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Chapitre 35
Après avoir dit adieu à son ami le thon, Pinocchio s’engouffra dans l’obscurité régnant dans le corps du Requin et marcha à tâtons dans le noir, progressant pas à pas vers cette pâle lueur qui brillait vaguement dans le lointain.
Il entendait ses pieds clapoter dans une eau grasse et glissante qui dégageait une forte odeur de poisson frit, comme si c’était la Mi-Carême.
Plus il avançait, plus cette lueur lointaine et imprécise gagnait en brillance et en netteté. Il marcha longtemps avant d’atteindre son but. Et là, que trouva Pinocchio? Je vous le do
La vue de ce vieil homme provoqua chez Pinocchio une telle surprise et une telle allégresse qu’il faillit en devenir fou. Il était partagé entre le rire, les pleurs et l’envie de raconter une foule de choses. Il n’arrivait qu’à balbutier confusément, à crachoter des bouts de mots ne voulant rien dire. Finalement, il parvint à sortir de sa gorge un cri de joie, ouvrit grand ses bras et se jeta au cou de l’homme:
– Oh! Mon papounet! Enfin, je te retrouve! Plus jamais je ne te quitterai! Jamais! Jamais!
– Donc mes yeux ne m’ont pas trompé? – répondit le vieil homme en se les frottant – Donc tu es bien mon cher Pinocchio?
– Oui, oui, c’est moi! C’est vraiment moi! Et vous, vous m’avez déjà pardo
– Moi aussi, je t’ai reco
– Cela fait combien de temps que vous êtes enfermé ici? – interrogea Pinocchio.
– Depuis ce jour, il a dû s’écouler deux a
– Et comment avez-vous fait pour vivre? Et où avez-vous trouvé cette bougie? Et les allumettes pour l’allumer, qui vous les a do
– Je vais tout te raconter. En fait, la même tornade qui me fit chavirer coula aussi un navire marchand. Son équipage parvint à se sauver mais le Requin, qui avait ce jour-là bon appétit, avala aussi le bâtiment.
– Comment? D’un seul coup? – s’éto
– Il n’en fit qu’une bouchée, effectivement. Il ne rejeta que le mât principal qui s’était coincé dans ses dents comme une vulgaire arête de poisson. Ma grande chance fut que ce navire était chargé de viande conservée dans des caisses étanches, de pain grillé, de bouteilles de vin, de raisin sec, de fromage, de café, de sucre, de bougies et de boites d’allumettes en cire. Grâce à ce véritable don de Dieu, j’ai pu survivre durant deux ans mais aujourd’hui, cela touche à sa fin. Il n’y plus rien dans le garde-manger et cette bougie allumée est la dernière qui restait.
– Et après?
– Après, mon cher enfant, nous resterons dans le noir.
– Alors – décida Pinocchio – il n’y a pas de temps à perdre. Il faut trouver un moyen pour fuir.
– Fuir? Mais comment fuir?
– En sortant par la gueule du monstre et en se jetant à l’eau.
– C’est vite dit, Pinocchio. Moi, je ne sais pas nager.
– Aucune importance, mon papounet! Vous monterez sur mon dos et moi, qui suis un bon nageur, je vous porterai jusqu’à la côte.
– Tu rêves, mon garçon! – soupira Geppetto en secouant la tête et en souriant tristement – Comment une mario
– Bah! Essayons! On verra bien! De toutes façons, s’il est écrit que nous devions mourir tous les deux, nous aurons au moins la consolation d’être dans les bras l’un de l’autre.
Sans ajouter un mot de plus, Pinocchio se saisit de la bougie et commença à avancer en éclairant le chemin:
– Suivez-moi, mon petit papa et n‘ayez pas peur!
Longtemps, ils cheminèrent ainsi dans le corps du Requin, traversèrent l’estomac du monstre et arrivèrent dans son énorme bouche. Là, ils s’arrêtèrent pour faire le point et choisir le moment opportun pour s’échapper.
Le Requin, qui était très vieux, souffrait d’asthme et avait des palpitations cardiaques, si bien qu’il était obligé de dormir la bouche ouverte. Pinocchio en profita pour regarder au dehors. Le ciel était parsemé d’étoiles et un beau clair de lune éclairait la mer.