Страница 36 из 38
– Quelles sont ces façons, mécréant! C'est le diable qui te les inspire!
– Écoutez-moi, père, répondit-il. Je suis totalement i
– Ah! dit le père, tu ne me feras que des misères. Disparais!
– Volontiers, père. Attendez seulement qu'il fasse jour. Je voyagerai pour apprendre à frisso
– Apprends ce que tu veux, dit le père. Ça m'est égal! Voici cinquante talents, va par le monde et surtout ne dis à perso
– Qu'il en soit fait selon votre volonté, père. Si c'est là tout ce que vous exigez, je m'y tiendrai sans peine.
Quand vint le jour, le jeune homme empocha les cinquante talents et prit la route en se disant: «Si seulement j'avais peur! si seulement je frisso
– Tu vois cet arbre? Il y en a sept qui s'y sont mariés avec la fille du cordier et qui maintenant pre
– Si c'est aussi facile que ça, répondit le garçon, c'est comme si c'était déjà fait. Si j'apprends si vite à frisso
Le jeune homme s'installa sous la potence et attendit que vînt le soir. Et comme il avait froid, il alluma du feu. À minuit le vent était devenu si glacial que, malgré le feu, il ne parvenait pas à se réchauffer. Et les pendus s'entrechoquaient en s'agitant de-ci, de-là. Il pensa: «Moi, ici, près du feu, je gèle. Comme ils doivent avoir froid et frisso
– Faites donc attention! Sinon je vais vous rependre là-haut!
Les morts, cependant, n'entendaient rien, se taisaient et laissaient brûler leurs loques. Le garçon finit par se mettre en colère.
– Si vous ne faites pas attention, dit-il, je n'y puis rien! je n'ai pas envie de brûler avec vous.
Et, l'un après l'autre, il les raccrocha au gibet. Il se coucha près du feu et s'endormit. Le lendemain, l'homme s'en vint et lui réclama les cinquante talents:
– Alors, sais-tu maintenant ce que c'est que d'avoir le frisson? lui dit-il.
– Non, répondit le garçon. D'où le saurais-je? Ceux qui sont là-haut n'ont pas ouvert la bouche, et ils sont si bêtes qu'ils ont laissé brûler les quelques hardes qu'ils ont sur le dos.
L'homme comprit qu'il n'obtiendrait pas les cinquante talents ce jour-là et s'en alla en disant: «Je n'ai jamais vu un être comme celui-là!»
Le jeune homme reprit également sa route et se dit à nouveau, parlant à haute voix.
– Ah! si seulement j'avais peur! Si seulement je savais frisso
Un cocher qui marchait derrière lui l'entendit et demanda:
– Qui es-tu?
– Je ne sais pas, répondit le garçon.
Le cocher reprit:
– D'où viens-tu?
– Je ne sais pas, rétorqua le jeune homme.
– Qui est ton père?
– Je n'ai pas le droit de le dire.
– Que marmo
– Eh! répondit le garçon, je voudrais frisso
– Cesse de dire des bêtises! reprit le cocher. Viens avec moi!
Le jeune homme accompagna donc le cocher et, le soir, ils arrivèrent à une auberge avec l'intention d'y passer la nuit. En entrant dans sa chambre, le garçon répéta à haute et intelligible voix:
– Si seulement j'avais peur! Si seulement je savais frisso
L'aubergiste l'entendit et dit en riant:
– Si vraiment ça te fait plaisir, tu en auras sûrement l'occasion chez moi.
– Tais-toi donc! dit sa femme. À être curieux, plus d'un a déjà perdu la vie, et ce serait vraiment dommage pour ses jolis yeux s'ils ne devaient plus jamais voir la lumière du jour.
Mais le garçon répondit:
– Même s'il fallait en arriver là, je veux apprendre à frisso
Il ne laissa à l'aubergiste ni trêve ni repos jusqu'à ce qu'il lui dévoilât son secret. Non loin de là, se trouvait un château maudit, dans lequel il pourrait certainement apprendre ce que c'était que d'avoir peur, en y passant seulement trois nuits. Le roi avait promis sa fille en mariage à qui tenterait l'expérience et cette fille était la plus belle qu'on eût jamais vue sous le soleil. Il y avait aussi au château de grands trésors gardés par de mauvais génies dont la libération pourrait rendre un pauvre très riche. Bien des gens étaient déjà entrés au château, mais perso
– Si vous le permettez, je voudrais bien passer trois nuits dans le château.
Le roi l'examina, et comme il lui plaisait, il répondit:
– Tu peux me demander trois choses. Mais aucune d'elles ne saurait être animée et tu pourras les emporter avec toi au château.
Le garçon lui dit alors:
– Eh bien! je vous demande du feu, un tour et un banc de ciseleur avec un couteau.
Le jour même, le roi fit porter tout cela au château. À la tombée de la nuit, le jeune homme s'y rendit, alluma un grand feu dans une chambre, installa le tabouret avec le couteau tout à côté et s'assit sur le tour.
– Ah! si seulement je pouvais frisso
Vers minuit, il entreprit de ranimer son feu. Et comme il soufflait dessus, une voix retentit tout à coup dans un coin de la chambre:
– Hou, miaou, comme nous avons froid!
– Bande de fous! s'écria-t-il. Pourquoi hurlez-vous comme ça? Si vous avez froid, venez ici, asseyez-vous près du feu et réchauffez-vous!