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«Mais voilà qu’un jour moi, qui vous devais tout! moi, qui vous considérais comme le bienfaiteur tout-puissant, auquel je devais reco

– Justice ou non, vengeance ou non, que t’importait ceci, prince Agra? Le contrat qui nous lie ne te permettait même pas de te le demander! Je croyais avoir assez versé de scepticisme dans ton cœur pour qu’une pareille question ne pût t’arrêter une seconde sur notre route!

– Vous voyez bien que non, monsieur, et plus que vous j’en suis éto

Le prince Agra se leva et s’écria:

– Arnoldson! Arnoldson! que t’a donc fait l’amour pour haïr ainsi l’amour?

Arnoldson répondit, glacial:

– Imprudent, qui veux me quitter et qui me demandes ce que m’a fait l’amour!…

– Oui! Que vous a-t-il fait pour que votre haine exigeât tant de victimes? Je fus la première de ces victimes, monsieur! moi, qui n’ai jamais aimé; moi, qui n’aimerai jamais; moi, votre élève, en qui vous avez tué l’amour!

– Certes, fit Arnoldson, j’avais cru faire de toi un merveilleux élève! Pour l’œuvre que j’avais à accomplir ici-bas, et que tu qualifieras comme il te plaira, peu m’importe, pour accomplir cette œuvre, j’avais besoin d’un instrument unique: je te forgeai!…

– J’avais dix ans, monsieur, fit Agra, quand j’eus le malheur de vous co

– Quand vous avez eu ce malheur, vous étiez à ce point désespéré que vous songiez à mourir. Oui, vous aviez déjà songé au suicide à dix ans! Et si vous n’avez point exécuté votre sinistre projet, c’est que vous aviez jugé que la mort venait assez vite à vous pour qu’il fût inutile que vous fissiez un pas vers elle!

– C’est vrai, monsieur, j’allais mourir. Et vous m’avez sauvé. J’allais mourir de misère sur cette paillasse de la taverne de Boston où m’avaient jeté quelques matelots pitoyables. C’est là que vous êtes venu me recueillir, c’est là que vous m’avez adopté. Ah! certes, vous m’avez montré de la tendresse! Comme vous prîtes soin de moi! Je vous considérais comme un père, je vous aimais comme un père! Moi qui ne co

«Et vous m’avez sauvé! Vous avez sauvé mon corps, monsieur! Mais mon âme! Mon âme! Qu’avez-vous fait de mon âme? Vous, mon maître, qu’avez-vous fait de moi?»

L’Homme de la nuit interrompit Agra.

– Ce que j’ai fait de vous, fit-il d’une voix sole

– C’est vrai, dit tout bas le prince Agra, jamais une femme n’a fait battre mon cœur!

– Voilà, reprit avec force Arnoldson, voilà ce que j’ai fait de vous! J’ai fait de vous cet être tout-puissant, ce merveilleux instrument dont j’avais besoin pour l’œuvre que je poursuis et qui touche à son terme. Et c’est à l’heure où cette œuvre va s’accomplir, œuvre de justice, entendez-vous, prince? c’est à cette heure que l’instrument me fait défaut. C’est à ce moment suprême qu’ayant un peu le droit de compter sur votre reco

Le prince regardait avec éto

D’ordinaire, il le voyait ironique et toujours prêt au sarcasme. Et voilà qu’il se dressait devant lui, le geste superbe, la parole éclatante, l’aspect prophétique.

– Parlez, monsieur, dit-il.

– Oui, continua l’Homme de la nuit. Le moment est venu que je parle! Prince Agra, prince Agra, écoute de toute ton attention, écoute! Tu vas savoir le secret de ta vie, ô mon prince, ce secret dont je conservais le mystère pour ne te le dévoiler qu’à l’heure des suprêmes résolutions!… Et cette heure a so