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Mais j’allais constater à mes dépens qu’elle n’était pas moins rusée. Je m’étais imaginé que sa fuite était dictée par la panique et qu’il ne me restait qu’à la poursuivre. Pas une seconde je n’avais réfléchi qu’elle pourrait faire demi-tour et se jeter sur moi. J’ai indiqué plus haut que le couloir des Romains aboutissait à une grande caverne centrale. Je m’y suis précipité, hanté par la crainte de perdre ses traces. Mais la Bête venait de se retourner; elle était revenue sur ses pas, et nous nous sommes trouvés face à face.

Cette scène puissamment éclairée par ma lanterne, restera pour toujours gravée dans ma mémoire. Le monstre s’était dressé sur ses pattes postérieures comme un ours, et il se tenait penché au-dessus de moi, énorme, menaçant; aucun cauchemar ne saurait le représenter. J’ai dit qu’il s’était cabré comme un ours: de fait il y avait quelque chose d’un ours dans son attitude (en admettant qu’il pût exister un ours dix fois plus gros qu’un ours normal), dans ses grandes pattes antérieures recourbées aux griffes blanches comme de l’ivoire, dans sa fourrure rude, dans sa gueule rouge, béante, bordée de crocs formidables. Sur un seul point il se différenciait de l’ours ou de n’importe quel animal foulant la terre; quand je l’ai découvert, j’ai frémi de tous mes membres: les yeux qui luisaient à la lueur de ma lanterne étaient d’énormes boules saillantes, blanches et privées de vue. Pendant quelques secondes il a balancé ses grandes pattes au-dessus de ma tête. Puis il est tombé en avant sur moi; ma lanterne et moi, nous nous sommes écrasés sur le sol, et je ne me souviens plus de rien.

Quand j’ai repris co

Six semaines ont passé, et je peux aller dehors m’asseoir au soleil. Juste en face de moi se dresse un flanc de colline tout gris, et je distingue la crevasse noire qui marque l’ouverture du trou du Blue John. Mais celui-ci n’est plus une source d’épouvante. Plus jamais de ce sinistre couloir une Bête extraordinaire n’émergera dans le monde des hommes. Les esprits cultivés, les savants, le docteur Johnson et bien d’autres pourront sourire en lisant mon récit; mais les campagnards des environs n’ont jamais douté qu’il fût vrai. Dès le lendemain du jour où j’ai pu parler, ils se sont réunis à plusieurs centaines autour du trou du Blue John. Je cite le Castleton Courier:

«Notre envoyé spécial et de hardis gentlemen venus de Matlock, Buxton, etc… se sont vainement proposés pour descendre, dans la caverne, pour l’explorer jusqu’au bout, bref, pour vérifier l’exactitude du récit sensatio

Avant la publication de cet article par le Courier, ce journal aurait peut-être été bien avisé de m’adresser son correspondant. J’ai réfléchi à l’affaire plus que quiconque, et j’aurais sans doute pu élucider scientifiquement l’énigme qui, pour le public, subsiste. Je vais livrer ici la seule explication qui me semble rendre compte de tous les faits. Ma théorie peut paraître invraisemblable; perso

Je crois (et ce journal montre que mon point de vue était déjà formé avant le début de mes aventures perso

Ni votre incrédulité ni votre approbation ne sauraient les altérer; et pas davantage influer sur un homme dont la mission terrestre est presque terminée.

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Tel était l’étrange récit du docteur James Hardcastle.