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IX BATAILLE PERDUE

Joe avait conduit Adrie

Quand ils furent seuls, Arnoldson s’avança vers Adrie

Au fond de son âme, l’Homme de la nuit était très troublé, et, maintenant qu’il estimait que l’heure avait enfin so

Il considérait Adrie

Il ne se dissimulait nullement les motifs qui amenaient cette femme dans cette demeure déserte. Et cependant, il ne voulait plus se souvenir qu’elle le haïssait ni qu’il l’avait haïe. Et il le lui dit.

Il faisait des grâces. Il avait des gestes ridicules en montrant à Adrie

Car elle tremblait maintenant et songeait avec effroi à son audace.

Mais, si elle tremblait, c’était moins pour elle que pour Pold, qu’elle savait près de là, et qui allait venir et qui allait lutter contre cet homme, qu’elle jugeait infiniment redoutable…

Mais voici qu’elle songea à Lawrence, tout son courage lui revint.

Il était resté en face d’elle, debout. Après ses premières expansions, il ne semblait point pressé de recommencer à lui parler. Il la regardait. De longues minutes de silence s’écoulèrent ainsi entre eux deux.

Elle dit enfin:

– Vous avez voulu que je vinsse… Me voici.

Il s’inclina encore. Elle continua:

– Vous êtes au comble de vos vœux?

– Comment pouvez-vous en douter, chère Adrie

Son apitoiement du début disparut bientôt sous un accès de férocité qu’il voulait contenter immédiatement. Comme il eût voulu la voir souffrir!… et il lui dit:

– Avouez, madame, que ma compagnie ne vous intéresse guère et que vous préféreriez celle de votre fille…

Adrie

– Vous allez me la rendre, ma fille?

– Certes, madame. Je ne doute point que vous ne soyez venue ici moins pour moi que pour elle.

Adrie

Elle n’ignorait point le projet de Mme Martinet, et le coup d’œil que lui avait lancé celle-ci quand elle l’avait priée de la laisser seule en bas avec Joe lui avait fait saisir tout le plan de Marguerite.

Ce plan avait-il été mis à exécution? Allait-il l’être? Dans tous les cas, il était prudent de temporiser…

Arnoldson s’était approché d’elle encore. Elle sentit son regard qui la brûlait derrière ses lunettes noires…

– N’est-ce pas, fit l’Homme de la nuit, n’est-ce pas que vous ne seriez point là si Lily était… aux Volubilis, par exemple?… Mais elle n’est pas aux Volubilis, Lily!

Et Arnoldson, se précipitant sur la malheureuse, l’étreignit. Mais Adrie

– Si vous croyez que c’est là le moyen de reconquérir votre fille…

Adrie

– Sache donc, lui cria-t-elle… sache donc que Lily ne craint plus rien de toi… Sache qu’elle est à l’abri de tes coups et que tu ne peux plus rien contre elle… et que tu ne peux plus rien contre moi!

– Que dis-tu là? hurla l’Homme de la nuit.

– La vérité, Lily, hier, m’a été rendue.

– Tu mens! Tu mens!…

– Et veux-tu savoir qui me l’a ramenée, aussi pure que jamais?… C’est le prince Agra lui-même. C’est ton fils!… Ton fils qui l’aime… et qui l’a respectée!…

Arnoldson était assommé sous le coup de cette révélation. La crispation de son visage était effroyable à contempler…

Sa vengeance… la vengeance de vingt ans lui échappait… et par la trahison de son fils…

Il poussa une sorte de rugissement…

– Ta fille m’échappe, fit-il d’un accent féroce… Mais toi, tu ne m’échapperas pas!

Et, il se rua sur elle.

Adrie

– Tu ne m’échapperas pas! répétait-il.

Elle voulut fuir. Mais il la rejoignit.

Enfin, avec un grand cri d’appel, elle parvint encore à se débarrasser de son ignoble étreinte et elle arriva jusqu’à la porte. Elle se jeta dans l’escalier. Derrière elle, Arnoldson accourait et clamait:

– Joe! Joe! Arrête-la! Arrête-la!

Il parvint au bas de l’escalier et fit irruption dans la salle presque en même temps qu’elle.

Et il bondit du côté de la porte, y devança Adrie

C’est alors qu’il vit, étendus, l’un sur la table, l’autre sur le carreau, les corps de Joe et de Mme Martinet.

– Ah!… fit-il. Quel drame s’est donc passé ici?…

Mais la porte, à ce moment précis, s’ouvrit derrière lui. Il se retourna brusquement et se trouva en face de M. Martinet, qui dirigeait sur lui le canon de son revolver.

– Martinet! À mon secours! lui cria Adrie

– Ne craignez rien, madame, fit Martinet, très calme. Je tirerai… mais pas en ce moment, car je risquerais de vous atteindre…

L’Homme de la nuit fit un bond soudain du côté de la fenêtre, espérant s’échapper par ce chemin. Mais, debout sur la pierre de la fenêtre, apparut Pold.

Arnoldson eut un geste de désespoir.

– Je suis trahi! s’écria-t-il… Et je suis pris!