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Et le père Bernier réapparut. Il retraversait la cour, tout seul, et retournait à la poterne. C’est alors que nous dûmes nous pencher davantage, et, certainement, les perso

Et Robert Darzac dit d’une voix singulière: «Ce n’est point ce qui me manque.» Il était courbé sur quelque chose qu’il traînait et qu’il souleva avec une peine infinie et qu’il essaya de glisser sous la banquette de la petite charrette anglaise. Rouletabille avait retiré sa casquette et claquait littéralement des dents. Autant que nous pûmes distinguer, la chose était un sac. Pour remuer ce sac, M. Darzac avait fait de gros efforts, et nous entendîmes un soupir. Appuyée contre le mur de la tour, la Dame en noir le regardait, sans lui prêter aucune aide. Et, soudain, dans le moment que M. Darzac avait réussi à pousser le sac dans la voiture, Mathilde prononça, d’une voix sourdement épouvantée, ces mots: «Il remue encore!…» – «C’est la fin!…» répondit M. Darzac qui, maintenant, s’épongeait le front. Sur quoi il mit son pardessus et prit Toby par la bride. Il s’éloigna, faisant un signe à la Dame en noir, mais celle-ci, toujours appuyée à la muraille comme si on l’avait allongée là pour quelque supplice, ne lui répondit pas. M. Darzac nous parut plutôt calme. Il avait redressé la taille. Il marchait d’un pas ferme… on pouvait dire: d’un pas d’ho

Je voulus alors sortir de notre coin, mais Rouletabille m’y maintint énergiquement. Il fit bien, car Bernier débouchait de la poterne et retraversait la cour, se dirigeant à nouveau vers la Tour Carrée. Quand il ne fut plus qu’à deux mètres de la porte qui s’était refermée, Rouletabille sortit lentement de l’encoignure du parapet, se glissa entre la porte et Bernier effrayé, et mit les mains au poignet du concierge.

«Venez avec moi», lui dit-il.

L’autre paraissait anéanti. J’étais sorti de ma cachette, moi aussi. Il nous regardait maintenant dans le rayon bleu de la lune, ses yeux étaient inquiets et ses lèvres murmurèrent:

«C’est un grand malheur!»

XII Le corps impossible.

«Ce sera un grand malheur, si vous ne dites point la vérité, répliqua Rouletabille à voix basse; mais il n’y aura point de malheur du tout si vous ne nous cachez rien. Allons, venez!»

Et il l’entraîna, lui tenant toujours le poignet, vers le Château Neuf, et je les suivis. À partir de ce moment, je retrouvai tout mon Rouletabille. Maintenant qu’il était si heureusement débarrassé d’un problème sentimental qui l’avait intéressé si perso

Bernier ne lui résista pas. D’autres voudront lui résister qu’il brisera et qui crieront grâce.

Bernier marche devant nous, le front bas, tel un accusé qui va rendre compte à des juges. Et, quand nous sommes arrivés dans la chambre de Rouletabille, nous le faisons asseoir en face de nous; j’ai allumé la lampe.

Le jeune reporter ne dit pas un mot; il regarde Bernier, en bourrant sa pipe; il essaye évidemment de lire sur ce visage toute l’ho

«Voyons, Bernier, comment l’ont-ils tué?»

Bernier secoua sa rude tête de gars picard.

«J’ai juré de ne rien dire. Je n’en sais rien, monsieur! Ma foi, je n’en sais rien!…»

Rouletabille:

«Eh bien, racontez-moi ce que vous ne savez pas! Car si vous ne me racontez pas ce que vous ne savez pas, Bernier, je ne réponds plus de rien!…

– Et de quoi donc, monsieur, ne répondez-vous plus?

– Mais, de votre sécurité, Bernier!…

– De ma sécurité, à moi?… Je n’ai rien fait!

– De notre sécurité à tous, de notre vie!» répliqua Rouletabille en se levant et en faisant quelques pas dans la chambre, ce qui lui do

– Oui, fit la tête de Bernier.

– Où? Dans la chambre du vieux Bob?

– Non! fit la tête de Bernier.

– Caché chez vous, dans votre loge?

– Non, fit la tête de Bernier.

– Ah çà! mais où était-il donc? Il n’était pourtant pas dans l’appartement de M. et Mme Darzac?

– Oui, fit la tête de Bernier.

– Misérable!» grinça Rouletabille.

Et il sauta à la gorge de Bernier. Je courus au secours du concierge, et l’enlevai aux griffes de Rouletabille.

Quand il put respirer:

«Ah çà! monsieur Rouletabille, pourquoi voulez-vous m’étrangler? fit-il.

– Vous le demander, Bernier? Vous osez encore le demander? Et vous avouez qu’il était dans l’appartement de M. et de Mme Darzac! Et qui donc l’a introduit dans cet appartement, si ce n’est vous? Vous qui, seul, en avez la clef quand M. et Mme Darzac ne sont pas là?»

Bernier se leva, très pâle: «C’est vous, monsieur Rouletabille, qui m’accusez d’être le complice de Larsan?

– Je vous défends de prononcer ce nom-là! s’écria le reporter. Vous savez bien que Larsan est mort! Et depuis longtemps!…

– Depuis longtemps! reprit Bernier, ironique… c’est vrai… j’ai eu tort de l’oublier! Quand on se dévoue à ses maîtres, quand on se bat pour ses maîtres, il faut ignorer même contre qui. Je vous demande pardon!