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«Il faudra bien qu’il aborde au rivage. Laissez-moi courir au rivage!
– Que ferez-vous? gémit la voix de Mathilde.
– Tout ce qu’il faudra.»
Et, encore, la voix de Mathilde, la voix épouvantée:
«Je vous défends de toucher à cet homme!»
Et je n’entends plus rien.
Je suis descendu et j’ai trouvé Rouletabille, seul, assis sur la margelle du puits. Je lui ai parlé, et il ne m’a pas répondu, comme il lui arrive quelquefois. Je m’en fus dans la baille, et là, je rencontrai M. Darzac qui vint à moi, fort agité. Il me cria de loin:
«Eh bien! L’avez-vous vu?
– Oui, je l’ai vu, fis-je.
– Et elle, elle, savez-vous si elle l’a vu?
– Elle l’a vu. Elle était avec Rouletabille quand il est passé! Quelle audace!»
Robert Darzac en tremblait encore de l’avoir vu. Il me dit qu’aussitôt qu’il l’avait aperçu, il avait couru comme un fou au rivage, mais qu’il n’était pas arrivé à temps à la pointe de Garibaldi et que la barque avait disparu comme par enchantement. Mais déjà Robert Darzac me quittait, courant rejoindre Mathilde, anxieux de l’état d’esprit dans lequel il allait la retrouver. Cependant, il revenait presque aussitôt, triste et abattu. La porte de son appartement était fermée. Sa femme désirait être seule un instant.
«Et Rouletabille? demandai-je.
– Je ne l’ai pas vu!»
Nous restâmes ensemble sur le parapet, à regarder la nuit qui avait emporté Larsan. Robert Darzac était infiniment triste. Pour détourner le cours de ses pensées, je lui posai quelques questions sur le ménage Rance, auxquelles il finit par répondre.
C’est ainsi que, peu à peu, je devais apprendre comment, après le procès de Versailles, Arthur Rance était retourné à Philadelphie, et comment, un beau soir, il s’était trouvé dans un banquet de famille, à côté d’une jeune perso
Arthur Rance co
Tous ces détails me furent do
Miss Edith, lors de la fameuse soirée où Arthur Rance lui fut présenté et où il se conduisit d’une façon aussi incohérente, ne s’était montrée peut-être si mélancolique que parce qu’elle venait de recevoir de fâcheuses nouvelles de son oncle. Celui-ci, depuis quatre ans, ne se décidait pas à revenir de chez les Patagons. Dans sa dernière lettre, il lui disait qu’il était bien malade et qu’il désespérait de la revoir avant de mourir. On pourrait être tenté de penser qu’une nièce au cœur tendre, dans ces conditions, eût pu s’abstenir de paraître à un banquet, si familial fût-il mais Miss Edith, au cours des voyages de son oncle, avait tant reçu de fâcheuses nouvelles, et son oncle était revenu de si loin, toujours si bien portant, qu’on ne lui tiendra certainement point rigueur de ce que sa tristesse ne l’eût point, ce soir-là, retenue à la maison. Cependant, trois mois plus tard, sur une nouvelle lettre, elle décida de partir et d’aller rejoindre, toute seule, son oncle, au fond de l’Araucanie. Pendant ces trois mois, il s’était passé des événements mémorables. Miss Edith avait été touchée des remords d’Arthur Rance et de sa persistance à ne plus boire que de l’eau. Elle avait appris que les mauvaises habitudes d’intempérance de ce gentleman n’avaient été prises qu’à la suite d’un désespoir d’amour, et cette circonstance lui avait plu par-dessus tout. Ce caractère romanesque dont j’ai parlé tout à l’heure devait servir rapidement les desseins d’Arthur Rance; et, au moment du départ de Miss Edith pour l’Araucanie, nul ne s’éto