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Rouletabille ouvrit la porte:
«Arthur Rance! dit-il, vous voilà donc enfin!…»
Le mari de Mrs. Edith semblait désespéré:
«Qu’est-ce que j’apprends? Qu’y a-t-il?… Un nouveau malheur?… Ah! j’ai bien cru que j’arriverais trop tard quand j’ai vu les portes de fer fermées et que j’ai entendu dans la tour la prière des morts. Oui, j’ai cru que vous aviez exécuté le vieux Bob!»
Pendant ce temps, Rouletabille avait, derrière Arthur Rance, refermé la porte aux verrous.
«Le vieux Bob est vivant, et le père Bernier est mort! Asseyez-vous donc, monsieur,» fit poliment Rouletabille.
Arthur Rance, considérant, à son tour, avec éto
«Qui l’a tué?»
Il daigna alors s’apercevoir que sa femme était là et il lui serra la main, mais en regardant la Dame en noir.
«Avant de mourir, Bernier a accusé Frédéric Larsan! répondit M. Darzac.
– Voulez-vous dire par là, interrompit vivement Mr Arthur Rance, qu’il a accusé le vieux Bob? Je ne le souffrirai plus! Moi aussi j’ai pu douter de la perso
Que voulait-il dire, avec sa petite épingle à tête de rubis? Je me rappelais que Mrs. Edith nous avait raconté que le vieux Bob la lui avait prise des mains, alors qu’elle s’amusait à l’en piquer, le soir du drame du «corps de trop». Mais quelle relation pouvait-il y avoir entre cette épingle et l’aventure du vieux Bob? Arthur Rance n’attendit point que nous le lui demandions, et il nous apprit que cette petite épingle avait disparu en même temps que le vieux Bob, et qu’il venait de la retrouver entre les mains du Bourreau de la mer, reliant une liasse de bank-notes dont l’oncle avait payé, cette nuit-là, la complicité et le silence de Tullio qui l’avait conduit dans sa barque devant la grotte de Roméo et Juliette et qui s’en était éloigné à l’aurore, fort inquiet de n’avoir pas vu revenir son passager.
Et Arthur Rance conclut, triomphant:
«Un homme qui do
Sur quoi, Mrs. Edith:
«Et comment avez-vous eu l’idée d’aller à San Remo. Vous saviez donc que Tullio s’y trouvait?
– J’avais reçu une lettre anonyme m’avisant de son adresse, là-bas…
– C’est moi qui vous l’ai envoyée», fit tranquillement Rouletabille…
Et il ajouta, sur un ton glacial:
«Messieurs, je me félicite du prompt retour de Mr Arthur Rance. De cette façon, voilà réunis autour de cette table, tous les hôtes du château d’Hercule… pour lesquels ma démonstration corporelle de la possibilité du corps de trop peut avoir quelque intérêt. Je vous demande toute votre attention!»
Mais Arthur Rance l’arrêta encore:
«Qu’entendez-vous par ces mots: Voilà réunis autour de cette table tous les hôtes pour lesquels la démonstration corporelle de la possibilité du corps de trop peut avoir quelque intérêt?
– J’entends, déclara Rouletabille, tous ceux parmi lesquels nous pouvons trouver Larsan!» La Dame en noir, qui n’avait encore rien dit, se leva, toute tremblante:
«Comment! gémit-elle dans un souffle… Larsan est donc parmi nous?…
– J’en suis sûr!» dit Rouletabille…
Il y eut un silence affreux pendant lequel nous n’osions pas nous regarder.
Le reporter reprit de son ton glacé:
«J’en suis sûr… Et c’est une idée qui ne doit pas vous surprendre, madame, car elle ne vous a jamais quittée!… Quant à nous, n’est-ce pas, messieurs, que la pensée nous en est arrivée tout à fait précise, le jour du déjeuner des binocles noirs sur la terrasse du Téméraire? Si j’en excepte Mrs. Edith, quel est celui de nous qui, à cette minute-là, n’a pas senti la présence de Larsan?
– C’est une question que l’on pourrait aussi bien poser au professeur Stangerson lui-même, répliqua aussitôt Arthur Rance. Car, du moment que nous commençons à raiso
– Mr Rance!… s’écria la Dame en noir.
– Oui, je vous demande pardon, reprit un peu honteusement le mari de Mrs. Edith… Mais Rouletabille a eu tort de généraliser et de dire: tous les hôtes du château d’Hercule…
– Le professeur Stangerson est si loin de nous par l’esprit, prononça avec sa belle sole
Cette fois, nous nous regardâmes à la dérobée, et l’idée que Larsan pouvait être réellement parmi nous me parut tellement folle qu’oubliant que je ne devais plus adresser la parole à Rouletabille:
«Mais, à ce déjeuner des binocles noirs, osai-je dire, il y avait encore un perso
Rouletabille grogna en me jetant un mauvais coup d’œil:
«Encore le prince Galitch! Je vous ai déjà dit, Sainclair, à quelle besogne le prince est occupé sur cette frontière… Et je vous jure bien que ce ne sont point les malheurs de la fille du professeur Stangerson qui l’intéressent! Laissez le prince Galitch à sa besogne humanitaire…
– Tout cela, fis-je observer assez méchamment, tout cela n’est point du raiso
– Justement, Sainclair, vos bavardages m’empêchent de raiso
Mais j’étais sottement lancé, et, oubliant que j’avais promis à Mrs. Edith de défendre le vieux Bob, je me repris à l’attaquer pour le plaisir de trouver Rouletabille en faute; du reste, Mrs. Edith m’en a longtemps gardé rancune.
«Le vieux Bob, prononçai-je avec clarté et assurance, en était aussi, du déjeuner des binocles noirs, et vous l’écartez d’emblée de vos raiso
– Vous! fit Rouletabille, en me fixant avec une sévérité qui me gêna étrangement. C’est vous qui l’avez retrouvé ainsi! mais moi, j’ai trouvé le puits ouvert! Je vous avais envoyé aux nouvelles auprès de Mattoni et du père Jacques. Quand vous êtes revenu, vous m’avez trouvé à la même place, dans la Tour du Téméraire, mais j’avais eu le temps de courir au puits et de constater qu’il était ouvert…