aurions vite fait le tour, répondit le chasseur, et, sauf ces aimables insectes, on n’y aperçoit pas un être vivant.
– Les îles dont le lac est parsemé, répondit le docteur Fergusson, ne sont, à vrai dire, que des sommets de collines immergées; mais nous sommes heureux d’y avoir rencontré un abri, car les rives du lac sont habitées par des tribus féroces. Dormez donc, puisque le ciel nous prépare une nuit tranquille.
– Est-ce que tu n’en feras pas autant, Samuel?
– Non; je ne pourrais fermer l’œil. Mes pensées chasseraient tout sommeil. Demain, mes amis, si le vent est favorable, nous marcherons droit au nord, et nous découvrirons peut-être les sources du Nil, ce secret demeuré impénétrable. Si près des sources du grand fleuve, je ne saurais dormir.»
Ke
Le mercredi 23 avril, le Victoria appareillait à quatre heures du matin par un ciel grisâtre; la nuit quittait difficilement les eaux du lac, qu’un épais brouillard enveloppait, mais bientôt un vent violent dissipa toute cette brume. Le Victoria fut balancé pendant quelques minutes en sens divers et enfin remonta directement vers le nord.
Le docteur Fergusson frappa des mains avec joie.
«Nous sommes en bon chemin! s’écria-t-il. Aujourd’hui ou jamais nous verrons le Nil! Mes amis, voici que nous franchissons l’équateur! nous entrons dans notre hémisphère!
– Oh! fit Joe; vous pensez, mon maître, que l’équateur passe par ici?
– Ici même, mon brave garçon!
– Eh bien! sauf votre respect, il me paraît convenable de l’arroser sans perdre de temps.
– Va pour un verre de grog! répondit le docteur en riant; tu as une manière d’entendre la cosmographie qui n’est point sotte.»
Et voilà comment fut célébré le passage de la ligne à bord du Victoria.
Celui-ci filait rapidement. On apercevait dans l’ouest la côte basse et peu accidentée; au fond, les plateaux plus élevés de l’Uganda et de l’Usoga. La vitesse du vent devenait excessive: près de trente milles à l’heure.
Les eaux du Nyanza, soulevées avec violence, écumaient comme les vagues d’une mer. À certaines lames de fond qui se balançaient longtemps après les accalmies, le docteur reco
«Le lac, dit le docteur, est évidemment, par sa position élevée, le réservoir naturel des fleuves de la partie orientale d’Afrique; le ciel lui rend en pluie ce qu’il enlève en vapeurs à ses effluents. Il me paraît certain que le Nil doit y prendre sa source.
– Nous verrons bien», répliqua Ke
Vers neuf heures, la côte de l’ouest se rapprocha; elle paraissait déserte et boisée. Le vent s’éleva un peu vers l’est, et l’on put entrevoir l’autre rive du lac. Elle se courbait de manière à se terminer par un angle très ouvert, vers 2° 40’de latitude septentrionale. De hautes montagnes dressaient leurs pics arides à cette extrémité du Nyanza; mais entre elles une gorge profonde et sinueuse livrait passage à une rivière bouillo
Tout en manœuvrant son aérostat, le docteur Fergusson examinait le pays d’un regard avide.
«Voyez! s’écria-t-il, voyez, mes amis! les récits des Arabes étaient exacts! Ils parlaient d’un fleuve par lequel le lac Ukéréoué se déchargeait vers le nord, et ce fleuve existe, et nous le descendons, et il coule avec une rapidité comparable à notre propre vitesse! Et cette goutte d’eau qui s’enfuit sous nos pieds va certainement se confondre avec les flots de la Méditerranée! C’est le Nil!
[40] Nyanza signifie lac.