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Il n’y avait perso

Nous l’avons traversée en hâte. Sur la gauche, Rouletabille poussa très doucement un tambour qui do

«Allons, fit-il tout bas, tout va bien. Comme cela nous serons entrés dans le collège et le concierge ne m’aura pas vu. Certainement, il m’aurait reco

– Quel mal y aurait-il à cela?»

Mais justement, un homme, tête nue, un trousseau de clefs à la main, passa devant l’auvent et Rouletabille se rejeta dans l’ombre.

«C’est le père Simon! Ah! comme il a vieilli! Il n’a plus de cheveux. Attention!… c’est l’heure où il va balayer l’étude des petits… Tout le monde est en classe en ce moment… Oh! nous allons être bien libres! Il ne reste plus que la mère Simon dans sa loge, à moins qu’elle ne soit morte… En tout cas, d’ici elle ne nous verra pas… Mais attendons!… Voilà que le père Simon revient!…»

Pourquoi Rouletabille tenait-il tant à se dissimuler? Pourquoi? Décidément, je ne savais rien de ce garçon que je croyais si bien co

«Mon Dieu! fit-il, la voix rauque… tout cela a été bouleversé! On a démoli la vieille étude «où j’ai retrouvé le couteau», et le préau dans lequel «il avait caché l’argent» a été transporté plus loin… Mais les murs de la chapelle n’ont point changé de place, eux!… Regardez, Sainclair, penchez-vous; cette porte qui do

Et il risqua un coup d’œil en arrière, avança la tête.

«Non! non!… Tenez, le voilà, le parloir!… À côté de la voûte… c’est la première porte à droite… c’est là qu’elle venait… c’est là… Nous allons y aller tout à l’heure, quand le père Simon sera descendu…»

Et il claquait des dents…

«C’est fou, dit-il, je crois que je vais devenir fou… Qu’est-ce que vous voulez? C’est plus fort que moi, n’est-ce pas?… L’idée que je vais revoir le parloir… où elle m’attendait… Je ne vivais que dans l’espoir de la voir, et, quand elle était partie, malgré que je lui promettais toujours d’être raiso

– Ce jour-là, mon ami, vous avez rencontré Mathilde Stangerson…

– C’est vrai!…» répondit-il d’une voix tremblante…

… Ah! si j’avais su à ce moment que la fille du professeur Stangerson, lors de son premier mariage en Amérique, avait eu un enfant, un fils qui aurait dû, s’il était vivant encore, avoir l’âge de Rouletabille, peut-être, après le voyage que mon ami avait fait là-bas et où il avait été certainement renseigné, peut-être eussé-je enfin compris son émotion, sa peine, le trouble étrange qu’il avait à prononcer ce nom de Mathilde Stangerson dans ce collège où venait autrefois la Dame en noir!

Il y eut un silence que j’osai troubler.

«Et vous n’avez jamais su pourquoi la Dame en noir n’était plus revenue?

– Oh! fit Rouletabille, je suis sûr que la Dame en noir est revenue… Mais c’est moi qui étais parti!…

– Qui est-ce qui était venu vous chercher?

– Perso

– Pourquoi?… Pour la chercher?

– Non! non!… pour la fuir!… pour la fuir, vous dis-je, Sainclair!… Mais elle est revenue!… je suis sûr qu’elle est revenue!…

– Elle a dû être désespérée de ne plus vous retrouver!…» Rouletabille leva les bras vers le ciel, secoua la tête.

«Est-ce que je sais?… Peut-on savoir?… Ah! je suis bien malheureux!… Chut! mon ami!… chut!… le père Simon… là… Il s’en va… enfin!… Vite!… au parloir!…»

Nous y fûmes en trois enjambées. C’était une pièce banale, assez grande, avec de pauvres rideaux blancs à ses fenêtres nues. Elle était meublée de six chaises de paille alignées contre les murailles, d’une glace au-dessus de la cheminée et d’une pendule. Il faisait là-dedans assez sombre.

En entrant dans cette pièce, Rouletabille se découvrit avec un de ces gestes de respect et de recueillement que l’on n’a, à l’ordinaire, qu’en pénétrant dans un endroit sacré. Il était devenu très rouge, s’avançait à petits pas, très embarrassé, roulant sa casquette de voyage entre ses doigts. Il se tourna vers moi et, tout bas, plus bas encore qu’il ne m’avait parlé dans la chapelle…

«Oh! Sainclair! le voilà, le parloir!… Tenez, touchez mes mains, je brûle… je suis rouge, n’est-ce pas?… J’étais toujours rouge quand j’entrais ici et que je savais que j’allais l’y trouver!… Certainement, j’ai couru… je suis essoufflé… Je n’ai pas pu attendre, n’est-ce pas?… Oh! mon cœur, mon cœur qui bat comme quand j’étais tout petit… Tenez, j’arrivais ici… là, là!… à la porte, et puis je m’arrêtais, tout honteux… Mais j’apercevais son ombre noire dans le coin; elle me tendait silencieusement les bras et je m’y jetais, et tout de suite, en nous embrassant, nous pleurions!… C’était bon! C’était ma mère, Sainclair!… Oh! ce n’est pas elle qui me l’a dit; au contraire, elle, elle me disait que ma mère était morte et qu’elle était une amie de ma mère… Seulement, comme elle me disait aussi de l’appeler: «maman!» et qu’elle pleurait quand je l’embrassais, je sais bien que c’était ma mère… Tenez, elle s’asseyait toujours là, dans ce coin sombre, et elle venait à la tombée du jour, quand on n’avait pas encore allumé, dans le parloir… En arrivant, elle déposait, sur le rebord de cette fenêtre, un gros paquet blanc, entouré d’une ficelle rose. C’était une brioche. J’adore les brioches, Sainclair!…»