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«Peut-être bien que le vielleux était dans l'escalier… perso
Ce récit rapproché de ce que racontaient sous le manteau certains habitués du club des Pneumatiques produisit un effet étrange et l'opinion publique ne fut point satisfaite par les explications trop naturelles que fournit l'enquête sur un si bizarre événement.
L'enquête montra le vieux Martin Latouche comme un maniaque qui s'enlevait le pain de la bouche pour pouvoir enrichir, en secret, sa collection. On raconta même qu'il se privait des déjeuners qu'il était censé prendre dehors, pour en économiser les quelques sous qu'il gaspillait ensuite chez les antiquaires et les marchands de vieux instruments de musique.
C'est ainsi, de toute évidence, que le fameux orgue était arrivé chez lui, en dépit de la surveillance de Babette; et c'est dans le moment qu'il en essayait la manivelle, qu'il était tombé, épuisé par le régime d'abstinence auquel il s'astreignait depuis trop longtemps.
Mais on refusa d'admettre une version qui était trop simple pour être vraie, et les journaux exigèrent que la police se mît à la poursuite du vielleux.
Malheureusement, celui-ci resta aussi introuvable que l'Eliphas lui-même. D'où il résulta, comme on devait s'y attendre, que certains reporters affirmèrent qu'Eliphas et le vielleux ne faisaient qu'un-qu'un seul et même assassin.
NUL n'osa trop haut s'élever contre cette opinion, car après tout, il restait la coïncidence des trois morts, et si chacune, en elle-même, paraissait naturelle, il était bien certain que toutes trois réunies étaient faites pour épouvanter.
Enfin, on réclama l'autopsie. C'était là une triste extrémité à laquelle il fallut se résoudre. Malgré toutes les démarches et toute l'influence des plus gros bo
Les médecins légistes ne trouvèrent aucune trace de poison. Le corps de Jehan Mortimar ne présenta, à l'examen, rien de particulier. On releva, cependant, sur le visage de Maxime d'Aulnay, certains stigmates qui, en toute autre occasion, eussent passé inaperçus, et que l'on pouvait attribuer à la décomposition normale des chairs. On eût dit des brûlures légères qui auraient laissé une sorte de trace étoffée sur le visage. En y regardant de très près, on pouvait distinguer sur la face de Maxime d'Aulnay affirmèrent deux médecins sur trois (car le troisième n'y voyait rien du tout), comme un aspect de soleil de sacristie.
Les médecins légistes avaient, bien entendu, examiné également le corps de Martin Latouche, et ils n'avaient relevé d'autres traces que celle d'une hémorragie nasale très faible, qui s'était également répandue par la bouche. En somme, il y avait, au bout du nez, et à la commissure de la bouche, du côté où était incliné le cadavre, un petit filet de sang qui s'était coagulé.
En vérité, cette hémorragie avait dû être produite par la chute du corps sur le parquet, mais, lancés comme étaient les esprits, on ne manqua point encore d'attacher à ces insignifiants stigmates une importance mystérieuse destinée à laisser planer sur le triple décès une légende criminelle qui s'empara définitivement de la foule.
Des experts avaient travaillé consciencieusement les deux lettres menaçantes qui avaient été remises en pleine Académie aux deux premiers récipiendaires, et ils avaient déclaré que ces lettres n'étaient point de l'écriture de M. Eliphas de La Nox, écriture dont ils avaient été préalablement authentiquement munis. Mais il se trouva justement des gens pour prétendre que les experts s'étaient trop souvent trompés en affirmant qu'une écriture était authentique, pour qu'ils ne se trompassent point en prétendant qu'elle ne l'était point.
Enfin, restait l'orgue de Barbarie. Un expert antiquaire, qui faisait quelquefois commerce de Stradivarius plus ou moins vraisemblables, demanda à voir l'instrument.
On le lui permit, dans le dessein de calmer les cervelles exaltées qui imaginaient que cette vieille boîte, qui jouait de la musique pendant que Martin Latouche expirait, ne devait pas être un orgue ordinaire et qu'un homme comme l'Eliphas y avait peut-être caché l'instrument, ou mieux, le moyen mystérieux de son crime. L'antiquaire examina l'orgue sur toutes les coutures et joua même l'air du crime, comme disait Babette.
– Eh bien, lui demanda-t-on, est-ce là un orgue comme les autres?
– Non, répondit-il, ce n'est point un orgue comme les autres… c'est une des pièces les plus curieuses et les plus ancie
– Enfin, y avez-vous découvert quelque chose d'anormal?
– Je n'ai rien découvert d'anormal.
– Croyez-vous cet orgue complice du crime?
– Je n'en sais rien, répondit d'une façon bien ambiguë l'antiquaire, je n'étais pas là au moment du grand grincement de déclenchement dans la manivelle de la musique de l'air du crime.
– Mais vous croyez donc qu'il y a eu crime?
– Euh! Euh!
On essaya en vain de demander à cet homme ce qu'il voulait dire avec son «Euh! Euh!…» Il s'en tint à: «Euh! Euh!»
Cet expert, avec son «Euh! Euh!», finit de jeter la perturbation dans les consciences.
Il faisait aussi profession de vendre des tableaux; il habitait rue Laffitte et s'appelait M. Gaspard Lalouette.