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– Oh! que ça ne soit pas… dis que ce n’est pas vrai que tu me quittes…
Et des sanglots encore, des gémissements, des appels au secours, comme si elle lui voyait un couteau dans les mains.
Le bourreau n’était guère plus vaillant que la victime. Sa colère, il ne la craignait pas plus que ses caresses; mais il restait sans défense contre ce désespoir, cette bramée qui remplissait le bois, allait s’éteindre sur l’eau morte et fiévreuse où descendait un triste soleil rouge… Il pensait bien souffrir, mais pas à cette acuité; et il lui fallait tout l’éblouissement du nouvel amour pour résister à la relever des deux mains, lui dire:
– Je reste, tais-toi, je reste…
Depuis combien de temps s’épuisaient-ils ainsi tous deux?… Le soleil n’était plus qu’une barre toujours plus étroite au couchant; l’étang se teignait d’un gris d’ardoise, et l’on eût dit que sa vapeur malsaine envahissait la lande et le bois, les coteaux en face. Dans l’ombre qui les gagnait, il ne voyait plus que cette figure pâle, levée vers lui, cette bouche ouverte, clamant d’une intarissable plainte. Un peu après, la nuit venue, les cris s’apaisèrent. Maintenant, c’était un bruit de larmes à flots, sans fin, une de ces longues pluies installées sur le grand fracas de l’orage, et de temps en temps un «Oh!…» profond et sourd comme devant quelque chose d’horrible qu’elle chassait et revoyait toujours.
Puis, plus rien. C’est fini, la bête est morte… Une bise froide se lève, froisse les branches, apportant l’écho d’une heure lointaine.
– Allons, viens, ne reste pas là.
Il la soulève doucement, la sent molle dans ses mains, obéissante comme un enfant et convulsio
À la lisière, une lueur apparaît, la porte ouverte d’Hochecorne, éclairant la silhouette arrêtée de deux hommes:
– Est-ce vous, Gaussin? demande la voix d’Hettéma qui s’approche avec le garde.
Ils commençaient à être inquiets de ne pas les voir revenir, et de ces gémissements qu’on entendait à travers bois. Hochecorne allait prendre son fusil, se mettre à leur recherche…
– Bonsoir, monsieur, madame… c’est la petite qui est contente de son châle…
A fallu que je la couche, avec…» Leur dernière action en commun, cette charité de tout à l’heure, leurs mains une dernière fois liées autour de ce petit corps moribond.
– Adieu, adieu, père Hochecorne.
Et ils se hâtent tous trois vers la maison, Hettéma toujours très intrigué de ces clameurs qui remplissaient le bois.
– Ça montait, descendait, on aurait dit une bête qu’on égorge… Mais comment n’avez-vous rien entendu?
Ni l’un ni l’autre ne répondent.
Au coin du Pavé des Gardes, Jean hésite.
– Reste dîner… lui dit-elle tout bas, suppliante… Ton train est passé… tu prendras celui de neuf heures.
Il rentre avec eux. Que peut-il craindre? On ne recommence pas deux fois une scène pareille, et c’est bien le moins qu’il lui do
La salle est chaude, la lampe éclaire bien, et le bruit de leurs pas dans la traverse a prévenu la servante, qui apporte la soupe sur la table.
«Enfin, vous voilà!…» dit Olympe déjà installée, la serviette remontée sous ses bras courts. Elle découvre la soupière et s’arrête tout à coup avec un cri:
– Mon Dieu, ma chère!…
Hâve, de dix ans plus vieille, les paupières gonflées et sanglantes, de la boue sur sa robe, jusque dans ses cheveux, le désordre effaré d’une pierreuse qui sort d’une chasse de police, c’est Fa
– Il me quitte… Il se marie.
Hettéma, sa femme, la paysa
On cause d’abord d’un air contraint, puis plus librement, et comme avec les Hettéma ce n’est que de choses bien plates et matérielles, la façon d’accommoder les crêpes aux confitures, ou si le crin vaut mieux que la plume pour dormir, on arrive sans encombre au café, que le gros ménage agrémente d’un petit caramel savouré lentement, les coudes sur la table.
C’est plaisir de voir le bon regard confiant et tranquille qu’échangent ces lourds compagnons de crèche et de litière. Ils n’ont pas envie de se quitter, ceux-là. Jean surprend ce regard et, dans l’intimité de la salle pleine de souvenirs, d’habitudes tapies à tous les coins, une torpeur de fatigue, de digestion, de bien-être l’envahit. Fa
– écoute, dit-il brusquement… Neuf heures… vite, adieu… Je t’écrirai.
Il est debout, dehors, la rue franchie, tâte dans l’ombre pour ouvrir la barrière du passage. Deux bras l’étreignent à plein corps:
– Embrasse-moi au moins…
Il se sent pris sous le peignoir ouvert où elle est nue, pénétré de cette odeur, de cette chaleur de chair de femme, bouleversé de ce baiser d’adieu qui lui laisse dans la bouche un goût de fièvre et de larmes; et elle, tout bas, le sentant faible:
– Encore une nuit, plus qu’une…
Un signal sur la voie… C’est le train!…
Comment eut-il la force de se dégager, de bondir jusqu’à la gare dont les fanaux luisaient à travers les branches défeuillées? Il s’en éto
– Adieu! adieu!…
Et ce cri rassurait la terreur silencieuse qu’il venait d’avoir à ce tournant des rails, en apercevant sa maîtresse à la place occupée par son rêve de mort.