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Après le petit déjeuner, ils sortirent tous sur la pelouse. Mary composa un bouquet et dit à son mari: «Cueille-moi quelques-unes de ces roses, chéri.»
Joshua attira une branche du rosier qui grimpait sur la façade de la maison. La tige fléchit, mais elle était trop épaisse pour qu’elle pût être cassée. Il mit la main à sa poche pour prendre son couteau mais ne le trouva pas.
– Do
Mais Gerald n’en avait point, aussi alla-t-il dans la salle à manger et en prit un sur la table. Il revint, touchant le fil de la lame et grommelant:
– Que diable! que s’est-il passé avec tous les couteaux, ils semblent tous être ébréchés?
Mary se détourna subitement et rentra dans la maison.
Joshua s’essaya à couper la tige avec son couteau émoussé comme font les cuisinières dans les campagnes avec les cous des poulets, ou les garçons quand ils coupent de grosses ficelles. Avec un peu d’effort, il accomplit sa tâche. Les roses poussaient épaisses sur la branche, aussi décida-t-il de cueillir un grand bouquet.
Il ne put pas trouver un seul couteau aiguisé dans la desserte où étaient rangés les couteaux, aussi il appela Mary, et quand elle arriva, il lui dit ce qui se passait. Elle semblait si agitée et si misérable qu’il ne put résister au désir de savoir la vérité, et, comme éto
– Tu veux dire que c’est toi, toi qui as fait ça?…
Elle l’interrompit:
– Oh! Joshua! j’avais si peur.
Joshua, après un moment, reprit, un air décidé sur son visage blême:
– Mary, dit-il, c’est ainsi que tu as confiance en moi? Je ne l’aurais pas cru.
– Oh! Joshua! cria-t-elle en le suppliant, pardo
Joshua réfléchit un instant et dit:
– Je comprends maintenant. Il faut en finir avec tout cela, ou nous deviendrons tous fous. Il courut au salon:
– Où vas-tu? cria presque Mary.
Gerald intervint, disant qu’il n’était pas superstitieux au point d’avoir peur d’instruments émoussés, surtout quand il vit Joshua sortir de la porte-fenêtre, tenant à la main un grand couteau gourka qui, d’ordinaire, était posé sur la table du milieu – c’était un cadeau que son frère lui avait envoyé de l’Inde du Nord, un de ces grands couteaux de chasse utilisés dans les combats à l’arme blanche et qui avaient été si efficaces contre les e
Quand Mary vit son époux sortir de la pièce l’arme à la main, elle se mit à crier dans un accès de frayeur, et les hystéries de la nuit passée revinrent immédiatement.
Joshua courut vers elle et, la voyant tomber, jeta le couteau et essaya de la rattraper.
Mais il intervint une seconde trop tard, et les deux hommes crièrent en même temps en voyant Mary affalée sur la lame nue.
Gerald, arrivé près d’elle, constata qu’en tombant la lame était restée en partie fichée dans l’herbe, et qu’elle avait entaillé la main gauche de Mary. Quelques-unes des petites veines de sa main étaient tranchées et le sang coulait librement de sa blessure. Pendant qu’il mettait un pansement, il fit remarquer à Joshua que l’a
Ils l’emportèrent, évanouie, dans la maison. Quand, après un certain temps, elle reprit conscience, son bras en écharpe, elle était apaisée et heureuse. Elle dit à son mari:
– La bohémie
Joshua se pencha et embrassa la main blessée.
LES SABLES DE CROOKEN [10]
M. Arthur Fernlee Markam, qui loua la villa appelée La Maison Rouge au-dessus du village des Maisons-de-Crooken, était commerçant à Londres et, en véritable cockney, crut nécessaire, avant d’aller passer ses vacances d’été en Écosse, de s’habiller de pied en cap comme un chef de clan écossais tel qu’on en voit sur les gravures en couleurs et sur les scènes de music-hall. Il avait vu un jour, au Théâtre de l’Empire, le Grand Prince – «le Roi des Rastaquouères» faire un malheur en interprétant le rôle du «MacSlogan de MacSlogan» et chantant la célèbre chanson écossaise «Il n’y a rien comme le haggis [11] pour do