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– Oui, monsieur, je me suis aperçue de ces choses.
– Et vous n’en avez point soupço
– Rien, dans la vie de mon mari, ne pouvait me faire croire qu’il ne m’aimerait plus un jour, qu’il cesserait d’aimer ses enfants. J’expliquais son attitude des jours derniers par l’e
– Eh bien! il ne s’agissait point simplement de sa fortune, madame: il s’agissait de son cœur.
– Et qui donc me l’a volé? réclama âprement Adrie
– Qui donc? Ah! madame, une bien petite perso
– Une cocotte!… Mais alors, monsieur, vous voulez vous moquer de moi?… Il s’agit là, sans doute, de quelque frasque dont je ne le croyais, certes, pas capable, mais qui n’a aucune importance…
– Elle est la plus dangereuse des femmes, madame. Il y a six ans, deux hommes se sont suicidés pour cette cocotte. Depuis, d’autres se sont ruinés. Pour elle, votre mari se ruine, et il se suicidera peut-être.
– Son nom?
– Elle s’appelle Diane, et tout Paris la co
– Cette Diane qui monta sur les planches des Folies, et qui eut quelques succès dans les music-halls?
– Elle-même. Elle monta sur les planches et va y remonter. Les Folies commenceront ce spectacle dans quelques jours.
Adrie
Arnoldson se rendait parfaitement compte de l’état d’âme d’Adrie
– Ils se sont vus, je crois, pour la première fois, dans une fête aux Variétés-Parisie
«Car votre rivale, madame – cette fille est votre rivale – lui ouvrit son intimité.
«Pour lui, elle se montra charmante et usa de toutes les séductions. Était-ce là le résultat d’une grande sympathie pour M. Lawrence? Voilà ce que je ne sais pas, ce que nul ne sait, ce que perso
«L’âme de cette fille, si tant est qu’elle ait une âme, est quelque chose d’insondable et d’incompréhensible. On l’a vue marquer de l’amitié pour des gens qu’elle haïssait et prouver de la haine pour d’autres qu’elle adorait.
«Quoi qu’il en soit, il devint son esclave, sa chose…»
Adrie
La première hypothèse devait être la vraie, car il reprit son récit, frappant encore, portant des coups plus décisifs à la pauvre Adrie
– Oui, madame, reprit-il, il fut sa chose. Il l’est encore… Quand il est près d’elle, il ne voit qu’elle et, quand il s’en est éloigné, il y pense… Par quels moyens Diane est-elle arrivée à s’emparer ainsi de votre mari? Mais à cette heure il est bien à elle, tout à elle…
– Quelle ignominie! murmura Adrie
– Quelle ignominie, en effet. Rien n’a pu l’arrêter sur cette pente: ni le respect de sa femme, ni l’amour de ses enfants. Cette fille a creusé pour cet homme un gouffre où il ensevelit d’une main légère et criminelle votre fortune à tous!…
Arnoldson ajouta, avec son sourire sinistre:
– Cette fortune si ho
Adrie
– À perso
– Eh bien, chère madame… que Lawrence continue quelques mois encore… et elle devra quelque chose, votre fortune…
– À qui?
– À moi…
– À vous?… Vous toujours!… J’avais raison, monsieur, de vous redouter, d’éprouver à vos côtés une terreur que je ne m’expliquais pas… Je vous jugeais un être dangereux et perfide… Comme je vous jugeais bien!…
– Moi? fit l’Homme de la nuit. Moi? un être dangereux et perfide?… Je ne tiens qu’à rendre service à mes amis. M. Lawrence voulut bien se dire mon ami… Il me demanda service, et je me suis mis à sa disposition. Vous êtes bien ingrate!
– Monsieur, je vous en supplie, épargnez-moi le supplice de votre raillerie, et dites-moi tout ce que vous savez!… Tout… Vous paraissez fort bien renseigné.
– Très renseigné…
– Que vous me faites souffrir!…
– Vraiment! vous souffrez?… vous souffrez?… Beaucoup, n’est-ce pas?… Cette vallée est bien la vallée de misère…
Et, plus sinistre, il fit un mot affreux:
– La vallée du bois de Misère…
– Comment, monsieur, notre fortune vous devra-t-elle quelque chose?
– J’ai aidé votre mari dans des opérations sur les mines d’or, qui furent malheureuses. Il avait besoin, ce cher M. Lawrence, de gagner beaucoup d’argent. C’était pour cette femme… Elle avait des fantaisies, des lubies, des caprices…
– Il a joué en Bourse?
– Oui, madame, sur les mines d’or, et d’après une indication. Or – voyez comme la fatalité s’est abattue sur mon pauvre ami – il s’est trouvé que ses indications, qui étaient bo
– Il vous doit de l’argent, monsieur?
– Un peu… Mais ceci est affaire entre lui et moi… Nous réglerons la question d’argent. Vous, vous n’avez qu’à régler la question… la question amour…
Plus pâle qu’une morte, Adrie
– Si ce que vous dites est vrai, monsieur, je suis la plus malheureuse des femmes! Je ne reverrai pas mon mari de ma vie, ou, si j’ai le malheur de le voir, ce sera pour le chasser, loin de sa femme, de ses enfants et pour le maudire!… Mais, monsieur, votre conduite à vous me paraît tellement ignoble, votre façon d’être me dénote de tels instincts et de tels désirs, vous me paraissez si vil et si répugnant que je me demande si tout ce que vous m’avez appris ce soir n’est pas le résultat d’une odieuse machination, d’affreux mensonges! Voilà, monsieur, que je me reproche de vous avoir écouté, d’avoir, un instant, pu penser qu’un homme comme vous était susceptible de dire d’autres choses que d’infâmes et calomnieuses choses!