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– Non, non, répondit-il, il n’y a pas d’autre fou comme vous dans les environs. On n’en a pas vu de semblable depuis le temps de Jamie Fleeman – celui qui était le fou de Lord Udny. Je vous le dis, l’homme! un habit barbare comme celui que vous portez, on n’en a pas vu ici de mémoire d’homme. Et moi je pense qu’un pareil costume n’a jamais été fait pour s’asseoir sur un rocher froid, comme vous le faisiez là-bas. L’homme! Vous ne craignez donc pas les rhumatismes ou les lumbagos pour poser comme ça, sur les pierres froides, votre chair nue! Je me suis dit, quand je vous ai vu ce matin près du port, que vous étiez à moitié fou, car c’est bien fou ou idiot que vous devez être pour faire une chose pareille!
M. Markam ne prit pas la peine de discuter ce point, et, comme ils étaient arrivés près de sa maison, il proposa au pêcheur de saumon de venir prendre un verre de whisky, ce qu’il accepta, puis ils se quittèrent pour la nuit. M. Markam prit soin d’avertir toute sa famille au sujet des sables mouvants, leur expliquant que lui-même avait couru un grave danger à cause d’eux.
De toute la nuit, il ne dormit point. Il entendit les heures so
Il sommeillait dans la grisaille du petit matin, mais il était évident qu’il poursuivait le sujet dans ses rêves parce que sa femme, le réveillant, lui dit:
– Tâche de te reposer. Ce fichu costume des Highlands t’a dérangé la tête! Ne parle pas dans ton sommeil si tu peux t’en empêcher!
Il était vaguement conscient d’éprouver un sentiment de contentement, comme si un poids terrible avait été ôté de sa poitrine, mais il n’en savait pas la raison. Il demanda à sa femme ce qu’il avait dit dans son sommeil, et elle répondit:
– Dieu sait que tu l’as répété assez souvent pour qu’on s’en souvie
Et alors il s’endormit, parce qu’il se rendit compte qu’en somme la prophétie de l’homme cinglé ne s’était pas encore réalisée. Il ne s’était pas encore trouvé face à face avec lui-même, du moins pas encore.
Il fut réveillé tôt par l’une des bo
– Je dois aller à la poste, mais avant j’ai pensé que je pourrais perdre une heure avec toi en venant voir si tu es encore aussi fou à cause de ta vanité que la nuit passée. Et je vois que tu n’as pas encore appris la leçon. Mais ça ne saurait tarder, c’est tout comme! J’ai tout le temps, le matin devant moi, aussi je repasserai pour voir comment tu t’y prends pour aller aux sables mouvants, et puis au diable! Maintenant, je pars pour mon travail!
Et il partit, plantant là Markam, passablement vexé, parce que les bo
Quand il se présenta dans sa tenue martiale au complet pour le petit déjeuner, les enfants, jusqu’au dernier, baissèrent la tête, et la partie arrière de leur cou devint bien rouge. Toutefois, comme perso
– Eh bien, Arthur, si tu continues à faire l’idiot, avec ce ridicule costume, que peux-tu attendre qu’il arrive d’autre? Tu n’en as pas l’habitude et tu ne l’auras jamais.
Il voulut répondre par un discours indigné: «Madame!…» mais il n’alla pas plus loin, parce que maintenant que le sujet était abordé Mme Markam avait l’intention de dire tout ce qu’elle avait à dire. Ce qu’elle avait à dire n’était pas plaisant, et ne fut pas dit d’une manière plaisante. Les façons d’une femme sont rarement plaisantes quand elle entreprend de dire ce qu’elle considère être des «vérités» à son mari. Le résultat fut qu’Arthur Fernlee Markam décida sur-le-champ que, pendant son séjour en Écosse, il ne mettrait pas d’autre costume que celui que son épouse critiquait. Comme c’est souvent le cas avec les femmes, celle-ci eut le dernier mot, prononcé dans cette circonstance avec des larmes:
– Très bien, Arthur! Bien sûr, tu feras comme tu veux! Ridiculise-moi autant que tu peux, et gâche les chances de mariage de nos pauvres filles! D’une façon générale, les jeunes hommes ne semblent pas beaucoup apprécier d’avoir un idiot comme beau-père! Mais je te préviens que ta vanité, un jour, finira par te porter un rude choc, si, bien sûr, avant, tu n’es pas dans un asile de fous, ou mort!
Après quelques jours, il devint évident que M. Markam serait obligé de prendre la plus grande partie de son exercice au-dehors tout seul. Les filles, de temps en temps, firent une promenade avec lui, mais le plus souvent tôt le matin, ou tard le soir, ou bien lors d’une journée pluvieuse, quand il n’y avait perso